Imprimer

De Pauline à sa mère - 4 février 1877.

 

De Pauline à sa mère. 4 février 1877.

4 févier 1877.

 

Ma chère petite Mère

Me voilà enfin enfant de Marie ! que je suis heureuse de pouvoir t’apprendre cette nouvelle, j’ai bien pensé à toi le jour de ma réception et j’ai bien prié pour vous tous. Mon bonheur aurait été parfait si ma Tante avait été guérie, je l’espérais de tout mon cœur, personne ne pouvait m’ôter cet espoir, maintenant que je suis bien obligée de me soumettre à la volonté du bon Dieu puisqu’il ne l’a pas voulu. J’ai été la voir aussitôt après ma réception, c’était pendant les vêpres, elle était bien (1 v°) heureuse de me voir avec le ruban bleu et l’étoile tant désirée. Toute la journée cette chère Tante a été mieux, aujourd’hui je l’ai vue un instant elle ne paraissait pas aussi bien. Décidément le père de la Colombière ne veut pas être béatifié, quand j’irai au ciel. je demanderai au bon Dieu où est sa place afin de ne pas trop chercher et quand je l’aurai trouvé je lui demanderai bien humblement d’avoir la bonté de m’écouter cinq minutes car je veux savoir pourquoi il n’a pas guéri ma Tante et si ses raisons sont vraiment raisonnables. . .

Pour obtenir un miracle, on m’a dit qu’il fallait avoir la foi, eh bien je puis dire que je l’avais de manière à transporter toutes les montagnes de ce monde dans la lune; jamais je n’avais eu un espoir pareil, les religieuses avaient l’air de douter, même notre Mère, il n’y avait que moi à croire et à espérer, c’est pour cela que le père de la Colombière (2 r°) n’a pas voulu nous exaucer ! ! ! …. .

Je ne veux pas en dire plus long là-dessus car si je m’écoutais, toute ma lettre ne parlerait que du père de la Colombière cela me fait du bien de te redire cela à toi ma chère petite Mère car vois-tu je ne puis être heureuse qu’après t’avoir tout confié, il n’y a que toi qui comprennes parfaitement ta petite Pauline !. . .

J’espère que vous allez tous bien, que Léonie continue à être sage et persévère dans ses bonnes résolutions, et Thérèse et Céline sont-elles toujours les deux bouquets de la famille ? Marie va bientôt avoir 17 ans quelle grande fille ! J’espère qu’elle va être contente de me savoir deux fois sa sœur ! Je pense souvent à elle et je prie le bon Dieu de tout mon cœur pour qu’elle soit bien heureuse en cette vie et dans l’autre où nous nous retrouverons tous, quel bonheur ! On n’aura plus besoin de (2 v°) faire des neuvaines au père de la Colombière pour obtenir des guérisons. . . je vais finir par avoir des remords de conscience car dans ce moment il me semble que le père de la Colombière est sur mon dos et qu’il lit cette lettre. Mon Dieu que cela ne soit pas, je vous en supplie ô mon bon père de la Colombière si vous lisez cette lettre ne soyez pas trop fâché avec moi, je vous aime tout de même beaucoup mais. . . mais. . . si vous aviez voulu. . . je vous aimerais encore bien mieux !!!. . . . . . . .

Que vas-tu penser de moi, ma chère petite Mère. . . quelle lettre je t’envoie si j’avais le temps je la recommencerais. . . le t’en prie ne la montre pas et surtout qu’elle ne soit pas envoyée à Lisieux (A l’encontre de cette défense, Mme Martin communiquera la lettre de sa fille à Mme Guérin, le 6 février (CF 187)), on me croirait folle. . .

Adieu ma bien aimée petite Mère, reçois mille baisers bien tendres, bien affectueux de ma part, je te prie de vouloir bien (2 v° tv) dire à Papa que je l’aime toujours d’une manière indéfinissable et que je prie souvent le bon Dieu pour lui; à Marie, les choses les plus aimables; à Thérèse et à Céline que je les aime toujours de plus en plus; à Léonie qu’elle continue d’être sage et à toi, enfin, ma chère petite Mère je veux être toujours ton­ petit Paulin chéri. (En voilà des commissions ! ! !)

Ta petite fillette,

Pauline enfant de Marie.

Retour à la liste des correspondants