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De Pauline à l'abbé Ducellier (?) - 6 mai 1882

De Pauline à l'abbé Ducellier (?)

6 mai 1882

(sans doute un brouillon de lettre - à son confesseur?)

Mon Père qu'ils sont pénibles les sacrifices du coeur ! Pour la seconde fois j’ai passé en revue toutes les austérités du Carmel ; la clôture si étroite, les mortifications du corps, Ia pauvreté si grande et si complète. J'ai pénétré par la pensée dans ma petite cellule, je n'ai vu là qu'une paillasse et une Croix ! De ma fenêtre J'ai contemplé l’horizon et je me suis dit : « Cela, toujours cela ! jamais plus de promenades, de voyages, de ces vues magnifiques dont l'aspect m'en­chantait et réjouissait mon œ ! jamais que ce jardin triste et silen­cieux ! »   Mon Père, vous le voyez, le tableau ainsi tracé de ma vie était digne de vos austères pinceaux. Eh bien, il ne m'a pas fait peur. Avant moi Jésus a dormi sur la paille là bas à Bethléem ! Il a souffert. Il est mort sur la Croix. Pourquoi n'aimerai je pas aussi ma paillasse et ma Croix ?

Et l'horizon quelque sombre et monotone qu'il soit n'est il pas toujours couronné par les Cieux ? Un regard là haut fait plus de bien que mille, jetés sans espoir ni amour, sur toutes les beautés de la nature et de l'art. Avec le Ciel on se passe bien de la terre ! O ma petite cellule, tu ne m'effraies pas, tu ne me fais pas peur, je te désire, je t'aime. Pour venir t'habiter j'abandonne tout avec joie, tout... excepté la maison paternelle, le bonheur si intime et si pur de la vie de famille : mon Père aux cheveux blancs dont les baisers si doux me rappellent les caresses de ma Mère chérie... Mes petites soeurs... Mon petit bijou de Thérèse ! ses caresses enfantines... Sa petite âme que je portais à Dieu ……....

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