Imprimer

Témoin d'office 1 - Armand-Constant Lemonnier

Le premier témoin d'office est le père Armand-Constant Lemonnier (ou Le Monnier, comme écrit le copiste des Procès). Né à Vassy (diocèse de Bayeux) le 1er novembre 1841, il entra très jeune dans la Congrégation de Notre-Dame de la Délivrande et fut ordonné prêtre le 15 juin 1867. Prédicateur et directeur très apprécié d'exercices spirituels, il jouissait de l'estime d'hommes éminents, parmi lesquels dom Vital Lehodey, abbé de la Trappe de Bricquebec, théologien de l'abandon à la Providence. La séparation de l'Eglise et de l'Etat, en 1904, causa la dissolution de la Congrégation de la Délivrande et le père Lemonnier dut quitter le sanctuaire marial de Bayeux. C'est ainsi qu'après avoir travaillé quelque quatorze ans dans les collèges de son Institut et une vingtaine d'années au service des missions diocésaines, il fut nommé aumônier des Religieuses de la Sainte Famille à Bayeux. Il déposa aux deux Procès thérésiens et mourut le 20 février 1917 *.

Il dirigea les exercices spirituels du Carmel de Lisieux en 1893, 1894 et 1895, ce qui lui donna l'occasion de prendre contact en profondeur avec le monastère, comme aussi d'entendre Thérèse en confession et de se mettre en rapport avec la famille Martin. Il fut aussi quelque temps le directeur de Céline et lui ouvrit les portes du Carmel. C'est à lui que mère Agnès soumit le texte de l'Acte d'Offrande à l'Amour miséricordieux au cours des exercices d'octobre 1895. Il le soumit, à son tour, à l'examen de son supérieur qui portait aussi le nom de Lemonnier et qui fut l'auteur du célèbre changement de l'expression « désirs infinis » en celle de « désirs immenses.»

Le témoin rappelle, entre autres, l’estime extraordinaire de l'abbé Youf pour la personne de Thérèse et pour sa manière de former les novices.

Il déposa le 7 avril 1911, au cours de la 75ème session, f. 1185v- 1189v de notre Copie publique.

TÉMOIN 1 D'OFFICE: Armand Le Monnier

[Session 75: - 7 avril 1911, à 8h. 30]

 

[1185v] [Le témoin d'office répond correctement à la première demande].

[Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Armand-Constant Le Monnier, né à Vassy, diocèse de Bayeux, le premier novembre 1841, du légitime mariage de Auguste Le Monnier, cultivateur, et de Victoire Groult. Je suis prêtre, ordonné le 15 juin 1867. J'appar[1186r]tenais à la Congrégation des Missionnaires diocésains de Notre-Dame de la Délivrande. Depuis la dispersion (1904), je suis aumônier des religieuses de la Sainte Famille, à Notre-Dame de la Délivrande. La plus grande partie de ma vie sacerdotale a été employée dans nos maisons d'enseignement secondaire (environ 14 ans) et dans l'exercice des missions diocésaines (20 ans).

 

[Le témoin répond correctement de la troisième à la septième demande].

[Réponse à la huitième demande]:

A trois reprises, en 1893, 1894 et 1895, j'ai prêché et dirigé la retraite annuelle des carmélites de Lisieux. Dans ces circonstances, j'ai entendu en confession et en direction la Servante de Dieu et les autres religieuses du monastère, qui m'ont communiqué alors leurs impressions tant sur la Servante de Dieu que sur l'ensemble de la communauté. A cette même occasion, je me suis entretenu avec monsieur l'abbé Youf, aumônier ordinaire du Carmel, mort en octobre 1897; il me fit part aussi de ses appréciations sur soeur Thérèse de l'Enfant Jésus et sur la communauté. [1186v] J'ai connu aussi à cette même époque, outre les soeurs carmélites de la Servante de Dieu, d'autres membres de sa famille, notamment sa soeur Céline qui était encore dans le monde, et sa soeur Léonie, religieuse de la Visitation de Caen. J'ai lu en partie l'« Histoire d'une âme », mais je n'en ai pas fait usage pour ma déposition.

 

[Réponse à la neuvième demande]:

J'ai confiance en la Servante de Dieu, mais je n'ai pas adopté de pratiques de dévotion personnelle à son égard. J'espère et je souhaite ardemment le succès de sa béatification, qui sera, je crois, pour la gloire de Dieu et le bien des âmes, car elle a déjà fait beaucoup de bien à ceux qui l'invoquent.

 

[Réponse de la dixième à la treizième demande]:

Je ne sais d'autres détails sur ces questions que ceux que j'ai lus dans l'« Histoire d'une âme.»

 

[Réponse à la quatorzième demande]:

[1187r]Parmi les religieuses que je dirige à la Sainte Famille, à La Délivrande, il en est une, soeur Alice Dumoulin, qui a été la compagne de la Servante de Dieu à la pension des bénédictines de Lisieux, dite l'« Abbaye.» Elle avait alors environ 7 ans et la Servante de Dieu 10 ou 11 ans. La soeur Alice Dumoulin m'a rapporté bien souvent que la Servante de Dieu se distinguait dès lors par une très grande piété et par sa charité pour ses petites compagnes. Soeur Alice a aujourd'hui une très grande dévotion envers la Servante de Dieu Thérèse de l'Enfant Jésus.

