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De Marie Guérin à Thérèse - 22 août 1887

De Marie Guérin à Thérèse.
22 août 1887


Ma chère petite Thérèse,
C'est un personnage bien important qui t'écrit ces quelques mots; ce matin je me suis réveillée pour
entendre mes dix-sept ans sonner; c'est un peu honteux de se réveiller à huit heures, mais c'est la faute
à la pauvre Jeanne qui a eu une bien forte migraine cette nuit. Je crois me rappeler que c'est aussi le 22
Août l'anniversaire de mon parrain ; je te prie donc, ma chère petite Thérèse, de lui souhaiter un bon
anniversaire en l'embrassant de tout ton cœur pour sa filleule.
Je vais te montrer un peu comment se passe ma vie de châtelaine. D'abord le matin après mon premier
déjeuner, je vais faire un tour dans le parc, puis nous allons à un petit endroit délicieux que nous avons
appelé l'ermitage; là nous faisons notre méditation. Après le déjeuner nous allons faire une grande
promenade d'une ou deux heures dans le bois ou dans la prairie, et dans le bois nous avons déjà vu
deux petits écureuils.
J'ai revu ma petite Miss, c'est une petite chienne toute petite et très obéissante qui obéit à la première
parole; mais pour la décider à nous suivre dans nos excursions il faut la prendre par son défaut
dominant, la gourmandise ou encore, en prenant un fusil à notre bras; alors ce sont des aboiements
interminables, et Diane se mêlant de la partie court dans les fourrés pour nous dénicher quelque gibier,
mais nous sommes comme le singe qui montre la lanterne magique, nous avons l'instrument, mais
la poudre manque ce qui fait que nous ne tuons rien. Depuis que nous sommes ici nous avons eu
vraiment un beau temps, pas trop de chaleur, sauf quelques orages.
Ma chère petite Thérèse, j'ai suivi ton conseil, mes joues sont rouges comme des pommes d'api, l'air de
la campagne me fait beaucoup de bien et il est décidé que nous resterons jusqu'à Vendredi.
Hier nous avons été entendre la messe à Evreux, et l'après-midi j'ai répondu à Léonie qui m'avait écrit
Lundi pour me souhaiter ma fête. Le soir nous faisons toujours une petite soirée musicale, et le jeu de
billard est toujours notre jeu favori, si bien que dans tous ces amusements, mon piano trouve à peine
quelques minutes ; je t'assure que mon voile de fauteuil (broderie) n'avance guère, étant toujours par
monts et par vaux.
Adieu ma petite sœur chérie, je t'embrasse comme je t'aime.
Bien des amitiés pour moi à toute ta famille
Ta sœur
Marie
La Musse 22 Août 87

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