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De Pauline à Mme Guérin - 30 mai 1885.

De Pauline à Mme Guérin   30 mai 1885.

Vive Jésus ! J.M.J.T.

Ma petite Tante chérie,

Je voudrais avoir une heure pour vous écrire une bien longue lettre, mais il me faut faire en ce moment le sacrifice de mon désir, car le temps me manque. Je charge mon Oncle de vous porter toutes mes tendresses, ce vilain papier [1 v°] n'en dira pas assez.

Que votre lettre était affectueuse ma petite Tante ! Merci pour la joie qu'elle m'a causée ! Pourquoi vous êtes vous fait de la peine de n'avoir pu venir me voir le jour de la Seconde Communion (Seconde communion de Thérèse le jeudi 21 mai 1885). J'ai bien compris votre motif. Marie aura dû vous le dire. Cette pauvre Marie ! vous l'avez donc gardée cette semaine (à Deauville, où la famille Guérin passe le mois de mai) ! Décidément je serai la seule qui ne fera pas ce joyeux voyage. Heureusement que mon coeur n'a pas besoin du chemin de fer pour [2r°] se transporter dans ce joli Chalet qui contient une si grande partie de mes affections.

Marie me parlait ce matin de la beauté de la mer et des réflexions profondes que cette vue lui inspirait. Je la comprends, mais il y a une autre mer où les vagues sont encore plus belles, dont l'horizon n'a point de bornes, que les yeux et le coeur ne se fatiguent jamais de contempler et cette mer elle est à moi, je la vois, chaque jour, à tout instant et je m'y plonge avec bonheur. C'est la mer sans rivages du Coeur de Jésus. [2v°] Là point d'orages, ni de tempêtes ; on y voit aussi beaucoup de petites barques ; les unes touchent au port, les autres sont en pleine mer ; mais aucune ne fait naufrage. Ah si toute la terre pouvait déserter pour s'em­barquer sur cette mer bénie ! Le Père de Ravignan disait : « Le Coeur de Jésus ! quelle belle porte pour entrer au Ciel ! » et moi je dis : Le Coeur de Jésus quelle belle mer pour faire la traversée de ce monde à l'Eternité !

Adieu ma Tante chérie, pardonnez moi mes mysticités, je vous aime, je vous embrasse et vous charge de mille tendresses pour mes chères petites Sœurs.

Votre petite Carmélite

Sr Agnès de Jésus

r.c. ind.

P.S. Le navire du Carmel de Lisieux traîne après lui les barques : Guérin et Martin.

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