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Du Père Lemonnier à sœur Geneviève. 24 février 1895.

 

Du Père Lemonnier à sœur Geneviève. 24 février 1895.

 

La Délivrande, 24 février 1895

Mon Enfant,

   Vous ne vous trompiez pas en pensant que votre lettre me ferait grand plaisir, vous avez compris en effet l'intérêt que je portais à l'âme de ma petite postulante que j'ai été très heureux de recevoir à son entrée dans la maison de Dieu (on peut comprendre que le P. Lemonnier a remplacé le chanoine Delatroëtte, empêché, le 14 septembre 1894, pour bénir Céline à son entrée au Carmel. Ce Père a également prêché la retraite d'octobre 1894) et que je serai heureux d'accompagner jusqu'au port de mes vœux et de mes prières.

Je ne suis pas surpris que Jésus [1 v°] tienne envers vous la promesse qu'il fait à l'âme fidèle : « Je la conduirai dans la solitude et là je lui parlerai au cœur. » Pauvre Enfant, vous avez tout quitté grandement, généreusement, comment Jésus ne se donnerait-il pas entièrement à vous? Je ne vous dirai qu'un mot. Mon Enfant, vous avez tout quitté et de grand cœur, maintenant quittez-vous vous-même pour ne vivre que de la vie de Jésus, ne vivre que pour Jésus : vous l'avez bien compris, c'est le seul moyen d'être heureuse ici-bas, car [si] le cœur est partagé, il n'y a pas de bonheur, mais surtout, pauvre Enfant, vous goûtez [2 r°] Jésus, comment lui offrir un cœur qui ne serait pas absolument à Lui et qui se rechercherait encore dans des propres satisfactions?

     Du courage, Mon enfant, vous avez placé bien haut votre dra­peau : « Je veux être une sainte ». Restez dans ces hauteurs, l'air y est plus pur, le brouillard moins épais nous permet de regarder Jésus, de l'aimer de tout notre cœur en nous immolant avec Lui et pour Lui.

       Je vous prie d'offrir mon très profond et religieux respect à votre bonne et Vénérée Mère Maîtresse (Mère Marie de Gonzague) qui a bien voulu vous permettre de m'écrire.
Croyez, Mon Enfant, à mes sentiments très respectueux et dévoués en N. S.
A. Lemonnier