Imprimer

Sr Françoise Thérèse à ses trois soeurs - 1 novembre 1914

Sr Françoise Thérèse Martin à ses trois sœurs du Carmel

Ier Novembre 1914

Petites sœurs si tendrement aimées,

Nous sommes plus au Ciel que sur la terre aujourd'hui n'est- ce pas? Surtout en sortant de retraite, on regarde tout ce qui passe comme un acheminement vers notre vraie Patrie.

Oui, petite maman chérie, je crois avoir fait une très bonne retraite et la conclusion est de m'efforcer toujours plus d'imiter notre séraphique petite sœur dont la sainteté répond si bien à toutes les aspirations de mon âme. Oui, oui, je voudrais aimer Jésus comme elle, parce que je crois qu'il est impossible de l'aimer davantage. Pouvoir faire plaisir à Jésus que c'est doux! Et cela, en jetant des fleurs sous ses pas....

Y a-t-il une manière plus aimable et plus gracieuse de pratiquer les mille vertus que l'on rencontre dans une seule journée, car la vie n'est qu'un tissu de sacrifices. Une de ses pensées que je goûte le plus est celle-ci "J'ai pensé que le mépris était encore trop glorieux pour moi, alors, je me suis passionnée pour l'oubli". N'est-ce pas être arrivé au dernier échelon de l'humilité? Il me semble que oui. Et par contre, ce doit être, selon mon petit jugement, la sainteté consommée. Voyez-vous, mes petites sœurs, notre Thérèse est mon idéal.

Avec ce nouveau Procès, la pensée que peut être je serai obligée de retourner à Bayeux me fait peur. - Vois-tu, ma petite maman, je ne tiens pas du tout à voir sur la terre notre petite sœur béatifiée, car c'est un tel honneur que tous les autres palissent devant celui-là; je suis trop faible, il me donnerait le vertige. Aussi j'espère bien être à l'abri dans la bienheureuse éternité.

Puisque notre tout dévoué et si bon Monsieur Dubosq doit venir la semaine prochaine à la Visitation, prêcher la retraite des Prêtres, voudrais-tu lui dire que je serais heureuse qu'il m'instruise de ce que j'aurai à faire dans ce nouveau Procès.