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De Mme Martin à Mme Guérin CF 140 - 29 septembre 1875.

 

Lettre de Mme Martin CF 140

 

A Mme Guérin

29 septembre 1875.

...Cela me fait de la peine que mon frère se tourmente,

cependant, je le comprends, car je m'inquiète pour beaucoup moins; mais c'est surtout dans les petites choses que je me tracasse le plus. Quand il s'agit d'un malheur réel, je suis toute résignée et j'attends avec confiance le secours de Dieu.

Il est certain que je prends une part très grande à toutes vos peines; les miennes ne me sont pas plus sensibles. Mais j'ai la ferme espérance que ce temps d'épreuves ne continuera pas. Ce qui me donne cette confiance, que rien ne peut m'enlever, c'est surtout la manière édifiante dont vous sanctifiez le dimanche; tous les fidèles observateurs du jour du Seigneur, parfaits ou imparfaits, réussissent dans leurs entreprises et enfin, par un moyen ou par un autre, ils deviennent riches.

J'ai tellement cette conviction que souvent je dis aux enfants:  « Votre oncle sera riche, un jour. » Elles me répon­dent: « Qu'en sais‑tu, Maman ? » Je leur dis que je le sais et cela les étonne beaucoup. Marie me répond: « Tu es donc prophète, Maman ! » Enfin, l'avenir nous apprendra si je me suis trompée, mais je ne le crois pas.

Si mon frère allait voir le Curé de Malétable ? Je pense qu'il en reviendrait satisfait. Je lisais encore, dimanche dernier, les merveilles qui s'opéraient dans sa petite église; c'est vraiment prodigieux ! On obtient les grâces que l'on désire, mais à condition d'observer scrupuleusement les lois de l'Eglise pour le dimanche.

Je ne puis m'empêcher de considérer ce bon Curé comme un saint. J'avais envie d'aller chez lui, le 8 décembre, ter­miner une neuvaine que je faisais pour Léonie et d'emmener l'enfant avec moi, mais j'en ai été détournée par deux prêtres à qui mon mari avait confié mon intention. En général, les confrères de ce bon Curé se moquent de lui, mais n'a‑t‑on pas méconnu tous les saints ? Le Curé d'Ars, aujourd'hui presque canonisé, était l'objet de mépris et de risée de son vivant, même de la part de certains ecclésiastiques.

Quant à moi, je vais faire une très grande attention à ne plus rien acheter le dimanche. Je ne suis pas, à ce sujet, aussi sévère que vous et mon mari; lorsque j'ai besoin, par exemple, d'un petit pain pour mes enfants, je le fais acheter. Mais bien souvent, j'admire le scrupule de Louis, et je me dis: « Voilà un homme qui n'a jamais essayé de faire fortune; quand il s'est établi, son confesseur lui disait d'ouvrir sa bijouterie le dimanche, jusqu'à midi. Il n'a pas voulu accepter la permission, préférant manquer de belles ventes. Et malgré tout, le voilà riche. » Je ne puis attribuer l'aisance dont il jouit à autre chose qu'à une bénédiction spéciale, fruit de son observance fidèle du dimanche.

Il y a déjà longtemps, ma chère sœur, que je suis dans l'Association de la Ligue du Cœur de Jésus, mais je n'en suis malheureusement pas meilleure pour cela ! car je suis de toutes les Associations et je n'en remplis pas assez fidèle­ment les obligations. Une sainte demoiselle vient me prêcher et m'apporter, tous les mois, mon petit billet. Je suis contente d'avoir reçu votre lettre, cela va me stimuler, et je vous promets qu'à partir de ce jour, je ne négligerai rien de toutes les prescriptions.

Je ne manque jamais, ainsi que Marie, et Louis naturel­lement, de communier tous les premiers vendredis du mois, quelles que soient les difficultés que l'on puisse prévoir pour ce jour‑là; nous changeons l'heure de la Messe à laquelle nous assistons d'habitude et voilà tout.

Je suis très satisfaite de mon aînée; elle travaille tou­jours et s'occupe de tout mettre en ordre dans la maison, pendant l'absence de la bonne, qui est partie chez ses parents.

Pauline se propose de vous écrire d'ici peu; je la reconduis au Mans, mercredi 6 octobre.