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Du P. Pichon à Thérèse - 27 avril 1889

 

Du P. Pichon à Thérèse.

27 avril 1889

Lachine, 27 Av.

Ma très-chère Enfant en J.C.

Je vous mets au défi de souffrir jamais autant de mon silence que j'en souffre moi-même. Dieu vous en préserve ! C'est le plus martyrisant de mes martyres. J'ai tant à cœur de pleurer toutes vos larmes, de boire à longs traits avec vous tout votre calice amer !

Si vous saviez quelle est ma vie! Je ne me comprends plus moi-­même dans le tourbillon où m'engloutit le cher apostolat.

Pas un de vos petits feuillets qui ne m'ait doucement remué et intimement consolé. Que Jésus est bon de m'avoir donné mon très-cher Benjamin. Dans vos pages je lis même ce que votre plume n'écrit pas, quoique votre cœur le dise bien haut. Rendez-moi la pareille et comprenez mon silence.

Aimez tout ce qui vous vient de Jésus, tout jusqu'au fiel le plus amer, jusqu'aux épines les plus acérées, jusqu'à vos plus filiales angoisses, jusqu'aux délaissements divins. Obstinez-vous à sourire à N.S. quand même.

Oui, vous avez raison, mieux vaut aimer Jésus à ses dépens; il y a plus d'amour au Calvaire qu'au Thabor.

Oui, oui, réjouissez-vous d'être rien, puisque Jésus est tout. Bénissez Dieu de ne rien sentir, de ne rien posséder, de ne rien trouver en vous.

Comme j'ai applaudi à votre heureux vœu de chasteté. Quel joyeux alléluia pour mon cœur !

Que Jésus prenne goût de plus en plus à nos sacrifices, à notre encens, et à notre myrrhe ! N'est-il pas merveilleusement bon de nous demander nos larmes?

Tout, jusqu'à la neige de vos fiançailles, m'a paru une délicatesse du Cœur de Jésus. Votre bien-aimée lettre du 10 Janvier m'a été chère et douce entre toutes les autres.

Votre nouveau nom est riche d'espérances. Hélas! Et elles se sont vite réalisées. Le Martyre du St patriarche n'est-il pas votre cadeau de noces?

La grande paix, dont vous jouissez, est le trésor par excellence, que N.S. nous a légué dans son Testament divin. Soyez bien reconnaissante et gardez ce don de Dieu. Qu'à jamais Jésus soit libre de nous sevrer de ses consolations et de tous les Thabor les plus séduisants. Mieux vaut votre Calvaire, tout sombre qu'il est.......Ouvrez les yeux ; vous m'y verrez à vos côtés. Pas une de vos larmes que je ne pleure. Pas une de vos prières pour le saint patriarche à laquelle mon cœur ne fasse écho.

Non, non, ne doutez pas du Cœur de Jésus; croyez à sa divine tendresse; proclamez son amour !

Je vous bénis comme le père le plus tendre bénit son Benjamin.

A.P.

Je vous renferme avec l'agneau et le lion dans le Cœur de Jésus

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