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De Pauline à sa mère - 28 janvier 1877.

 

De Pauline à sa mère. 28 janvier 1877.

 

Ma chère petite Mère,

Ta longue lettre m’a fait bien plaisir, mais j’ai été étonnée de ne pas en recevoir de Marie, j’espère que ce sera pour la prochaine fois. Aujourd’hui je ne vais pas avoir le temps de lui écrire et je te prie ma chère petite Mère de lui dire que je lui enverrai des lettres plus rarement, c’est ma Tante qui le veut.

Ma sœur Marie-Louise de Gonzague m’a enfin découvert son secret. C’est bien sûr que je serai reçue enfant de Marie le 2 février. Nous avons commencé une neuvaine (1v°) pour nous y préparer. Hier soir les nouvelles reçues ont assisté à la réunion qui a lieu tous les samedis. Ma Sœur Louise de Gonzague nous a lu les statuts de l’association et les différents devoirs à remplir. C’était très intéressant et les bons conseils qui nous ont été donnés nous ont toutes mises en ferveur et en bonnes dispositions.

Je vais souvent voir ma Tante le matin, elle n’est pas plus mal, mais la faiblesse augmente chaque jour. Je continue toujours à beaucoup prier le bon Dieu pour elle. Toute la communauté et le pensionnat font une neuvaine qui se termine le 2 février, au père de la Colombière pour avancer la béatification s’il veut faire un miracle. J’espère beaucoup que nous l’obtiendrons car notre neuvaine est faite avec bien de la ferveur.

Mais ma Tante n’en est pas plus contente et cela se comprend, elle aimerait bien mieux aller voir le bon Dieu; à sa place (2 r°) J’aurais bien du mal à me résigner à guérir, mais elle est si sainte que tant que le bon Dieu veut elle s’y soumet de grand cœur.

C’est Lundi la fête de St François de Sales et par conséquent celle de toutes les religieuses (en particulier la vraie fête de ma Sœur Marie de Sales nous allons la lui souhaiter aujourd’hui). Monseigneur (Mgr d’Outremont) va venir prêcher ce soir, je m’en réjouis car tout ce qu’il dit est si beau qu’on ne se lasse jamais de l’entendre.

Ma chère petite Mère, ma Tante ne va pas pouvoir t’écrire. Cela la fatigue trop, elle m’a chargée de te répondre au sujet de Léonie qu’elle ne savait pas plus que toi si c’était sa vocation ou non de se faire religieuse, que d’ailleurs elle n’était pas assez intelligente pour le savoir maintenant mais que le bon Dieu est Tout Puissant et que s’il le veut il saura bien débrouiller son (2 v°) intelligence et l’appeler à lui.

Au revoir ma chère petite Mère, reçois mille baisers tendres et affectueuses. (sic)

De ta petite fille chérie,

Pauline

(P. S.) je te prie ma chère petite Mère de bien vouloir embrasser bien des fois papa pour moi et de dire à Marie que je regrette de ne pouvoir lui écrire, mais que cela m’est impossible aujourd’hui, cependant cela ne m’empêche pas de penser toujours beaucoup à elle et de l’aimer de tout mon cœur ainsi que Léonie, les bébés et ma chère petite Louise.

Je voudrais bien savoir si ma Tante de Lisieux a reçu les deux petits emblèmes que j’ai envoyés pour Jeanne et Marie, et si elles sont contentes.

28 janvier 1877

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