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De sœur Agnès de Jésus à Thérèse - 5 mai 1890

 

De sœur Agnès de Jésus à Thérèse.

5 mai 1890

Mon petit grain de sable chéri, ne dites pas que je suis votre flambeau ! ah ! si vous saviez quelles ténèbres ! Priez bien pour moi, je ne suis pas troublée mais aucun rayon ! C'est comme un Ciel sans orage, sans éclair, mais couvert de nuages... Pas une étoile ! Vous savez ce que c'est qu'un Ciel sans étoiles !

Dans le pied de la Croix par le P. Faber j'ai lu que Notre Seigneur dans la nuit de la Passion fut tellement maltraité par ses ennemis, que les soufflets surtout qu'il reçut furent si violents que ses beaux yeux ensuite avaient peine à s'ouvrir tant la lumière du jour lui était pénible... Petit grain de sable, dans ce détail amer je trouve une consolation, puisque rien de brillant ne peut frapper les regards blessés de Jésus sans le faire souffrir, il pourra donc sans trop souffrir se promener dans mes ténèbres... Petit grain de sable chéri, vous êtes là tout près de moi, ah ! souvenons-nous toutes deux que sur la terre il ne peut y avoir que souffrance pour ceux qui aiment et recherchent avec ardeur le doux Visage de Jésus souffrant... Ne soyons pas si lâches que de vouloir jouir avec un tel amour dans le cœur !...

Mais, ô mon Dieu! que la Patrie sera douce après cet exil de combats et de larmes! quel bonheur à espérer! Quelle attente! Voir cette grande Vision de l'Eternité éclairée non par les flambeaux de ce monde mais par l'Agneau Divin!

Donnez-moi des nouvelles de Céline (que Thérèse a vue au parloir), Notre Mère dit qu'elle souffre tant! Et l'itinéraire du voyage, quel jour l'arrivée à Lourdes ? la Sainte Face n'est-ce pas demain?