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RP8 01v

FRERE AUGUSTI, avec anxiété.

 

            Une nouvelle mission !... O mon Père, votre Révérence va-t-elle donc quitter Rome ?....

  

SAINT FRANCOIS

 

            5 Il ne s'agit pas de quitter Rome, mais de recevoir un novice qui doit être la gloire de la compagnie de Jésus. Pour vous le faire connaître, je vais vous lire quelques passages d'une lettre du Provincial de la haute Allemagne.

  

FRERE AUGUSTI

   

            10 Mon Père, je commence à croire que vous voulez me donner une épreuve. Je ne puis comprendre comment votre Révérence daigne me choisir pour confident, moi, pauvre petit novice....

  

SAINT FRANCOIS, souriant.

 

            Non, mon enfant, ce n'est pas une épreuve ; je vous connais 15 assez pour savoir que mes confidences ne vous porteront pas à vous élever au-dessus de vos disciples. La raison qui m'oblige à vous parler intimement, la voici : Je veux que vous soyez l'ange de frère Stanislas, le novice que m'envoie le Père Canisius.

 

            Prenant la lettre, il lit les passages suivants.

            20 «L'angélique enfant que je présente à votre Révérence est le fils de Jean Kostka, seigneur de Rostkow au royaume de Pologne. La famille du jeune Stanislas est l'une des plus illustres de la monarchie, mais elle est encore plus recommandable par sa piété. Cependant, malgré les exemples de vertus que Jean Kostka 25 s'est fait honneur de donner à ses fils, ce bon seigneur ne comprend en aucune manière la pratique des conseils évangéliques et jamais [Stanislas] n'obtiendra son consentement pour entrer dans la compagnie de Jésus. J'ai cru, à raison de la distance, pouvoir l'admettre en notre noviciat de Dillingen. Des lettres du Père Antonio, directeur de l'enfant, 30 m'avaient déjà fait connaître sa sainteté, mais ce qui me ravit par-dessus tout, ce fut de voir l'angélique piété qui brillait sur le visage du jeune Stanislas et dévoilait la maturité de son âme. J'ai pu constater que la Sainteté ne se distingue pas aux cheveux blonds ou blancs. Néanmoins, j'ai voulu encore éprouver cette vocation : 35 les longues fatigues d'un voyage de deux cents lieues fait à pied par un enfant de noble condition ne me suffisaient pas. J'ai donc ordonné au jeune novice de remplir dans la maison les offices les plus bas, je l'ai fait servir à table avec les habits grossiers qui lui avaient servi pendant le voyage (afin de n'être pas reconnu, il avait quitté 40 ses vêtements de gentilhomme et s'était habillé comme un pauvre pèlerin). Aucune humiliation n'étonna le fervent novice, jamais les ordres les plus contradictoires ne parurent l'embarrasser ; sa seule réponse était d'exécuter aussitôt ce qui lui était commandé et il le faisait avec une telle promptitude que ses condisciples par une plaisanterie