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De Pauline à Mme Guérin - Juin (?) 1879.

De Pauline à Mme Guérin. Juin (?) 1879.

 

Mes bons parents de Lisieux,

Je vous écris deux mots seulement car je ne me vois que deux minutes de libre, tous nos moments étant à la disposition du public.

Nous sommes arrivés en Alençon sains et saufs (Pauline et Marie sont en voyage avec leur père, à Alençon et au Mans), comme vous le pensez mais un peu mouillés quoique en chemin de fer, car il fallait des­cendre quelquefois et nos personnes n'ont point obtenu le privilège de la toison de Gédéon.

Eh bien donc mes chers et bons parents nous avons été mouillés ­mais malgré le mauvais temps, nous avons commencé nos visites dès le soir de notre arrivée.

D'abord bien entendu chez Melle Pauline (Pauline Romet, sa marraine) qui nous a reçues d'une façon bien affectueuse et ensuite chez Melles Pessahaye (Perschaye, les dentellières qui ont pris la succession de Mme Martin). Aujourd’hui nous avons couru la ville... Ne vous tourmentez pas ma bonne Tante, vos petites [1v°] filles étaient belles ou plutôt pimpantes les écharpes ont fait leur sortie, c'est tout dire.

Mais, pour en revenir à Melle Pauline, elle s'est montrée vraiment bien bonne pour nous ; malheureusement je n'entre pas dans toutes ses idées... mais je ne veux pas entrer non plus dans les détails car mes deux minutes sont tout à l'heure passées.

Nous avons fait bien entendu notre plus chère visite à la tombe de notre petite mère bien aimée, Melle Pauline nous avait fait un splendide bouquet, mais bien sûr nos coeurs et nos prières valaient mieux encore que ces fleurs. Je l’ai bien priée ma bonne Mère... pour tous les miens qui me restent et pour moi aussi, car j'ai toujours une liste de grâces particulières à réciter... mais les habitants du ciel ne sont point comme ceux de la terre ils ne se lassent point de notre importunité

Les couronnes sont toujours très fraîches, merci ma bonne Tante, et vous aussi mon méchant oncle [2r°], je dis méchant parce que je pense en ce moment à la tournée des fraises !...

Mais il faut finir. Nous partons demain matin à 7 h. pour Le Mans... quel bonheur ! On a beaucoup admiré ma dentelle, je ne sais combien de personnes l'ont vue déjà, mais c'est demain le grand jour, la clôture des compliments.

Et vilaine petite impolie et ingrate, je n'ai pas encore demandé de vos nouvelles... Comment allez vous mes bons Parents et toutes nos fillettes ? Thérèse est elle bien mignonne, pauvre petite, je l'aime tant que sa petite tête blonde est toujours présente à ma mémoire, je suis privée de ne pouvoir lui coller quelques gros baisers sur ses petites joues roses. Céline a t elle eu de bonnes notes ? Mon petit Célin je l'aime bien aussi et mes petites cousines chéries et tous les embranche­ments de la famille. Mais je m'oublie. Adieu, adieu, je vous embrasse tous de coeur. Nous reviendrons samedi je serai heureuse de revoir Lisieux, Alençon ne m'enchante pas.

Votre petite fille

Pauline

E.. de Marie

[2 r° tv] Pardonnez moi ce griffonnage, je n'ai point de buvard, j'écris sur le marbre d'une table de nuit, avec une mauvaise plume et sans y voir... ne m'en voulez pas... je suis rouge comme un coq, je ne me rappelle pas avoir jamais écrit si fort ! Mille caresses aux petites, les meilleures à notre chère grande Léonie.

[l v° tv] Papa vous dit bien des choses ainsi qu’à ses petites filles.