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De Céline à ses sœurs Agnès de Jésus, MSC et Thérèse - 31 octobre 1888.Fragments.

De Céline à ses sœurs Agnès de Jésus, MSC et Thérèse. 31 octobre 1888.Fragments.

 

Non, point de paroles, point d'expressions pour redire nos angoisses et nos déchirements, je me sens impuissante. Chères petites Sœurs, ma souffrance est si aiguë que, me promenant sur le bord du quai (à Honfleur), je regardais avec envie la profondeur de l'eau. Ah ! si je n'avais pas la foi, je serais capable de tout.

Léonie et moi nous avons souffert le martyre. Quel martyre !

Celui de nos corps eut été mille fois moins pénible. Aujourd'hui ce n'est pas un glaive mais mille qui viennent avec leur dard empoisonné s'enfoncer l'un après l'autre dans la plaie béante de mon cœur.

............... Et cependant, j'ai pensé bien des fois que nous étions les plus heureuses des créatures et que, pour moi, je n'échangerais pas ma place pour n'importe laquelle, fût-elle la plus enviable. Quelle garantie de l'Amour de Jésus ! ...

Ce n'est pas une petite Croix qu'il nous met sur les épaules, mais la sienne. Comme un autre Simon nous lui aidons à la porter et même nous la portons seules, car Jésus se retire et semble ne pas aider... Mais le Ciel, le Ciel !

Ah ! ce qui fait encore le plus de plaisir, ce n'est pas, je trouve, la pensée du Ciel, ni du repos, mais celle qui consiste à voir que nous travaillons POUR Jésus, pour le consoler, pour lui gagner des âmes.

Ce n'est pas pour nous, mais pour Lui qu'on travaille. Je trouve dans cette pensée une immense consolation.

Pour lui !... Ah ! que ne pouvons-nous lui donner, lui donner sans cesse jusqu'au dernier souffle de notre vie.

Papa m'a semblé mieux à peu près deux heures après son repas, Il me dit des choses qui me déchirent le cœur. Une fois (pendant que nous étions en wagon) il m'a embrassée avec un air si bon m'appelant « son intrépide »... Oh! que Papa me fait pitié ! je vois qu'il souffre BEAUCOUP, sa pauvre figure est aujourd'hui d'une pâleur mortelle.

A un certain moment, il a récité ce passage d'une poésie : « La mort seule a pour moi d'invincibles attraits. » puis il s'est mis à sangloter.

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