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De Pauline à Mme Guérin - 25 juin 1878.

 

De Pauline à Mme Guérin. 25 juin 1878.

 

25 juin 1878

Ma chère Tante

Nous avons reçu ce matin votre bonne lettre, elle était attendue car déjà nous sommes habituées à la promptitude de vos réponses, mais il ne faut pas trop nous en vouloir si nous sommes un peu retardataires car vraiment ce n'est pas tout à fait notre faute, il faut plutôt en accuser la fatigue et l'heure où l'on doit être debout. Cependant ce soir, il n'est pas très tard (à peu près 10 heures) je vais tâcher d'écrire une longue lettre, mais je vais vous faire grâce des longueurs si je peux. Je n'aurais pas écrit ce soir [l v°] si Papa ne s'était décidé à nous emmener demain (soir) au Théâtre français, car ainsi je n'aurais pu faire ma lettre.

Me voilà donc toute à vous ma chère Tante, cela me fait plaisir de pouvoir vous parler quelques instants comme cela, car je vous aime bien, voyez-vous et c'est une joie beaucoup plus grande et plus vraie pour mon cœur, que toutes les beautés de ce monde ne le sont pour mes yeux. Mais, laissons-là les tendresses, il s'agit n'est-ce pas ma bonne Tante, de vous donner quelques petits renseignements sur notre voyage ? Vous pensez que j’ai été bien contente en apprenant la décision de papa, jamais je n’aurais pu espérer une pareille prolongation!. . . Dimanche matin nous avons été à la grand' Messe à Notre-Dame. Marie a dû vous en parler, jamais je n'avais assisté à une aussi ravissante cérémonie. Nous avons vu le Cardinal Guibert et son Coadjuteur. Ensuite nous sommes partis chez Alphonsine (Macé) qui a été [2r°] très aimable comme de coutume, nous lui avons fait vos commissions et à son tour elle vous envoie son meilleur souvenir. Nous sommes allées de là visiter le Palais de l'Industrie et ensuite nous avons vu l'inexplicable mystère du Panorama. Mais j'ai oublié de vous dire que nous avons été aux Vêpres au temple protestant, c'est bien mal n'est-ce pas ? Cependant j’avais la conscience tranquille car certes mon cœur n'était pas là et je plaignais ces pauvres gens qui ne peuvent voir à travers les ténèbres de leur erreur les beautés si touchantes de notre. Sainte religion. . .

Voilà le résumé bien résumé de notre journée de Dimanche. Maintenant celle de Lundi. . . Ah ! voilà ce qui peut se dire en un seul mot : Versailles!. . . Oui, nous sommes allés hier à Versailles. . . nous avons visité !e plus important et je ne saurais exprimer notre enthousiasme et notre admiration à la vue de ce magnifique palais et de [2 v°] ses splendides jardins; malheureusement il faisait une chaleur étouffante mais malgré tout cependant nous avons voyagé pendant je ne sais combien de temps dans le parc, nous voulions tout voir, tout admirer ce qui n'était guère possible dans un jour, mais il faut convenir que nous en avons BEAUCOUP vu car les yeux m'en sortaient de la tête et j'étais bien fatiguée ainsi que Papa et Marie.

Enfin, sans compter la chaleur et la fatigue et plusieurs petites contrariétés, nous avons passé une journée des plus agréables.

Aujourd'hui nous sommes allés visiter St Germain l'Auxerrois (pour la seconde fois) Ste Clotilde, l'Hôtel des Invalides, c'est‑à-dire les galeries des armures, la Chapelle et le magnifique tombeau de Bonaparte ; nous avons tous été bien satisfaits de cette visite. Après cela nous (ou plutôt avant car je vois que je m'embrouille, mais peu importe), nous sommes allés voir le musée des Antiques au Louvre et St Germain des Prés. . . De là nous sommes allés dîner, puis clopin-clopant nous avons fait marcher nos pauvres jambes jusqu'à Notre-Dame des Victoires, où [2 v° tv] nous avons assisté au salut et où j'ai bien prié le bon Dieu pour vous, pour mon oncle et mes petites cousines. . . Enfin pour achever ma journée bien agréablement j'ai pris la plume et j'ai fait la causette ‑avec une Tante que j’aime beaucoup, beaucoup et qui voudra bien je l'espère accepter pour elle un gros baiser et distribuer les 9 autres que je lui envoie à ceux qu'elle protège de son dévouement et de son affection.

Une petite nièce bien reconnaissante

Pauline

enfant de Marie

[1 v° tv] P. S. Pour les petites contrariétés dont je parle plus haut au sujet de Versailles, elles ne sont pas graves, il s'agit seulement de l'ennui que nous avons eu en allant deux fois chez Monsieur de Lacauve (Henry de Lacauve, cousin germain de M. Martin) sans le trouver et puis pour comble de malheur, un Monsieur nous a dit que le palais n'était pas ouvert le lundi. . . Nous étions désespérées. Cependant tout s'est bien passé et avec un peu d'argent nous en avons été quittes pour la peur. Notre guide nous a donné des explications sur les choses que nous avons admirées.

[1v°tv] Papa et Marie se joignent à moi pour vous dire à tous mille choses aimables ainsi qu'à Monsieur et Madame Fournet sans oublier Monsieur Maudelonde, Madame Maudelonde et sa famille (C'est bientôt comme une lettre de faire part).

[2 r° tv] je ne sais pas le nom de la cousine. J'ai oublié de le demander à papa je pense qu'il l'ajoutera demain matin si toutefois il le sait.

Bon soir ma chère Tante encore un bien tendre baiser avant de fermer ma lettre. . .

De la main de M. Martin: C'est je crois la cousine de Vieux Pont celle que tu trouvais si bien le jour de ses noces (Isidore avait 6 ans lors du mariage de Adélaïde Morel‑Guérin, fille de Théodore Guérin et de Marguerite‑Charlotte Rousse. Elle habite Vieux-Pont).

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