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De Pauline à sa mère - 1‑3 mars (?) 1877.

 

De Pauline à sa mère. 1‑3 mars (?) 1877.

 

Ma petite Mère chérie,

Je suis heureuse de pouvoir venir un peu parler avec toi. Je suis dans ce moment à l’infirmerie mais ce n’est pas pour quelque chose de bien grave, cependant j’ai un clou à l’épaule qui me fait bien mal. . . Depuis la mort de ma Tante je n’ai plus de migraines, mon mal s’est porté dans cette malheureuse épaule. . .

Je viens d’écrire une longue lettre à Marie, j’aurais bien dû commencer par la tienne, ma chère petite Mère, mais tu ne m’en voudras pas si celle-ci est moins longue. . . je n’ai plus d’idées. . . Ce n’est pas cependant que je ne pense plus à ma chère Tante oh si, plus encore que (1v°) le jour de la séparation ! mon affection pour elle augmente de plus en plus, je la vois toujours, elle me suit partout et il me semble que du haut du Ciel elle nous regarde tous avec amour et qu’elle répandra sur sa famille une pluie de grâces et de bénédictions.

Eh bien oui, ma chère petite Mère je l’ai vue après sa mort, cet ange que nous regrettons et comme je le dis à Marie cette image bénie est gravée profondément dans mon cœur, avec quel amour n’ai-je pas baisé ses mains glacées, il me semblait que tout mon bonheur allait s’enfuir avec elle. . . mais le calme, la résignation trouvée dans la prière et dans l’affection de notre bonne Mère, de mes chères Maîtresses est bientôt venue adoucir cette douleur si amère !. . . Je ne me trouve pas aussi seule que je me l’étais imaginé, oh non. . . d’ailleurs ma Tante est près de moi toujours, tandis qu’elle n’y était que bien rarement sur la terre. .

(2r°) J’espère ma petite Mère chérie que tes si sombres idées ont disparu. . . oh ! combien j’aurais été heureuse si tu avais vu ma chère Tante, je t’assure qu’elle ne faisait pas peur. . d’ailleurs les saints ne peuvent laisser qu’une bonne impression. . . sa vue a ranimer mon courage et depuis ce moment je n’ai plus jamais peur, ni le jour ni la nuit. . .

Si tu savais ma chère petite Mère combien Notre Mère a été bonne pour moi, c’est elle qui a voulu m’apprendre la mort de ma Tante, elle m’a parlé avec une affection qui m’a touchée jusqu’au fond du cœur, elle me permet de venir la trouver lorsque j’aurai de la peine . . . toutes ces bontés je voudrais pouvoir les lui rendre. . . mais notre Ange s’en chargera. . . Ma sœur Marie Louise de Gonzague me met dans le même embarras, mais ma Tante trouvera bien assez de richesses dans le beau Paradis pour payer toutes ces dettes qui grossissent tous les jours, n’est-ce pas ?

Je désirerais bien ma chère petite Mère que tu m’écrives Diman­che si tu le (2v°) peux, cela me ferait grand plaisir car ta dernière lettre était si triste!. . . J’en ai reçu une de ma Tante de Lisieux ce matin elle était très affectueuse comme toujours. . . Mais toi, comment vas-tu ma petite Mère chérie es-tu un peu remise, je voudrais bien savoir de tes nouvelles. .

Adieu ma chère petite Mère, reçois mille tendres baisers de la part de celle qui est doublement

Ta petite fille chérie

Pauline

(P. S.) Je te prie ma chère petite Mère, de bien vouloir embrasser pour moi bien tendrement Papa, et mes chères petites sœurs et Louise.

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