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De Pauline à M. et Mme Guérin - 18 juin 1878.

 

De Pauline à M. et Mme Guérin. 18 juin 1878.

 

            Mon Cher Oncle et ma Chère Tante

Je viens tenir à ma promesse, mais certes pas comme j’aurais désiré le faire. Je suis bien fatiguée et puis il est bientôt minuit aussi je ne vais pouvoir vous dire qu'un mot.

(Du 17 juin au 2 juillet, M. Martin fait visiter Paris à ses deux aînées à l'occasion de l'Exposition de 1878). Nous sommes arrivés tous en bonne santé hier, je ne vous parlerai pas de notre enthousiasme en voyant pour la première fois ce grand Paris qui nous avait été tant de fois vanté, cela ne peut se dépeindre surtout par lettres. . . Hier dans notre après-midi nous avons vu et admiré Notre-Dame des Victoires [1v°] la Madeleine, la Bourse, les Champs-Élysées, la Colonne Vendôme, la Place de la Concorde et ses merveilles, les Tuileries, le Palais Royal, les magasins du Louvre, l'Obélisque, la statue équestre de Louis XIV, de Jeanne d'Arc etc. . . etc. . . mais j'ai oublié l’Opéra !…. Nous y sommes allés presque en arrivant pour prendre des billets, j'espère que nous ne pouvions pas y aller plus tôt, eh bien tout était pris pour jusqu'au 30 et je crois au-delà encore. . . C'est incroyable. Enfin pour moi je ne regrette pas, j'aime autant me promener et visiter les beaux monuments.

Aujourd'hui nous avons été toute la journée à l'Exposition avec Alphonsine (Alphonsine Macé, cousine germaine de M. Guérin et de Mme Martin). Je ne saurais vous en dire qu'une chose c'est que j'en suis toute étourdie, toute syncopée, toute éblouie, toute ahurie, je n'ai jamais non seulement vu (car cela est certain) mais seulement soupçonné une merveille comme celle-là !. . .

Voilà tout ce que je puis [2r°] faire connaître de mes impressions pour le moment, mais je vais vous quitter à regret car je me sens bien entrain. Il est cependant minuit passé mais plus qu'un mot; nous avons été ce soir à la Ménagerie du fameux Bidel, dompteur de bêtes féroces, cela nous a beaucoup intéressées et Papa aussi. C'est quelque chose d'effrayant j'en étais toute suffoquée, il y avait des moments où je me figurais voir toutes ces bêtes sauter sur lui et le dévorer, comme cela se pourrait si bien et cela me faisait tressaillir. . . Mais en voilà assez, je n'en finis pas… Et quelle écriture, quel style . . j'en suis confuse, enfin je compte sur votre indulgence car voyez-vous tout se ressent des vicissitudes de l'esprit et du corps sauf toutefois la sincère et si véritable affection que je vous garde à tous dans mon cœur.

Adieu mon bon Oncle et [2 v°] ma chère Tante, nous vous remercions tous du mal que vous vous donnez en vous occupant des petites sœurs et je me fais l'interprète de Papa et de Marie en vous assurant de leur plus tendre souvenir. . . Pour moi je n'ai besoin de rien vous dire car je pense que vous savez depuis longtemps que toutes les merveilles du monde ne me feraient point oublier que je dois une grande partie de mon affection à des parents dignes d'être bien aimés.

            Votre petite nièce

                        Pauline

P. ‑S. De bien tendres baisers pour les chères petites cousines et les petites sœurs n'est-ce pas. Nous pensons bien à elles.

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