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De Céline à Thérèse. (Fragments.) - 13 mars 1889

 

Céline à Thérèse. (Fragments.)

13 mars 1889

Ma petite Thérèse chérie,

Je ne puis m'empêcher de mettre un petit mot pour toi. Si tu savais comme ta lettre m'a fait de bien... Oh! j'en ai trop sur le cœur pour tout te dire.................... mon cœur, il est rempli d'affection pour ma petite sœur chérie. Le petit atome de Jésus aime tant le petit grain de sable de Jésus!....

Ta lettre et celles de Marie et de Pauline sont la nourriture de mon âme, ce sont mes trésors; avec elles je me sens riche, mon courage abattu se renouvelle, je reprends des forces..... O petite sœur chérie, merci encore....

Si tu savais ce que j'ai rêvé l'autre nuit! Tu venais de mourir martyre, un homme t'avait emmenée dans un bois pour te tuer, je t'avais vue partir pour le martyre avec envie.... j'attendais ce qui allait arriver quand nous avons vu tout à coup une légère fumée s'envoler vers le ciel, puis un oiseau a chanté, alors nous nous sommes dit: Le sacrifice est achevé! Thérèse est martyre.... A cette nouvelle mon cœur a tressailli: Et moi! est-ce que j'allais être séparée de ma Th. chérie? oh! non, cela ne se pouvait pas, il y avait quelque chose qui me faisait espérer le même bonheur. En effet comme j'errais dans la campagne, un petit garçon apprenti cordonnier se jette sur moi et m'enfonce à plusieurs reprises son alêne dans la gorge. J'étais tellement heureuse que je ne pensais pas à m'enfuir, mais, l'enfant étant sans doute trop faible, je ne mourais pas. Cependant sa rage redoublait de plus en plus, il a fini par m'arracher les yeux ; cette fois je me suis affaissée mais en disant toujours : encore, encore!... J'en voulais encore mais je n'en finissais pas de mourir; j'enviais ton sort quand après avoir subi toutes ces horreurs, je me suis éveillée, à mon grand regret que ce rêve ne soit pas véritable. Sans doute que c'était un temps de persécution, mais tu vois, c'étaient des martyres ignorées, toi tuée dans un bois et moi par la main d'un enfant. C'est égal, tu ne seras pas sans te dire en toi-même : on voyait bien qu'elle ne souffrait pas pour en désirer toujours encore! C'est vrai que dans mon rêve j'essayais de souffrir et je ne pouvais pas y arriver, rien d'étonnant alors que j'en voulais d'autres.

Petite sœur chérie, malgré ce qu'il peut y avoir d'invraisemblable dans ce rêve, je t'assure qu'il m'a dit quelque chose au cœur..... tu le sais, tu le devines bien sûr.... Non, nous ne pouvions pas être séparées toutes les deux c comme toi : souffrons, souffrons, ne nous lassons pas de souffrir.... donnons toute la vie, tout le sang, toute la sueur de notre âme et de notre cœur pour Jésus..... La croix que nous portons est bien amère!

Dis à Marie et à Pauline combien leurs lettres m'ont fait de bien. Je n'ai pas encore reçu de lettre du Père (Pichon), et vous? oh! vous me le diriez si vous en receviez?

J'ai compris toute ta lettre...

Une autre fois je ne serai pas si longtemps sans écrire; ce qui m'a retardée d'un jour c'est la visite de M. Guérin ; j'ai pensé qu'elle allait vous donner des nouvelles. Quand vous serez étonnées de ne pas avoir de lettre, pensez qu'il n'y a rien de nouveau et que les nouvelles sont insignifiantes; parfois j'ai bien du mal à en avoir, il faut que je presse de questions.

Le petit Atome se réunit au Grain de sable dans le cœur de Jésus.

Un baiser à ma Mère chérie (Marie de Gonzague).

Mon cœur est plein de mercis pour ma petite Marie et pour ma Pauline si chérie... je les dirais jusqu'à demain matin je n'aurais pas encore commencé à dire mon cœur.....

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