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Du P. Pichon à Thérèse - 4 octobre 1889

 

Du P. Pichon à Thérèse.

4 octobre 1889

Joliette, 4 Oct. 89

Ma très-chère Enfant en N.S.

Je comptais si bien vous écrire une longue lettre pour votre fête ! Et Jésus ne le veut pas ! Me voici arrivé à la dernière heure. Besogne écrasante, sans trêve ni merci. En 17 jours je viens de prêcher 81 sermons. Cinq retraites pour le seul mois d'Octobre! Voyez comme j'ai besoin d'être soutenu par vos prières !

Il n'est pas une seule ligne dans vos pages bénies, dans tous les chers petits feuillets de votre âme, qui ne me touche, ne me console, ne m'attache de plus en plus à ce Jésus adoré qui m'a donné mon Benjamin du Carmel.

Comme je vais la prier pour vous, votre sainte Mère! Savez-vous ce que disait une religieuse canadienne, après la retraite que je viens de prêcher à sa communauté? Je crois que si Sainte Thérèse n'était pas au ciel, le P.P. ne tiendrait pas beaucoup à y entrer! Le 15 tout mon cœur émigrera vers votre cher Carmel. Ce jour-là je serai tout vôtre. Mon âme ne respectera même pas la clôture. Je vous tiendrai fidèle compagnie surtout au chœur. Ma messe sera pour mes enfants du Carmel; mais vous serez en tête.

La croix! Toujours la croix plantée à Caen et si lourde sur nos cœurs. Que Jésus n'entende de notre part que des cris de filiale reconnaissance. Il fait bien tout ce qu'il fait, le divin Bien-Aimé !

Comme je vous en veux de me dire que vos lettres doivent m'ennuyer ! Il n'est guère possible de mieux mentir. C'est donc le Père du Mensonge qui vous inspire quand vous parlez ainsi.

Oh! oui, que toute votre ambition soit d'essuyer les larmes de Jésus. Offrez-lui de pleurer, de souffrir à sa place.

Vous calomniez votre âme; elle sait bien mieux se faire comprendre que vous ne l'imaginez !

Soyez affamée d'amour; soyez insatiable... Souffrir c'est aimer et aimer ici-bas c'est souffrir.

Je vous défends au nom de Dieu de mettre en question votre état de grâce. Le démon en rit à gorge déployée. Je proteste contre cette vilaine défiance. Croyez obstinément que Jésus vous aime.

Merci pour les charmantes petites images e. J'en tire bon parti pour la gloire de N.S.

Ce n'est pas une part que vous avez à mon apostolat : il est tout vôtre ! Est-il étonnant que Jésus vous prodigue sa croix quand j'ai tant d'âmes à sauver?

J'attends avec impatience la prochaine lettre qui m'expliquera, j'espère, la grâce mystérieuse dont le dernier feuillet fait mention. Pour cadeau de fête je demanderai pour vous la Communion quotidienne.

Tout mon cœur épanche sur vous ses plus tendres bénédictions.

A.P.

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