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De sœur Agnès de Jésus à Thérèse - 6 mai 1884

De sœur Agnès de Jésus à Thérèse.
6 mai 1884


J.M.J.T.
Venez Jésus!


Mon Benjamin chéri,
Je n'oublie point ce que je t'ai promis. Je t'envoie tout mon cœur avec ce petit mot. Eh bien il n'y a
donc plus que quelques heures qui nous séparent toutes deux du Grand Jour! Encore la journée de
demain et puis Jésus viendra habiter le parterre fleuri de ma Thérésita, Il viendra en même temps
habiter le pauvre parterre d'Agnès!... Qui l'emportera des deux en beauté et en richesse? Ah! je
le sais bien, mais je sais aussi que le petit Jésus de Thérésita n'est pas difficile, ou plutôt qu'Il est
miséricordieux et indulgent. Il se fera donc aussi malgré tout le Jésus d'Agnès et s'il caresse Thérésita
d'une main, il caressera son Agnès de l'autre, voilà ce que j'espère et ce que j'attends.
Et ta retraite mon chéri, se passe-t-elle bien ? Es-tu un peu remise de l'émotion de Dimanche. En
apprenant la mort de cette bonne Supérieure (Mère Saint-Exupère, prieure de l'Abbaye), je n'ai pu
m'empêcher de penser à toi et de prier pour que la retraite n'en souffre point. Une retraite de 1ere
Communion c'est quelque chose qui approche un peu de la retraite de Profession, l'une et l'autre ne
viennent qu'une fois dans la vie, aussi est-il bien doux d'y mettre tout son cœur et toutes ses pensées.
Je pense beaucoup à mon Benjamin, la pensée de son bonheur m'émeut presque jusqu'aux larmes.
Je me représente Jésus ouvrant enfin la petite porte dorée de sa prison d'amour. Je me représente le
Ciboire tout plein de blanches Hosties au matin béni du grand Jour et je me dis : Parmi ces petites
Hosties, il y en a une pour ma Thérésita! Et dans cette petite Hostie si je regarde avec les yeux de
l'âme, je vois un bel Enfant au sourire ineffable, au regard le plus doux, aux petites mains pleines de
grâces et si je demande à ce bel Enfant qui Il est, pourquoi sa présence dans cette blanche Hostie,
j'entends une voix plus mélodieuse que tous les concerts du Ciel qui me répond: « Je suis le Jésus de
Thérésita, je viens de quitter les Cieux pour visiter le petit parterre de fleurs qu'elle m'a préparé depuis

 

3 mois. Je brûle du désir de m'y promener, de m'y reposer. Le petit cœur de Thérésita va devenir mon
Ciel, je l'aimerai mieux que le trône d'or et de pierreries qui m'est destiné là-haut. Maintenant je ne
quitterai plus le joli berceau de lys où je vais aller m'endormir... j'y resterai toujours... à moins que les
lys ne se fanent... car le péché seulement pourra m'en faire sortir, et il n'y a que le péché qui puisse
faner les lys de son cœur! »
Voilà ce que répond Jésus quand je l'interroge le 8 Mai 1884, voilà ce qu'Il me dit à moi, mais ce qu'Il
dira à Thérèse, oh! c'est bien plus beau encore! Mon chéri, écoute-le bien quand il sera dans ton petit
parterre, écoute-le, puis parle à ton tour. Marie a dû te dire tout ce qu'il faudra demander, ne m'oublie
pas non plus, dis au petit Jésus que toutes mes intentions sont les tiennes, qu'il doit exaucer toutes mes
demandes en ce Jour des Jours, le plus beau aussi pour moi !...
Adieu mon chéri, ne pensons plus qu'à Jésus !
Ton Agnès

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