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De Mme Martin à sa fille Pauline CF 92 - Avril 1873.

 

Lettre de Mme Martin CF 92

A sa fille Pauline, pensionnaire à la Visitation du Mans

Avril 1873.

Ma chère petite Pauline,

Malgré l'espoir que je t'avais donné, j'ai bien du chagrin d'être obligée de te dire que tu ne sortiras pas aux vacances de Pâques, car vois‑tu, cela est impossible, Marie a la fièvre typhoïde, ce serait dangereux.

Je sais que je ne pourrais t'empêcher de voir ta soeur, je n'aurais pas ce courage‑là, ni Marie non plus, elle ne peut déjà plus y tenir; elle parle de son  « petit Paulin » toute la journée, elle voudrait te voir, et tu prendrais la maladie. Voilà donc ce qui est décidé:

Tu viendras passer une semaine à Alençon, dès que Marie sera en convalescence; cela ne va pas être long, le médecin a dit que la maladie ne pouvait durer plus de vingt‑et‑un jours et il en compte le début depuis le dimanche où elle s'est sentie malade; ainsi, de samedi en huit, ce sera fini. Nous attendrons encore huit jours par prudence, puis ton père ira te chercher; prends courage, tu n'as plus que quinze jours à attendre.

Je t'assure, ma petite Pauline, que tu ne t'en repentiras pas, tu seras bien plus heureuse que si tu venais en ce moment. Si tu savais comme tu n'aurais guère de plaisir ! Je suis triste, toujours à côté de Marie, je ne prends même pas le temps de manger. Ce qui va me tourmenter, c'est la crainte que tu n'aies du chagrin. Si je savais que tu n'en as pas, je serais heureuse. Je t'écrirai tous les deux jours jusqu'à ce que tu viennes.

J'ai, ce soir, une religieuse qui garde Marie et qui la soigne très bien; elle me dit que sa malade n'est nullement en danger; elle est cependant bien souffrante, cette pauvre Marie !

Elle prie continuellement le bon Dieu pour qu'il la guérisse, car elle a peur de perdre ses prix. Sur sa recommandation, je t'envoie sa boîte de peinture afin que tu t'amuses. J'y joins un morceau de gros parchemin vert. Tu le traceras et je m'en servirai; je mets du coton à employer en double. Il te faudra du n° 2 perfectionné pour coudre « la trace » ; je tâcherai de t'en envoyer demain matin. Je sais que cela t’amuse tant de faire de la trace pour le Point d'Alençon.

Si cela ne te plaît pas, tu n'en feras pas. Si tu préfères tricoter, prie ta tante de te faire acheter de la belle laine bleue et blanche, tu feras des bas pour Thérèse. Et si cela ne t'intéresse pas non plus, achète de la laine à tapisser et fais un beau petit tabouret ou ce que tu voudras, ou bien encore deux tableaux pour mon bureau, j'en ai besoin

(Pauline apprenait alors le dessin).

Écris-moi une petite lettre et dis‑moi si tu as du chagrin ? Si tu en as, il vaut mieux venir, nous ferons comme nous pourrons pour t'empêcher de voir Marie.

Ton père t'embrasse bien fort. Il a grand peur aussi que tu n'aies de la peine.

Ma petite Pauline, j'ajoute encore que je t'envoie du chocolat pour qu'on t'en fasse une tasse tous les matins et aussi pour que tu en manges à ton goûter. Marie est mieux, bientôt elle sera guérie et lorsque tu viendras, nous irons tous voir ta petite soeur, dès que Marie pourra supporter la voiture.

Si tu venais maintenant, tu repartirais sans voir Marie, ni la petite Thérèse et presque pas ta maman. Il faudrait toujours parler bas. On est obligé de mettre Céline toute la journée chez Mlle Philomène (Mlle Philomène Tessier, amie de la famille, qui habitait à la Préfecture, où son père avait un emploi), parce qu'elle fait trop de bruit. Ainsi, tu serais bien malheureuse.

Je t'écrirai une lettre le jour de Pâques, tu l'auras lundi matin.

Je te recommande, ma Pauline, de bien te disposer à tes Pâques et de bien prier pour ta sœur.

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