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De Céline à ses sœurs Agnès de Jésus, Marie du Sacré-Cœur et Thérèse. (Fragments.) - 4 mars 1889

 

De Céline à ses sœurs Agnès de Jésus, Marie du Sacré-Cœur et Thérèse. (Fragments.)

4 mars 1889   

(... ) Sr Costard soigne papa absolument comme s'il était son père, hier elle pleurait en me donnant les nouvelles: « Voyez-vous, disait-­elle, c'est déchirant de voir ce beau patriarche dans un pareil état, nous en sommes toutes profondément peinées et notre personnel en est dans la consternation; depuis le peu de temps qu'il est ici il a su se faire aimer, et puis, il a quelque chose de si vénérable! il porte sur lui un cachet pas ordinaire... On voit que c'est une épreuve, cela ne lui va pas d'avoir cette maladie et [ce] n'en est que plus pénible! »

Cette bonne religieuse ne faisait que répéter: « il a quelque chose de si vénérable ! » Oh! que c'est vrai! Il paraît qu'il est d'une bonté incroyable. - Le Docteur ne serait pas étonné quand la paralysie suivrait cette crise.

Sœurs chéries, certainement que Papa n'aura pas de purgatoire dans l'autre monde, mais ces peines pour nous sont tellement vives qu'elles sont de nature, je trouve, à faire des révolutions dans nos âmes, à nous rendre saintes. Je ne crois pas que les saints aient eu de plus dures épreuves...

(... ) Pensez-vous que mon oncle m'a envoyé deux mots pressants et énergiques a par lesquels il me conseillait et me commandait presque d'obéir: il voulait nous voir aujourd'hui à Lisieux; j'ai tenu bon comme vous voyez et je suis restée à mon poste.

Et cependant, je lutte contre mon cœur qui m'appelle près de vous, et je veux d'un autre côté, rester à mon devoir, plutôt en mourir.

(....) Je n'aurais pas cru qu'une si faible créature pût supporter une telle abondance de souffrances. Oh! mes Sœurs chéries, je sens que sans une grâce spéciale je ne pourrais rester ici, l'exil est trop profond.

(... )

Confions-nous en Jésus, tout ce qu'il permet ne peut être que bien.

Céline

Caen, 4 Mars 1889.

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