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De Céline à Thérèse - 14 octobre 1888

De Céline à Thérèse.
14 octobre 1888


Ma petite sœur chérie,
Bonne Fête !... Quel chagrin pour ta pauvre Céline de ne pouvoir te la souhaiter comme les autres
années. Je ne puis me faire à être séparée de toi, hier j'ai versé des larmes bien amères aux pieds de
Jésus.
Te souviens-tu quand, l'année dernière, nous allions toutes les deux dans les bas-côtés pour mieux voir
le Tabernacle? c'est là que je suis encore, personne ne me voit, il n'y a que Jésus.
Oui, je te pleure souvent, moi qui autrefois, jamais ne versais de larmes, elles sont maintenant toujours
prêtes à couler et je crois que, plus cela va, plus je sens notre séparation. Je me trouve sans appui, sans
conseil. Quelle conformité de pensées, d'affections, quels doux épanchements nous avions ensemble
et tout cela est passé ! Chez ma Tante, ce n'est plus la vie gaie de famille comme autrefois, toujours
du monde malade, entendre toujours gémir. Ici, je n'ai pas de soutien, Léonie pense sans cesse à la
Visitation, mes petites affaires ne l'intéressent pas.
Thérèse ! est-ce ainsi qu'on souhaite une fête ! Ne t'afflige pas de mes plaintes, Jésus est là ! Il doit me
tenir lieu de tout. Quand il est absent, c'est alors qu'il faut dire avec St François Xavier : « L'absence
de la Croix, c'est l'absence de la vie. » Ou bien encore : « Ne cessez pas un instant de souffrir et vous
ne cesserez pas un instant d'aimer. »
Bonne Fête chérie, bonne Fête !... Ici, encore une déception pour moi. J'avais un petit cadeau à te faire,
il m'a occasionné bien des démarches et je ne l'ai pas. Mais tu sais, il n'y a pas de fête sans octave,
donc, dans l'octave de ta fête, tu trouveras mon petit souvenir aux pieds de ton petit Jésus rose (un
oiseau des îles empaillé). N'oublie pas d'y regarder. En attendant, je te donne quatre bougies roses,
elles sont transparentes comme mon cœur et mon affection pour toi, pas de nuage, pas de voile.
Ce bon petit Père envoie, à sa Reine, les bobèches. Il en a eu seul l'idée, si tu savais comme cela
m'a émue ! De plus, il te donne 0,50 cent de cachemire rose qui hélas ! n'est pas arrivé non plus,
impossible d'en trouver dans aucun magasin, il a fallu écrire à Paris.
A cause de ta fête, il vous a acheté du poisson, tout ce qu'il y avait de plus beau à la poissonnerie,
jamais il n'avait encore mis aussi cher, il n'a pas voulu m'en dire le prix. Tout le monde te fête, ma
chérie, c'est moi qui ai le moins de présents, mais j'ai mon cœur!...
Et la Sainte Face (de Tours), c'est moi qui l'ai trouvée jolie, je pense qu'on a dû vous la porter
aujourd'hui.
J'embrasse ma Mère chérie (Marie de Gonzague). J'aime Marie et Pauline, elles savent combien !
Ta petite Céline

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