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De Céline à ses sœurs Agnès de Jésus, Marie du Sacré-Cœur et Thérèse. (Fragments.) - 1er mars 1889

 

De Céline à ses sœurs Agnès de Jésus, Marie du Sacré-Cœur et Thérèse. (Fragments.)

1er mars 1889

(... ) Quand Papa me voit, il me demande des nouvelles de tout, pense à tout. - Je crois qu'on ne nous permettra pas de venir plus d'une fois par semaine; nous allons tous les jours demander de ses nouvelles.

Sœur Costard, après m'avoir cité d'autres malades, m'a dit en parlant de Papa: « Cela n'est pas le cas de Mr Martin, lui, est paralysé. » Elle prétend qu'il marche à grands pas vers la paralysie générale, elle lui trouve la langue un peu embarrassée, puis ses mouvements sont plus lents, il marche péniblement.

(... ) Mon cœur est rempli de mélancolie, rien autour de moi qui ne me parle d'exil... La vie! - La vie me semble quelque chose de tourbillonnant qui passe bien vite. Oui, tout passe! Bientôt, nous nous réjouirons de nos tristesses. Oh! que cette pensée de St Ignace me fait de bien:

- « Vous m'avez dit, Seigneur, si quelqu'un veut me suivre, il faut qu'il soit content, et de camper sous ma tente, et de manger à ma table, et de boire à la même coupe; il faut encore qu'il travaille comme moi et avec moi : il partagera avec moi les fruits de la victoire, suivant qu'il aura partagé avec moi les fatigues du combat. »

Petites Sœurs, je veux me féliciter de nos tribulations, faire plus: remercier Dieu de l'amertume de nos humiliations. Je ne sais pourquoi, mais au lieu de recevoir ces épreuves avec aigreur et de m'en plaindre, je vois quelque chose de mystérieux et de divin dans la conduite de Notre-Seigneur à notre égard. D'ailleurs, lui-même n'a-t-il pas passé par toutes les humiliations!.. J'avoue que l'opinion du monde ne pèse en rien dans la balance de mon intérieur.

(... ) Oh! si vous saviez comme je vois le bon Dieu dans toutes nos épreuves! Oui, tout y est marqué visiblement de son doigt divin.

(... ) Merci ma petite Marie, merci ma petite Pauline de vos lettres si chères c, Merci ma Thérèse chérie... mais je ne veux pas que tu t'appelles le petit grain de sable, parce que ce n'est pas vrai. Si tu persistes à te nommer ainsi, donne-moi alors le nom d'atome imperceptible et les choses seront justes. Moi, je viens toujours après toi: je suis une autre toi-même, mais toi tu es la réalité tandis que moi je ne suis que ton ombre.

(... )

Votre petite sœur

Céline

Caen, le 1er Mars 1889.

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