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De l'abbé Maurice Bellière à Mère Agnès de Jésus. 23 octobre 1895

 

De l'abbé Maurice Bellière à Mère Agnès de Jésus.

23 octobre 1895        

Grd Sém - Sommervieu

Ce Mercredi  23 8 95            

Que Dieu est bon, ma Rde Mère, et que j'admire en lui rendant grâces, son admirable et miséricordieuse Providence, qui fait pour moi de si grandes choses! Mais après Lui, que je vous remercie, ma mère, d'avoir usé envers moi de tant de charité, moi qui le méritait moins que personne. Il n'y a que dans les âmes remplies de Dieu que l'on trouve cela. Maintenant je n'ai plus peur, et je me sens au cœur une ardeur nouvelle qui triomphera. Je serai un saint, je veux être un saint – d'ailleurs, qui dit prêtre, qui dit missionnaire surtout, dit Saint – et si je dit saint, pourquoi ne pas dire martyr. Quel idéal, ma Mère! prêtre, apôtre et martyr ! Mais que de grâces, que de vertus, que de sainteté enfin pour mériter cette indigne faveur. Et j'ai si peu de tout cela – mais je l'aurai – ma sœur et moi ferons violence au ciel et la douce Reine des Apôtres et des Martyrs daignera me recevoir dans son bataillon d'élite. Et ce sera à vous, ma Mère, que je le devrai, à vous qui avez bien voulu condescendre à ma requête désespérée. Merci, je ne puis, je ne sais que vous dire merci. Au moins c'est avec toute l'effusion de mon cœur reconnaissant. Bien plus, qui m'avez-vous donné pour Sœur ? une sainte, un ange, comme vous le dites vous-même ! Je savais bien qu'il n'y avait que des saintes parmi vous, mais je n'osais imaginer qu'une sainte entre des saintes deviendrait ma sœur. O ma mère, vous me traitez comme un fils; permettez-moi de me regarder comme tel, et de venir dans votre famille épancher mes tristesses et mes joies - permettez-moi de vous écrire, ou de venir vous dire tout ce qui m'arrivera d'heureux ou de triste, avec les divers événements d'une vie à refaire et qui commence - parler avec vous des choses de Dieu et puiser près de vous la force et la vertu, en toute simplicité d'enfant - et, comme dit le monde - d' « enfant gâté».

Je serais heureux aussi de dire à ma sœur Thérèse de l'Enfant Jésus combien m'a touché sa charité, son dévouement, puisés à la plus pure source de l'Amour divin - Les règlements de votre congrégation ne l'autorisent sans doute pas, et je vous prierai, ma mère, d'être mon interprète auprès de ma sœur, comme vous le fûtes déjà avec tant de succès et de bonheur. Dites-lui bien, ma bonne mère, que j'ai remercié avec attendrissement la bonté divine qui m'a choisi cette sœur pour m'aider à faire l'œuvre de Jésus-Christ - que j'ai lu avec une profonde émotion cette prière inspirée qu'elle a composée et fait pour moi chaque jour, et que je vous demande de lui remettre ce cachet du Sacré-Cœur qui scelle notre association divine - il n'y manque plus que sa signature, puisque vous, ma mère, et Dieu y avez souscrit les premiers. Dites encore à ma sœur que ma promesse demeure- elle demeurera éternellement, puisque au ciel, pour nous prêtres, ce sera une messe perpétuelle : elle aura donc toujours rang au mémento, ainsi que vous, mère, et votre communauté – dès maintenant, je lui garde pour chaque jour une dizaine de chapelet et pour chaque mois, une communion que je ferai, le plus ordinairement, au premier vendredi ou au premier dimanche. Pour le mois d'octobre, je ferai cette communion dimanche, en la fête du Saint-Cœur de Marie, notre fête patronale, au Séminaire. Priez-là de bien vouloir s'y associer. C'est en l'Eucharistie que je lui rendrai grâces pour ces prières et ces sacrifices dont elle fait abnégation pour soi-même en ma faveur. Mais aussi son grand désir sera réalisé : je serai un prêtre, un apôtre selon le cœur de Dieu, je le sens – et ensemble nous sauverons les chères âmes du Christ Jésus. Quel beau cortège à son entrée au ciel, et pour l'éternité. Oh ! je ne me fais pas illuion; le bien que je ferai, je le lui devrai, c'est ainsi que St François Xavier assurait que la plupart des âmes rachetées par son zèle devait leur salut aux prières des carmélites.

Je ne serai que l'instrument et c'est vous, ma Sœur, qui convertirez – que pendant cette pénible année militaire, je travaille pour Dieu et que je ne revienne pas les mains vides, sans ramener quelques âmes à la vraie lumière. Que les choses du monde glissent sur mon cœur et que je revienne à Marie pur comme les anges du ciel, plein d'amour divin et de zèle pour les âmes – des âmes ; à Dieu le reste. A Dieu, ma mère ; à Dieu, ma sœur et à revoir toujours dans les Cœurs sacrés. Merci aussi pour l'Ave Maria d'or.

Fils et frère respectueux et reconnaissant à jamais

M .Barthélemy- Bellière

Enf. de Marie et Joseph

garde d'honneur du S.C.

                          Asp.Miss

 

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