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SAINT STANISLAS

 

            Mon Révérend Père, c'est parce que je veux devenir un saint.

  

SAINT FRANCOIS

 

            Ne savez-vous pas, mon enfant, que partout on peut devenir 5 saint ; ce n'est pas l'habit ni le nom de Jésuite qui produit cette merveille.

  

SAINT STANISLAS

 

            Mon Père, comment se fait-il donc que tous les Jésuites sont des saints ?

  

10 SAINT FRANCOIS

 

            Tous ne le sont pas, la preuve c'est que moi, leur général, je ne suis qu'un pécheur.

  

SAINT STANISLAS

 

            Comment pouvez-vous dire cela sans mentir, mon Révérend Père ? Tout 15 le monde dit que vous êtes un saint à faire des miracles.

  

SAINT FRANCOIS

 

            Le monde se trompe, mon enfant, il ne faut faire aucun cas de son jugement. Si jamais ce menteur venait murmurer à vos oreilles de semblables flatteries, humiliez-vous et regardez ce que vous 20 êtes aux yeux de Dieu.

  

SAINT STANISLAS

 

            O mon Père ! quand même je ferais des miracles, il me semble que je ne pourrais pas avoir d'orgueil ; le souvenir de ma vie passée ne saurait s'effacer de ma mémoire. Ah ! je suis un misérable indigne 25 des grâces du Bon Dieu !... (Il pleure).

  

SAINT FRANCOIS

 

            Le Seigneur pardonne les plus grandes fautes, mais je ne croyais pas que vous fussiez coupable de crimes. Pour vous humiliez-vous de vos péchés, si vous consentez à me les confesser, frère Augusti va se retirer.

  

30 SAINT STANISLAS, arrêtant frère Augusti.

 

            Non, mon frère, restez ; puisque je dois vivre avec vous, je veux que le sujet de mon repentir vous soit connu afin que vous me traitiez comme je le mérite. (Il se met à genoux devant Saint François). Mon Père, le Bon Dieu, dans sa miséricorde, a daigné m'appeler à lui dès l'aurore 35 de ma vie ; au lieu de communiquer cet appel à mon directeur, j'ai résisté pendant dix-huit mois à la grâce qui me sollicitait. (Il pose sa tête sur les genoux de Saint François et pleure amèrement).

  

SAINT FRANCOIS, très ému.

 

            Mon pauvre enfant, consolez-vous, votre faute est réparée par le repentir 40 sincère que vous manifestez. Le souvenir de cette infidélité, loin d'être

 
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nuisible à votre âme, la tiendra dans l'humilité et vous le savez : il n'est point de sacrifice plus agréable à Dieu que celui d'un coeur contrit et humilié.

  

SAINT STANISLAS

 

            5 Mon Père, quelle ineffable consolation vous répandez en mon âme !... Oh ! je vous supplie de m'enseigner maintenant comment je pourrai devenir un saint et réparer le temps perdu.

  

SAINT FRANCOIS

 

            Je pense que l'unique moyen sera de vous mépriser sincèrement, 10 d'estimer beaucoup les autres et de leur prouver par tous les moyens possibles l'amour qui consumera votre coeur. Si l'obéissance est la règle et la gardienne de votre charité, vous pourrez en peu de temps faire beaucoup de bien.

  

            On frappe à la porte. Frère Augusti va répondre 15 et revient portant une lettre qu'il présente à genoux à Saint François, et lui dit quelques mots à voix basse.

  

SAINT FRANCOIS, déchirant l'enveloppe.

 

            Frère Stanislas, voici une lettre de Pologne, c'est votre père qui vous écrit. (Il lui présente la lettre). Lisez-la tout de suite.

 

            20 Saint Stanislas lit la lettre, puis il se met à pleurer.

  

SAINT FRANCOIS

 

            Qu'avez-vous, mon enfant, regrettez-vous d'être entré dans la compagnie de Jésus ?

  

SAINT STANISLAS

 

            25 Oh non, mon Père ! je pleure en voyant que mes parents ne comprennent pas le Don de Dieu. Ils disent que je suis indigne de mes ancêtres et que je déshonore leur famille. Cependant il y a plus d'honneur, plus de noblesse et de gloire pour notre maison, que je sois ici le plus petit entre ces grands serviteurs de Dieu, 30 que si je devenais, dans le monde, plus illustre qu'aucun de mes ancêtres.