 

[De la quinzième à la dix-septième demande inclusivement, le témoin répond ne rien savoir de plus que ce qui est rapporté dans le livre « Histoire d'une âme»].

[Réponse à la dix-huitième demande]:

Lorsque dans les années 1893, 1894 et 1895 je prêchai et dirigeai les retraites du Carmel, j'appris par les confidences des religieuses que la Servante de Dieu, âgée alors de 20 à 22 ans, exerçait près d'elles la fonction de maîtresse des novices, sans en porter le titre. Je constatai que les novices [1187v] avaient en elle une grande confiance; elles la considéraient comme très vertueuse et très éclairée; ses jugements, surtout dans les choses de la vie surnaturelle, leur paraissaient particulièrement sages. Ma conviction personnelle, déterminée par la connaissance que j'avais pu prendre moi-même des dispositions de soeur Thérèse de l'Enfant Jésus, était aussi qu'on ne pouvait trouver meilleur guide, et j'encourageais les religieuses à suivre avec confiance ses avis et ses exemples. Ce qui est encore remarquable à ce sujet, c'est le jugement qu'en portait monsieur l'abbé Youf, aumônier du Carmel. C'était un prêtre et un directeur d'une spiritualité plutôt austère; la Servante de Dieu, par ailleurs, était une âme dilatée et qui prêchait en tout la confiance. Il semblerait donc que monsieur Youf dût professer une certaine réserve dans ses appréciations sur l'influence de soeur Thérèse de l'Enfant Jésus. Or, tout au contraire, il m'a exprimé d'une manière très claire, et dont j'ai le souvenir très présent, qu'il avait une confiance absolue dans les conseils de direction que la Servante de Dieu donnait aux novices. Il avait aussi remarqué que tout ce qu'elle écrivait sur les choses spirituelles, portait l'empreinte d'une doctrine très sûre et très éclairée.

 

[1188r] [Réponse à la dix-neuvième demande]

La plupart de ses écrits ne me sont connus que par la publication qui en a été faite dans l'« Histoire d'une âme.» Toutefois, je puis rapporter un trait concernant l'« Acte d'offrande comme victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux », que la Servante de Dieu avait composé vers le mois de juin 1895. A la retraite qui se fit du 8 au 15 octobre suivant, la révérende mère prieure me soumit cet écrit, pour savoir si on pouvait le donner comme formule de consécration aux religieuses qui désiraient l'adopter. Pour en juger plus sûrement, j'emportai l'écrit et le communiquai au révérend père supérieur de notre congrégation. Il nous parut à tous les deux très beau et parfaitement conforme à la saine doctrine.

 

TÉMOIN 1 D'OFFICE: Armand Le Monnier

 

[Réponse de la vingtième à la vingt-deuxième demande]:

Dans ses communications de direction, la Servante de Dieu se montrait très simple et très oublieuse d'elle-même; elle ne me fit pas part des détails de grâces particulières qu'elle recevait de Dieu. Il était impossible, cependant, de ne pas reconnaître [1188v] en elle une grande ferveur et le souci constant d'être fidèle en toutes choses. Mes relations s'étant limitées à ces trois retraites de 8 jours chacune, je ne saurais donner plus de détails sur sa vie intérieure et ses vertus.

 

[Réponse à la vingt-troisième demande].

J'ai dit ci-dessus, en réponse à l'interrogatoire dix-huitième, ce que pensaient de la Servante de Dieu, en 1893-1895, soit les religieuses de son monastère, soit monsieur Youf, aumônier du Carmel. Je puis ajouter que ce dernier m'a dit estimer que la présence de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus était un trésor pour le Carmel, non seulement à cause de la sagesse de ses conseils, mais encore par l'influence de sa ferveur.

 

 

[De la vingt-quatrième à la vingt-cinquième demande, le témoin répond qu'il ne sait rien].

[Réponse à la vingt-sixième demande]:

Je suis allé une fois visiter la tombe de la Servante de Dieu, au mois de septembre 1910; j'ai remarqué que plusieurs personnes y vinrent prier pendant le quart d'heure [1189r] que j'y passai moi-même.

 

[Réponse à la vingt-septième demande]:

Dans la communauté de la Sainte Famille de La Délivrande dont je suis aumônier, on admet, pour les exercices spirituels, des personnes du monde qui viennent ainsi, à certaines époques, faire des retraites. Ce ministère me met en relations avec un bon nombre de personnes pieuses, venues de divers points du diocèse. Je suis frappé de la dévotion intense et de la confiance que la plupart de ces âmes témoignent pour la Servante de Dieu.

 

[Réponse à la vingt-huitième demande]:

Je n'ai jamais entendu formuler aucune critique contre la Servante de Dieu ou contre ce qui se fait en vue d'obtenir sa béatification.

 

[Réponse à la vingt-neuvième demande]:

Je connais la réputation générale de miracles répandue universellement et les faits relatés dans diverses publications, mais [1189v] je n'ai pas été en relation personnelle avec aucun de ceux qui ont été l'objet de ces faveurs.

 

[Réponse à la trentième demande]:

J'ai dit tout ce que je savais.

 

[Au sujet des Articles, le témoin d'office dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. - Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin d'office. Lecture des Actes est donnée. Le témoin d'office n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Testis deposui ut supra secundum veritatem, ratum habeo et confirmo.

Signatum: Ar. LE MONNIER