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De Marie Guérin à Thérèse - 31 juillet 1886

1De Marie Guérin à Thérèse.
31 juillet 1886


Ma chère Thérèse,
Pardonne-moi d'avoir été si longtemps sans t'écrire, tu vas croire que je t'oublie; pas du tout, je pense
bien à toi, mais beaucoup d'empêchements sont venus me déranger de ma correspondance. Voilà les
excuses de mon retard, j'espère qu'elles vont être bien acceptées.
Dimanche nous avons été faire une promenade à Grâce (Notre-Dame-de-Grâce) avec mon oncle
Petit (Gustave Petit, son grand-oncle) ; nous avions un breck à deux chevaux, cocher en livrée, nous
voilà donc partis pour toute l'après-midi. La route était charmante, en allant nous longions la forêt
de Saint Gatien, où nous nous sommes arrêtés pour aller voir la maison de nos ancêtres, chacune
rapportait un souvenir de cette ferme; mon oncle Petit était radieux de revoir la maison où il avait
passé de si heureux jours; après nous nous sommes remis en route pour Grâce; pendant le trajet, nous
avons aperçu un ballon qui venait de la fête de Honfleur. Arrivés à Grâce nous sommes entrés dans la
Chapelle, où j'ai prié pour ma petite Thérèse et pour toute la famille. Tu ne sais pas le joli panorama
qui se déroule devant les yeux, c'est magique, la Seine se mêlant avec la mer, en face de nous la côte
du Havre, de Harfleur, etc. Pour revenir nous avons longé continuellement la mer, nous sommes
revenus par Villerville, avec cela le temps nous favorisait et la mer était calme comme un lac. Tu
peux te figurer la joie qui régnait pendant cette promenade. Je n'ai pas autre chose de remarquable à te
raconter, notre vie est toujours la même, nos promenades ont toujours pour but la plage ou le parc.
Si tu es trop pressée pour me répondre ne m'écris pas, je ne m'en fâcherai nullement, je t'écrirai comme
si tu m'avais répondu, voilà ma revanche. A bientôt, ma chérie, je t'embrasse de tout mon cœur.
N'oublie pas mon parrain et tes charmantes sœurs. Crois à l'affection de Marie
Trouville-s-mer Le 13 Juillet 1886

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