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Du P. Pichon à Thérèse - 16 février 1891

 

Du P. Pichon à Thérèse.
16 février 1891

Hôtel-Dieu 16 Fév. 91
Ma chère et heureuse Enfant en J.C,
Comme je la bénis, cette grippe qui, en me confinant dans une chambre d'hôpital, me procure enfin le
bonheur de vous répondre! Merci au bon Maître de ne pas prolonger plus longtemps ce long Carême
de ma plume !
Oh! Oui! L'alliance est conclue et elle sera éternelle. Vous avez tous les droits, tous les privilèges
d'une vraie Epouse. Mes félicitations pour votre voyage de noces au Calvaire ! N'avez-vous pas été

bien gâtée de recevoir la bénédiction du S' Père? ... oh! gâtée de tant de manières? J'ai été tout ému
en voyant votre couronne de roses blanches bénie par le vénéré Patriarche, et posée sur ses cheveux
blancs.
Ce qui fait le prestige de votre profession, c'est le cachet de la croix. Vos sœurs peuvent vous l'envier
et les élus du Ciel en sont jaloux.
Jésus vous a donné son Enfance et sa Passion. Que vous êtes fortunée! Quelle dot incomparable d !
Faites sourire l'Enfant de la crèche et consolez le crucifié du Calvaire. La T.S.V. a-t-elle eu une plus
belle mission?
Si jamais j'ai pleuré mon exil, et souffert des 1500 lieues de l'Atlantique, c'est le 8 Sept. Mais en dépit
de tout, j'étais là près de vous, et nul n'y était plus que moi. Et je vous offrais à Jésus dans l'allégresse
de mon cœur.
Comme je vous félicite de chercher et de trouver votre bonheur dans les amertumes de votre divin
Epoux.
Jésus s'en est donné à cœur joie le 24 Sept en vous abreuvant de son fiel amer. Qu'il fait bon Le
consoler à vos dépens!
Oui, oui, qu'il croisse et se développe de plus en plus dans votre cœur, le désir de sauver des âmes, la
soif d'être apôtre en aidant les apôtres. Si vous saviez comme mon apostolat canadien compte sur vous
et escompte vos prières, vos larmes, vos sacrifices!
Le silence de votre âme, je l'entends. Les lointains de votre cœur, je les vois. L'inédit de vos pensées,
je sais le lire et le relire.
Vous le verrez de mieux en mieux en avançant vers le ciel, souffrir c'est aimer et aimer c'est souffrir!
Prêtez l'oreille à Jésus, quand il vous dévoile cet admirable secret.
Gardez calme et sérénité dans tout l'extérieur alors même que l'intime est bouleversé par la tempête.
Sainte hypocrisie que celle-là.
Vous êtes bienheureuse, Agnelet chéri de Dieu, de ne plus trouver aucun plaisir hors de Jésus. Jésus
seul! Quelle richesse!
Ne demandez pas le martyre pour vous sans le demander pour moi. Ce serait être bien égoïste. En
attendant, vive le martyre du cœur, le martyre quotidien à coups d'épingle.
Sentir notre néant et se réjouir de n'être qu'un pauvre petit rien, c'est en effet une grande grâce.
Profitez!
Cette ambition d'un exil plus exilé g, je vais la recommander à N.S. Avant de vous répondre là-dessus
il faut prier. Je vous bénis de tout cœur.
AP.