  

SAINT FRANCOIS

 

            Vous avez raison, mon fils ; j'espère qu'un jour vos parents approuveront votre vocation, et d'ailleurs Notre Seigneur Jésus n'a-t-il 35 pas dit : «Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive. Celui qui aime son père et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi».

  

SAINT STANISLAS, levant les yeux au Ciel.

 

            C'est maintenant que je puis dire avec le psalmiste : «Mon père 40 et ma mère m'ont abandonné, mais le Seigneur a pris soin de moi,. J'ai choisi d'être abject dans la maison de mon Dieu plutôt que d'habiter sous les tentes des mondains».

 
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RP8 04v

SAINT FRANCOIS

 

            Mon cher enfant, je reconnais que Dieu Lui-Même vous a conduit et vous veut ici. Dans quelques jours je vous donnerai le saint habit ; préparez-vous à cette grâce dans le silence et le recueillement. 5 Remerciez le Seigneur qui vous accorde la faveur insigne d'habiter dans sa maison. (Il pose sa main sur le tête de frère Augusti). Je vous donne frère Augusti pour ange, c'est lui qui vous instruira de vos devoirs extérieurs. Je sais que vos âmes se ressemblent ; aussi je vous permets de vous communiquer vos pensées et les grâces dont 10 le Seigneur se plaît à combler les enfants. (Il se lève). Je vous quitte, les devoirs de ma charge m'appellent au-dehors.

  

FRERE AUGUSTI, se mettant à genoux à côté de Saint Stanislas.

 

            Mon Père, que votre Révérence daigne nous bénir.

  

SAINT FRANCOIS

 

            15 Chers enfants, que la Très Sainte Trinité vous bénisse comme je vous bénis moi-même de tout mon coeur. (Il sort).

  

[Scène 5]

 

FRERE AUGUSTI s'assied et présente une chaise à Saint Stanislas.

 

            Mon frère, je vais bientôt vous conduire à votre cellule et le maître des novices vous donnera l'emploi qu'il jugera convenable, mais si 20 vous le voulez, profitons de la permission de notre Père Général et faisons connaissance. D'abord je vais me présenter : je m'appelle Etienne Augusti, je n'ai ni talents ni vertus, mais tous nos pères m'aiment beaucoup, leur charité les rend aveugles sur mes défauts. Il faudra faire comme eux, frère Stanislas, et m'aimer aussi ; seulement j'espère 25 que vous me préviendrez de mes fautes, cela rend tant de service d'avoir quelqu'un qui vous dise lorsqu'on a fait quelque chose de travers.

  

SAINT STANISLAS

 

C'est à vous, mon frère, de me prévenir de mes manquements et je vous supplie d'y être fidèle. Je sens bien que nous sommes faits l'un 30 pour l'autre ; aussi je n'aurai pas de peine [à] vous aimer, car je vous aime déjà.

 

FRERE AUGUSTI

 

Que vous me faites plaisir !... Je suis tout joyeux de vous avoir pour frère. Mais j'y pense, vous devez avoir du chagrin, le souvenir de vos 35 parents doit troubler votre joie.

 

SAINT STANISLAS

 

Non, mon frère, ma joie ne saurait être troublée par le souvenir d'aucune affection terrestre ; je sais que mes parents pleurent mon départ plus amèrement qu'ils n'auraient pleuré ma mort, mais j'ai pour les 40 consoler des armes toutes puissantes : la prière et le sacrifice. Je suis

 

 

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bien jeune et cependant le Seigneur m'a déjà fait expérimenter plusieurs fois qu'Il n'abandonne jamais ceux qui le cherchent uniquement.

 

FRERE AUGUSTI

 

Frère Stanislas, voudriez-vous me confier ces douces expériences ? je vous 5 promets de n'en parler à personne.

 

SAINT STANISLAS

 

Je ne pourrais vous les raconter toutes, ce serait trop long, mais je veux au moins vous en confier une.

