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De sœur Agnès à Jeanne Guérin - Après le 3 décembre 1882.

De sœur Agnès à Jeanne Guérin. Après le 3 déc. 1882.

 

J.M.J.T.

Jésus

Ma grande Jeannette (Jeanne aura quinze ans le 24 février 1883).

Ta bonne petite lettre m'a fait bien plaisir. Notre Mère (Marie de Gonzague) a deviné ton désir et le mien en me permettant d'y répondre malgré l'Avent (qui commence le 3 décembre). Elle est [1 v°] bien bonne ma Mère, n'est ce pas ?

A propos je lui ai fait ta commission au sujet du Pensionnat à monter. Pauvre Jeannette ! Il n'en faut pas attendre l'ouverture pour te raccommoder avec Mme St Placide (directrice, de 1882 à 1886, du Pensionnat des Bénédictines que fréquentent les enfants Guérin), car tu risquerais fort de ne le faire jamais.

Au Carmel on prend bien des pensionnaires, mais il n'y a qu'une sortie, qu'une vacance : [2 r°] le Ciel ! Par exemple ce sont de grandes vacances, celles là ! qui valent bien un peu de gêne et de privation pour les gagner... Oh ! ma petite mignonne, voilà mon travail à moi ! Je suis la petite pensionnaire du Bon Dieu ici dans son cher Carmel. J'y fais mes études pour le Ciel. J’ai même la prétention de briller plus tard dans le monde des élus et je tiens à m'instruire [2 v°] assez pour n’y faire aucune gaucherie.

En attendant je vais te scandaliser, ma pauvre petite Jeanne, c'est une drôle de carmélite que ta Pauline n’est-ce pas ? et son ambition bien étrange...

Adieu, si tu ne comprends pas mon pensionnat, tu comprendras au moins ma tendresse, je mets ici pour toi et les tiens les meilleurs baisers de mon coeur.

Ton Agnès.

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