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De Pauline à ses parents - 17 octobre 1875.

 

De Pauline à ses parents. 17 octobre 1875.

 

                                                                           17 octobre 1875

                      Chers parents,

Me voilà donc rentrée seule à la Visitation, cela me paraît un peu triste de ne plus être avec Marie et de ne plus vous voir, mais ma sœur Marie de Sales (Sœur Marie-Françoise de Sales) et ma chère Tante sont si bonnes pour moi que cela me fait oublier un peu la séparation, ce qui ne m'empêche pas de penser souvent à vous car je vous aime tant ! Ma petite Mère chérie si tu savais comme je t'aime, je voudrais si bien t'embrasser, seulement le matin et le soir et papa aussi, je me trouverais bien heureuse si j’avais seulement une minute par jour pour vous raconter mes petites peines. J'étais bien contente tous ces jours, deux lettres dans la même semaine! oh ! quel plaisir cela m’a fait si tu savais ma petite Mère combien j'étais heureuse, je relis tes lettres bien souvent car tu as l'air de tant m'aimer qu'elles me font du bien. J'ai reçu le paquet que tu m'as envoyé, je te remercie beaucoup. Je voudrais bien voir ma Tante aujourd'hui, il est déjà tard et j'ai peur qu'elle ne me prenne pas, jeudi j'ai été avec elle, son mal de pied continue toujours, cette pauvre Tante ne peut presque pas marcher. J'espère cependant sa guérison mais elle n'est pas de même.

Il paraît que Thérèse est malade, cela me fait de la peine, j'ai toujours peur de la voir mourir, le chagrin que j'en aurais ne peut se décrire car je l'aime tant mon petit bébé. J'espère que Céline se porte bien, elle n'est pas bien forte non plus, sa petite lettre m'a fait beaucoup de plaisir.

[1v°] je pense souvent aux fameuses baguettes pour encadrer, jamais je n’oublierai cette histoire, car elle m'a fait trop de mal, maintenant j'en ris, mais pendant les Vacances je ne faisais pas de même. Le dessin ne commencera que demain parce que ma Sœur Marie-Thérèse (Sœur Marie-Thérèse de Vanssay (3/l/1849 ‑ 19/5/1921)) est en retraite.

Chers parents je ne veux pas oublier de vous dire que je veux être sage cette année, je tâcherai d'être bientôt enfant des Sts Anges (Pauline sera admise le 25 décembre 1875) pour vous faire plaisir ainsi qu'à ma Tante. Je m'applique beaucoup dans mes classes, mais je suis sûre que je ne réussirai point, cela me fait beaucoup de peine car je me reproche de te faire du chagrin, chère petite Mère et je ne puis me figurer que cela ne te fasse rien. Ce matin j'ai communié pour la fête de la Bienheureuse Marguerite-Marie j'ai bien prié le bon Dieu pour toi afin que tu aies moins de mal et jamais, jamais, jamais de peine car j'aime bien mieux en avoir que toi ! Je voudrais bien chère petite Mère que tu ne passe pas de si longues veillées, j'ai tant de chagrin quand je me couche en pensant que toi tu ne te reposes pas.

Il ne faut pas que j’oublie de vous dire mes chers parents que les draps qui me manquaient sont tous retrouvés, ils étaient à la Visitation.

Au revoir mes bons Parents, je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que mes petites sœurs, Bonne Maman (Mme Martin mère, qui habitait chez son petit-fils Adolphe Leriche) ma petite Louise chérie (Louise Marais) et toute ma famille.

Votre petite fille respectueuse

Pauline

Post-scriptum de sœur Marie‑Dosithée:

[1r°tv] Ma chère petite Marie, je suis désolée de ne pas t'écrire aujourd'hui, j’avais tant de choses à te dire ! mon cœur sentait un si grand besoin de s'épancher un peu ! mais dans 15 jours je m’en dédommagerai ! les malheureux billets (Billets d’agrégation à l'association de l’Apostolat de la Prière) que nous envoyons à ton oncle en sont cause, tâchez je vous prie de ne les pas oublier. Sois bien fidèle à ton règlement, à ta petite méditation ; je suis si heureuse que tu sois dévote au Sacré-Cœur. Cela te portera bonheur.

Pauline est très gaie et très gentille, n'ayez pas d'inquiétude à son égard, j’en prendrai bien soin, du reste elle ne se fait pas de chagrin.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

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