Il y a deux ans, j'étais au collège des pères de la compagnie avec 10 mon frère Paul ; il avait choisi notre logement chez un hérétique parce qu'il voulait habiter la plus belle maison de la ville, car ce pauvre Paul n'était pas éclairé des lumières d'en-haut. Comme il était l'aîné, je devais me soumettre à ses volontés et notre gouverneur Jean Bilinski partageait ses goûts et ses idées. Vous pensez, mon frère, ce que 15 je souffrais ; bientôt je tombai gravement malade. Paul ne put se résoudre à demander un prêtre à cause du propriétaire hérétique qui n'aurait jamais consenti à le recevoir dans sa maison. Ne trouvant aucun secours du côté de la terre, je me tournai vers les Cieux. Depuis mon enfance j'honorais particulièrement la Vierge Sainte Barbe ; aussi le 20 coeur rempli de confiance, je la suppliai de ne pas me laisser mourir sans avoir reçu le saint Viatique.

 

FRERE AUGUSTI

 

Ah ! je devine qu'elle vous a exaucé ; sans doute le méchant hérétique s'est-il converti ?

 

25 SAINT STANISLAS

 

Non, malheureusement, mais les habitants du Ciel n'ont pas besoin de la permission des hérétiques pour pénétrer où ils veulent. Je vis donc entrer dans ma chambre Sainte Barbe resplendissante de gloire, accompagnée de deux beaux anges ; elle tenait la sainte Hostie dans ses 30 mains virginales et j'eus l'ineffable consolation de recevoir par elle le Dieu de l'Eucharistie, le Bien-Aimé Seigneur Jésus.

 

FRERE AUGUSTI

 

Une Sainte qui tient en ses mains la Divine Eucharistie, quel mystère !.... Pourquoi n'est-ce pas plutôt les anges qui vous ont 35 donné la sainte communion ?

 

SAINT STANISLAS

 

Pendant mon voyage de Rome, un ange m'a donné la sainte communion, mais Sainte Barbe n'était pas là. Dans le royaume de Dieu, sa gloire est plus grande que celle des esprits célestes ; c'est 40 pour cela que devant eux cette douce Vierge m'a présenté le Pain des anges ; peut-être aussi avait-elle désiré sur la terre partager les sublimes fonctions des prêtres, et le Seigneur a voulu combler ce désir

 
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RP8 05v

FRERE AUGUSTI

 

Mon frère, vous parlez comme un ange ; je ne me lasserais pas de vous écouter.

 

SAINT STANISLAS

 

5 Je me plais aussi beaucoup en votre compagnie, mais je me reproche de parler plus que vous, j'apprendrais tant de choses si vous vouliez m'instruire...... Cependant je crois qu'il vaut mieux nous séparer, notre entretien s'est assez prolongé. Si vous le jugez bon, je vais rester seul quelques instants afin de remercier Marie, la 10 Reine du Ciel, de la faveur d'être entré dans la sainte compagnie de son Divin Fils.

 

FRERE AUGUSTI

 

Vous aimez donc beaucoup Marie ? Oh ! je vous en prie, parlez-moi d'elle.

 

15 SAINT STANISLAS, avec un accent de tendresse indicible.

 
La Sainte Vierge !.... Ah ! que pourrai-je vous en dire ?... C'est ma Mère ! ! !...........
Il s'agenouille et semble profondément recueilli. Frère Augusti le contemple avec respect et s'éloigne sans bruit.
 

[Scène 6]

 

20 SAINT STANISLAS, joignant les mains et regardant le Ciel.

 

O Marie, ma douce, ma tendre Mère, ayez pitié de votre pauvre enfant ; soutenu de la grâce divine, il a vaincu les obstacles que le monde mettait sous ses pas. Puisqu'il a tout quitté pour l'amour de votre Divin Fils Jésus, ne le laissez pas longtemps sur la terre d'exil.

25 O mon Saint Ange Gardien ! et vous, Sainte Barbe, ma patronne chérie, demandez à ma Mère bien-aimée, la Reine des Cieux, de venir me chercher et de m'introduire dans le cortège virginal qui forme sa cour.

  

[Scène 7]

 

On entend des voix célestes qui chantent sur l'air de «l'Ange et l'âme ».

 

30 L'ANGE

 
Reine des Cieux, écoutez ma prière
De Stanislas je suis l'ange gardien
Ce doux enfant voudrait, loin de la terre
Suivre bientôt Jésus, l'Agneau Divin.
 

35 SAINTE BARBE

 
Et moi je suis la sainte bien-aimée
De l'humble Fleur qui languit en ces lieux
Je voudrais voir sa corolle embaumée
Briller aux Cieux.
 

            40 ENSEMBLE

 
            Ah ! descendez, sur la rive étrangère
            Près de l'Enfant qui ravit les élus

 

 

 

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