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De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin - 24 septembre 1875.

De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin. 24 sept. 1875.

V + J

De notre Mère du Mans

                                                                 Le 24 septembre 75

Mon cher Frère et ma chère sœur

Je viens avec empressement répondre à votre bonne et affectueuse lettre [Lettre non conservée] je suis sensiblement touchée de l'affection que vous me témoignez quoique je le mérite si peu, il est vrai que vous n'avez pas affaire à une ingrate car moi aussi je vous aime beaucoup, je vous assure aussi vous le méritez bien !. . . .

Je vois que mon pauvre frère est toujours bien soucieux au sujet de ses affaires, mais j'ai la confiance que cela va finir ; c'est une épreuve que Dieu lui a envoyée là et l'épreuve est nécessaire au juste et au pécheur, elle rappelle à Dieu, détache des choses de la terre et purifie l'âme, car quoique mon cher Isidore [l v°] soit bien bon par la grâce de Dieu, cependant il a besoin d'être épuré comme l'or dans le creuset (Sg 3, 6); mais enfin j'ai la confiance que l'épreuve va finir, car elle n'a ordinairement qu'un temps.

Quelques jours après sa visite [visite de M. Guérin au Mans, peut-être à son retour de Lourdes, le 3 septembre], on nous lisait dans le Messager du Cœur de Jésus une si grande quantité de grâces reçues et publiées par les personnes qui les avait obtenues, que soudainement j'ai pensé que ce serait là aussi où nous obtiendrions la réussite si ardemment désirée, et j'ai lieu de croire que c'est une inspiration, car depuis ce temps ce sentiment ne s'est pas affaibli, au contraire il va toujours se fortifiant. Voici ce que je désirerais que vous fissiez : 1° vous mettre dans l'association de l'Apostolat de la prière. Cette association est presque érigée partout et c'est la plus belle qu'on puisse voir, si elle n'y était pas à Lisieux vous me le diriez et nous vous y ferions mettre ici. Il n'y a rien à faire que d'être inscrit, recevoir un billet d'agrégation, il suffit de faire une fois par jour, l'offrande des prières, des œuvres et des souffrances de la journée aux intentions du Cœur de Jésus. Cette offrande se fait le matin, avec cela on a une part spéciale aux [2r°l prières, pénitences, communions, saints sacrifices et autres bonnes œuvres de 15 grands ordres religieux ou congrégations apostoliques, et d'environ dix mille communautés ou paroisses et près de 6 millions de fidèles, qui prient, travaillent et souffrent en union avec leurs associés. Quels secours au moment de la mort et dans le Purgatoire !

2° faire une neuvaine de communions c'est‑à-dire en faire une tous les premiers vendredis du mois en l'honneur du Sacré-Cœur, pendant 9 mois; faire dire 9 messes également en l'honneur du Divin Cœur. Vous les feriez dire comme vous voudriez ou consécutivement ou tous les mois, il n'importe.

Promettre que si vous réussissez à faire d'ici un an ou deux 6.000 F de bénéfice net, vous feriez publier cette grâce reçue dans le Messager du Sacré Cœur de Jésus, au moins vous en prieriez le directeur. Ce Messager est une publication paraissant deux fois par mois, on s'y abonne à raison de 5 F par an, mais il n'est pas nécessaire pour faire partie de l'Apostolat d'être abonné au Messager.

Vous feriez bien aussi le 1er Vendredi de chaque mois de dire le chapelet ou même le rosaire; la Ste Vierge vous aidera.

[2v°] Voilà ce que je désirais vivement vous dire depuis trois semaines ; si je pouvais faire passer dans vos âmes la confiance dont le suis remplie ! il ne sera pas difficile sans doute car la foi de mon cher Frère m'a touchée tant de fois ; il disait : « je ferai les affaires du bon Dieu et il fera les miennes » ; et bien, ce bon Dieu l'a mise à l'épreuve cette Foi afin qu'elle ait plus de valeur et il pourra lui dire proportion gardée comme à Abraham : « Je connais maintenant que tu crains Dieu (Gn 22, 12) puisque tu as eu une si grande confiance en moi » ; oui jamais ceux qui se sont confiés dans le Seigneur n'ont été confondus (Ps 24, 3) ; ils ont pu attendre, être éprouvés, mais le Seigneur les a toujours secourus ; ainsi, attendez avec confiance ‑, le secours pourra peut-être encore tarder de quelques mois et même je le crois ; aussi n'est-il pas raisonnable que pendant que la Ste Eglise est dans l'affliction [Parmi les événements qui attristent les dernières années de Pie IX, prisonnier volontaire au Vatican, il faut citer les «Lois de mai » de cette année 1875, en Allemagne : toutes les congrégations religieuses de ce pays sont expulsées, à l’exception des hospitalières], vous soyez dans la consolation, mais ses maux finiront et les vôtres aussi; faites bien votre neuvaine; écrivez à Zélie et à Marie qu'elles la fassent avec vous, voire même M. Martin ; l'union fait la force; si vous entrez dans mes vues écrivez-moi de suite afin que nous demandions permission de la commencer Vendredi prochain 1er Ven­dredi du mois : je serai en retraite alors je ne

[3r°] lirai pas votre lettre, mais sa seule réception m'indiquera que vous désirez la neuvaine et cela me suffira, je lirai la lettre le 6 octobre jour où je serai sortie de retraite ; je me recommande à vos prières pendant ce temps, ayez la bonté de faire dire un Ave Maria à vos petites filles à cette intention tous les jours.

Ma santé est bonne sauf mon pied qui ne va pas mieux, je marche fort peu, je ne me promène pas ou très peu, cela me fait trop de mal. Enfin, c'est ma croix, et je pense que je la porterai jusqu'à la mort, mais c'est une bonne chose que la Croix, la vie est si courte et si peu de chose, que souffrir ou jouir c'est tout un, pourvu que la volonté de Dieu [3v°] se fasse c'est tout ce qu'il faut.

C'est fâcheux, qu'on s’occupe si peu de Jeanne, maintenant elle grandit, elle devrait apprendre passablement, enfin pourvu qu'elle soit bonne c'est tout ce qu'il faut, cependant l'un ne nuit pas à l'autre.

Embrassez-les bien ces chères petites filles et qu'elles soient bien sages, je vous embrasse de tout mon cœur.

Votre sœur toute dévouée. Sr M. Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie

D.S.B.

[1v°tv] Nous avons commencé la neuvaine pour notre petite bonne (Aline).

Colle ces petits Cœurs dans ta droguerie, ils te porteront bonheur.

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