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Du Père Pichon à Marie - 12 octobre 1886.

Du Père Pichon à Marie 12 octobre 1886.


+ Paris, R. de Florence, 10

12 Oct. 86.

Oh! Non, mon Enfant, le bon Dieu ne veut pas, il ne voudra jamais que vous oubliiez votre père. Il veut moins encore que votre père vous oublie. Mais il nous veut, vous et moi, de plus en plus voués au sacrifice. Renouvelez moi la promesse de le bénir de tout et de l'aimer en tout.

Mon Enfant. Jésus n'est jamais plus généreux que quand Il ose demander beaucoup, demander sans mesure. Jésus ne nous donne jamais de plus signalées marques de sa tendresse que quand il pousse ses exigences jusqu'à de divins excès.

La croix a scellé et scellera de plus en plus l'union de nos âmes. Dieu s'étudie à souder nos coeurs au feu.

[1 v°] Me devinez vous ? Encore un très gros sacrifice de l'invention de N.S. L'extrême fatigue dont je souffrais depuis mon débarquement vient de dégénérer en jaunisse. Aujourd'hui pas de messe ! Me voici cloîtré dans ma chambre pour huit jours au moins. Depuis 24 heures je n'ai pris qu'un peu de bouillon, il me faut faire un suprême effort pour vous écrire.

Tombons à genoux et disons ensemble notre Fiat !

Mon supérieur compatit grandement à votre peine. Il me fait espérer que plus tard [2 r°] je pourrai vous faire ma visite au carmel ; il a ajouté : Si Melle Martin voulait retarder son entrée vous iriez la prêcher.

Ma bonne enfant il me semble que vous serez de mon avis et que vous ne reculerez point devant le calice amer. Vite écrivez-moi que Ste Thérèse vous ravira au monde Vendredi prochain. Si je suis en état de monter au saint autel, ma messe sera pour vous.

Mes félicitations pour l’entrée de votre Léonie aux clarisses ! A votre excellent Père mes condoléances ! J’aurais été [2 v°] si heureux d’assister ce cher Abraham à l’heure du sacrifice.

Ma très chère enfant, plus Jésus nous éprouve, plus je me sens à vous et plus je vous sens à moi.

Cette lettre m’a épuisé. Voulez-vous bien m’excuser auprès de la R.M.Prieure et de votre Sœur ?

Sur la croix, je vous bénis plus et mieux, je crois, que je ne vous ai jamais bénie.

A.P

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