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De sœur Agnès de Jésus à Thérèse - Début mai (?) 1883

De sœur Agnès de Jésus à Thérèse
Début mai (?) 1883


J.M.J.T.
Vive Jésus!


Ma petite Thérèse chérie
Puisque tu me fais gronder par Marie de ne plus t'écrire du tout, voici une grande feuille de papier que
je vais remplir jusqu'au bout pour réparer ma faute.
Pauvre petit Benjamin de mon cœur; si tu savais combien je t'aime, avec quelle tendresse je pense à toi
tous les jours, à chaque moment du jour! Te rappelles-tu les petits vers que tu récitais pour la fête de
Papa il y a deux ou trois ans ? Eh bien je te dis aujourd'hui ce que tu lui disais alors :
Le matin quand je me réveille
Après Dieu je pense à toi
Et puis le soir quand je sommeille
Dans mes rêves je te revois!
Oh oui, ma petite chérie, ton souvenir m'est bien présent. A chaque instant j'envoie mon bon Ange te
porter mes caresses, fait-il bien toutes mes commissions?
Mignonne, envoie-moi le tien de temps en temps après avoir mis sous ses ailes les si doux baisers de
ton petit cœur.
Mère Marie de Gonzague a été bien contente du joli bouquet de l'autre jour, elle embrasse bien fort
sa petite fille chérie et la garde dans son cœur tout près du petit Paulin... Au Carmel on aime Thérèse
comme aux Buissonnets, on prie pour elle, on s'occupe d'elle, on parle d'elle sans cesse. Moi, j'attends
avec grande impatience le beau jour de sa guérison, j'ai déjà pris toutes mes mesures pour en faire
vraiment un jour de fête. Notre Mère (Geneviève de Sainte-Thérèse) m'a promis que je verrais la petite
guérie au si doux parloir qu'elle aime tant, le parloir de ses confidences! Nous resterons là toutes deux
tant que nous voudrons. Oh! c'est moi qui en aurai à te conter, ma pauvre chérie! depuis le temps que
nous ne nous sommes rien dit que par le cœur... je vais faire provision jusque-là de toutes sortes de
belles histoires carmélitaines pour ne pas me trouver au dépourvu un seul instant. Nous babillerons,
nous babillerons, nous rirons à qui mieux mieux !....
Allons mon bon Saint Gourgon, laissez-vous bien vite toucher et avancez ce doux moment! Qu'est-
ce que c'est que de réfléchir comme cela depuis un temps infini sans rien faire du tout... Dépêchez-
vous bien vite ou nous ne resterons pas bons amis tous deux... Voilà le printemps qui se passe, l'été
qui vient avec ses beaux jours de ciel bleu, faites-en profiter ma pauvre Thérésita... Et puis les petits

 

oiseaux viennent de bâtir leurs nids, Papa m'a même dit qu'il en avait vu plusieurs dans le jardin, je
voudrais bien que pas un petit oiseau ne s'envolât de sa maisonnette sans t'avoir pour témoin, ma petite
fille chérie!
Il y en a beaucoup au Carmel dès le matin; tout matin, je les entends chanter et je pense à toi, pauvre
petit oiseau enfoncé jusqu'au cou dans la plume depuis si longtemps. Il y a aussi de belles fleurs ici,
surtout en ce moment: de la corbeille d'argent, des primevères, des pâquerettes doubles, de la giroflée
et ma fleurette chérie, le myosotis qui me montre son œil bleu et semble dire : Pense à l'enfant de ton
cœur, au petit œil bleu qui te sourit de loin.
Eh bien n'est-ce pas, petit enfant, qu'elles sont aimables les fleurs du Carmel? On voit bien, on sent
bien qu'elles s'épanouissent sous l'aile des Anges, à l'ombre du Tabernacle où le petit Jésus de Thérèse
habite et repose toujours.
Adieu ma chérie, à toi mes plus tendres baisers, sans que tu t'en doutes je suis toujours à tes côtés, je te
soigne par le cœur, je te vois, je t'embrasse, je t'aime... Quand je vais voir ta Mère Marie de Gonzague,
nous parlons de toi toutes deux comme d'une petite fille bien-aimée, gâtée...
Elle te chérit bien fort
aussi cette douce Maman de ton âme....
Petit Benjamin, tout le monde t'aime, mais par dessus nous encore je sais un cœur qui nous surpasse
en tendresse, c'est Celui du Saint enfant Jésus!... Oh! comme il regarde toujours sa petite Thérèse avec
amour! Comme il lui sourit, comme il la bénit.
Adieu Poupon, guéris-toi bien vite, je suis toujours
Ton Agnès, ton petit Paulin.

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