Imprimer

Sr Agnès à Marie MSC - 26 juin 1884.

Sr Agnès à Marie MSC. 26 juin 1884.

 

J.M.J.T.

Ma petite Soeur bien aimée,

Je viens à l'instant de recevoir ta charmante lettre, j’en suis ravie ! O Marie, que tu es généreuse, que le bon Dieu t’aime ! Je comprends ta souffrance, je la partage, je comprends aussi et mieux que jamais le dessein du bon Dieu en t’amenant à cette retraite (Retraite du 23 juin au 29 juin, à Vitré (Ille et Vilaine) sous la direction du Père Pichon). Ma pauvre petite soeur que tu es heureuse de savoir dire   Vive la Croix! J'en suis confuse, moi qui l'aime si peu, qui suis si peu généreuse. Pourtant je suis comme toi, je ne désire qu'une seule chose ici bas, l’Amour de Dieu, des choses du Ciel. Ce désir est bien grand... s’il [1v°] pouvait donc triompher de ma lâcheté. Prie pour moi comme je prie pour toi. Si tu savais comme je ne t’ai pas quittée depuis lundi matin ! Oh! que nos deux coeurs sont unis ! Et plus les années passent, plus cette union se resserre ! Quelle preuve délicieuse de la bénédiction du ciel sur notre affection.

J'ai vu M. Ducellier hier, il ne part pas pour le Canada lui ! J'aurais cependant préféré mon sacrifice au tien, c'est à dire que volontiers je l'aurais laissé partir pour te conserver ton Père ! Mais le bon Dieu sait bien ce qu'il faut! O ma chère Marie, que ta vie sera belle si tu l'abandonnes toujours ainsi entre les mains de ce Père des Pères. Je voyais ma Mère tantôt et elle me parlait de cet abandon [2 r°] de l’âme, source de délices et de paix même dans la souffrance. Je le com­prends : cette confiance, cet abandon plein de tendresse qui ravit ici bas le Coeur de nos Pères et mères, comment ne toucherait il pas le Coeur de notre Père du Ciel ? Ecoute, ma chère Marie, je veux faire comme toi, m'abandonner à jamais entre ses mains, trouver bon tout ce qu’il m'envoie et m'enverra puisque je sais que tout me viendra de son Coeur. S'il faut souffrir, je saurai que cette souffrance achète le Ciel, et quelque chose de bien plus doux encore... qu'elle m'achète une place de choix pour l'Eternité près de mon Jésus ! Oh ! qu'on sera bien là ! Que cette pauvre vie est donc misérable, on y pleure, on s'y traîne quelquefois dans le chemin de la vertu [2 v°] et le coeur souffre tant de ses impuis­sances à faire le bien et de son trop de penchant pour le péché. C'est cela qui est le plus terrible : offenser le bon Dieu ! C'est surtout cette peur là qui me fait envier le Ciel.

Adieu, ma chère Marie, je ne sais ce que j'écris tant je laisse courir ma plume. Dis au Père que je prie pour lui, que je m'efforcerai de me rendre digne de ma Mission promise. Pauvre concours hélas ! Mais Jésus n'a t il pas aimé l'obole de la veuve ! Il aimera aussi, je l'espère, l'obole de mes pauvres prières. Puissent elles aussi convertir les âmes !

J'envoie à ma petite soeur chérie, mon coeur tout entier. J'attends avec impatience le retour tout en désirant que le temps de la retraite ne passe pas pour elle. Arrangeons cela !

A bientôt, ta petite soeur Agnès de Jésus.

 

[1 r° tv] Ma Mère prie pour toi, tout le monde t’aime au Carmel.

Retour à la liste des correspondants