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PN 3

Pendant le son des instruments Cécile chantait en son coeur...(Office de l'Eglise)
O Sainte bien-aimé, je contemple ravie
Le sillon lumineux qui demeure après toi
Je crois entendre encor ta douce mélodie,
Oui, ton céleste chant arrive jusqu'à moi.
De mon âme exilée, écoute la prière
Laisse-moi reposer sur ton coeur virginal
Ce lys immaculé qui brilla sur la terre
D'un éclat merveilleux et presque sans égal.

 

O très chaste Colombe, en traversant la vie
Tu ne cherchas jamais d'autre époux que Jésus,
Ayant choisi ton âme, Il se l'était unie
La trouvant embaumée de toutes les vertus.
Cependant un mortel, radieux de jeunesse,
Respira ton parfum, blanche et céleste fleur !
Afin de te cueillir, de gagner ta tendresse,
Valérien voulut te donner tout son coeur.
Bientôt il prépara des noces magnifiques,
Son palais retentit de chants mélodieux...
Mais ton coeur virginal redisait des cantiques
Dont l'écho tout divin s'élevait jusqu'aux Cieux !
Que pouvais-tu chanter, si loin de ta Patrie,
Et voyant près de toi ce fragile mortel ?
Sans doute tu voulais abandonner la vie
Et t'unir pour toujours à Jésus dans le Ciel...
Mais non... j'entends vibrer ta lyre séraphique,
Lyre de ton amour dont l'accent fut si doux,
Tu chantais au Seigneur ce sublime cantique :
«Conserve mon coeur pur, Jésus mon tendre Epoux!...»
Ineffable abandon ! Divine mélodie !
Tu dévoiles l'amour par ton céleste chant.
L'amour qui ne craint pas, qui s'endort et s'oublie
Sur le Coeur de son Dieu, comme un petit enfant...

 

Dans la voûte azurée parut la blanche étoile
Qui venait éclairer de ses timides feux
La lumineuse nuit qui nous montra sans voile
Le virginal amour des époux dans les Cieux...

 

Alors Valérien rêvait la jouissance,
Cécile, ton amour était tout son désir...
Il trouva le bonheur dans ta noble alliance
Tu lui montras la vie qui ne doit pas finir.
«Jeune ami, lui dis-tu, près de moi toujours veille
Un ange du Seigneur qui garde mon coeur pur,
Il ne me quitte pas, alors que je sommeille,
Il me couvre avec joie de ses ailes d'azur.
La nuit, je vois briller son aimable visage
D'un éclat bien plus doux que les feux du matin,
Sa face me paraît la transparente image
Le pur rayonnement du visage divin.»
Valérien reprit : «Montre-moi ce bel Ange,
Afin qu'à ton serment je puisse ajouter foi.
Autrement, crains déjà que mon amour se change
En terrible fureur, en haine contre toi...»

 

O Colombe cachée dans le creux de la pierre !
Tu ne redoutais pas les filets du chasseur
La Face de Jésus te montrait sa lumière,
L'Evangile sacré reposait sur ton coeur...
Tu repris aussitôt avec un doux sourire :
«Mon céleste Gardien exauce ton désir,
Bientôt tu le verras, il daignera te dire
Que pour voler aux Cieux, tu dois être martyr.
Mais avant de le voir, il faut que le baptême
Répande dans ton âme une sainte blancheur,
Il faut que le vrai Dieu l'habite par Lui-même
Il faut que l'Esprit-Saint soit la vie de ton coeur.
Le Verbe, Fils de Dieu et le Fils de Marie,
Dans son immense amour s'immole sur l'autel,
Tu dois aller t'asseoir au Banquet de la Vie
Afin de recevoir Jésus le Pain du Ciel.
Alors, le Séraphin t'appellera son frère,
Et voyant dans ton coeur le trône de son Dieu
Il te fera quitter les plages de la terre
Tu verras le séjour de cet esprit de feu.»
 «Je sens brûler mon coeur d'une nouvelle flamme
S'écria dans sa joie l'ardent patricien.
Je veux que le vrai Dieu habite dans mon âme,
Cécile, mon amour sera digne du tien!...»

 

Revêtu de la robe emblème d'innocence,
Valérien put voir le bel ange des Cieux,
Il contempla ravi sa sublime puissance
Il vit le doux éclat de son front radieux.
Le brillant séraphin tenait de fraîches roses
Mélangées de beaux lys éclatants de blancheur.
Dans les jardins du Ciel, ces fleurs étaient écloses
Sous les rayons d'amour de l'Astre créateur.

 

«Epoux chéris des Cieux, les roses du martyre
Couronneront vos fronts, dit l'ange du Seigneur,
Il n'y a pas de voix, il n'y a pas de lyre
Capables de chanter cette grande faveur!
Je m'abîme en mon Dieu, je contemple ses charmes,
Mais je ne puis pour Lui m'immoler et souffrir,
Je ne puis lui donner ni mon sang ni mes larmes
Malgré tout mon amour, je ne saurais mourir...
La pureté, de l'ange est le brillant partage
Son immense bonheur ne doit jamais finir,
Mais sur le Séraphin, vous avez l'avantage
Vous pouvez être purs, et vous pouvez souffrir!...»

 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

 «De la virginité, vous voyez le symbole

Dans ces lys embaumés que vous envoie l'Agneau
Vous serez couronnés de la blanche auréole,
Vous chanterez toujours le cantique nouveau.
Votre chaste union enfantera des âmes
Qui ne rechercheront d'autre époux que Jésus,
Vous les verrez briller comme de pures flammes,
Près du trône divin, au séjour des élus.»

 

Cécile, prête-moi ta douce mélodie
Je voudrais convertir à Jésus tant de coeurs !
Je voudrais comme toi sacrifier ma vie
Je voudrais lui donner et mon sang et mes pleurs...
Obtiens-moi de goûter sur la rive étrangère
Le parfait abandon, ce doux fruit de l'amour.
O ma Sainte chérie ! bientôt, loin de la terre,
Obtiens-moi de voler près de toi sans retour...
28 Avril 1894

 

Sainte Cécile

 

 

 

 

 

Voir la partition 1Voir la partition 2

(cette poésie se chantait sur 2 airs differents)

Voir la synopse


 

datation: 28 avril 1894

destinataire: Céline (Sr Geneviève)

La poésie est écrite pour l'anniversaire de Céline, née à Alençon le 28 avril 1869. Cette dernière s'occupe alors de son père malade, rentré du Bon Sauveur, et elle rêve un peu d'amour. Thérèse elle, rêve du Carmel pour sa sœur chérie, et elle joint cette poésie à une lettre qui l'explique bien LT-161.