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De Pauline à M Guérin. et Mme Guérin - 31 décembre 1883.

De Pauline à M Guérin. et Mme Guérin   31 décembre 1883.

 

Vive Jésus ! J.M.J.T.

31 Décembre 1883

Mon cher Oncle, ma Tante bien aimée,

Je suis tout embarrassée en prenant la plume ce matin. Dire encore des tendresses... mais c'est une répétition ! Souhaiter la bonne année : c'est si fade, si ennuyeux, si commun, si forcé, si faux souvent ! Par lettres surtout rien ne me semble plus insipide. Il faut bien faire comme tout le monde, dites vous ! Et moi justement qui ai juré de ne faire comme [1 v°] personne. Qui va penser en effet à entreprendre aujourd'hui le voyage de Bethléem ? C'est pourtant ce que je veux faire et bien mieux que cela encore, puisque je compte en revenir dans le même jour, ce soir…..emportant dans mes bras le Divin Enfant de la Crèche, Jésus, les plus belles étrennes du Ciel et de la terre ! « Et que faire de cet Enfant ? » Qu'en faire ? Ah ! je n'en suis point embarrassée. Au Carmel la veille du premier de l'an, on veille jusqu'à minuit, on passe au pied du Tabernacle les derniers instants d'une année sur le point de tomber dans l'éternité et les premiers de celle qui commence. Eh bien ! chers Parents à cette heure ne l'oubliez pas, vous recevrez vos étrennes vous aussi, et les meilleurs souhaits qu'une enfant puisse [2 r°] former. Je vous enverrai le Cher Poupon de Bethléem. Il vous apportera mon coeur dans le Sien. Il vous dira quels liens Il a su former et immortaliser des vôtres au mien. A l'un Il donnera la paix, le repos, le calme de l'esprit, de l'âme, du coeur et du corps, à l'autre tendant ses petits bras Il daignera sourire et verser mille bénédictions et grâces célestes sur une vie pleine de dévouement. A tous deux enfin, promettant le bonheur céleste après cet exil de la terre, Il donnera dès ici bas et par avance ses joies divines et son amour pour régner au foyer. N'est ce point un beau trésor que vous allez recevoir là ? et quel roi dans l'Univers pouvez-vous envier demain matin ?

Adieu Parents bien aimés, je joins à vos richesses, l’inépui [2 v°] sable tendresse de mon coeur et me dis pour cette année et les siècles des siècles.

Votre petite fille mille fois reconnaissante,

aimante au-delà de toute expression

Agnès de Jésus.

P.S. A mon Oncle la petite image jointe à cette lettre. Pardon de sa simplicité.

Les petits sacs à chapelet sont offerts par notre bonne Mère (Mère Geneviève de Sainte-Thérése) avec ses voeux et tous ceux du Carmel.

Aux petites cousines, à toute la famille mille tendresses, souhaits et baisers particulièrement aux chers grands Parents (M. et Mme Fournet).

Sans oublier Aimée et Marcelline (Aimée Roger et Marcelline Husé, domestiques des Guérin).