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De Madame Guérin à ses nièces carmélites - 26 juin 1888.

De Madame Guérin à ses nièces carmélites. 26 juin 1888.

 

Mes bien Chéries

Je vous envoie une lettre de votre père que nous venons de recevoir. Vous voyez qu'il est encore au Havre puisque la lettre est remise hier soir. J'ai envoyé une dépêche immédiatement à mon mari Il va surveiller l’entrée de la Poste ; il est bien rare qu'il ne parvienne pas à le trouver. Calmez donc votre grande douleur, je vous en prie, je regrette que vous [1v°] ayez vu la dépêche de ce matin puisqu'elle vous a fait tant de mal. Je me suis consultée un instant, mais je me suis dit que vous alliez prier encore davantage, si vous le pouvez et alors je vous l'ai envoyée. Mais je vous en prie, ne poussez pas les choses encore à l'excès, voyez l'écriture de cette nouvelle lettre, elle est bonne, il me semble. Maintenant comment a-t-il besoin d'argent je n'en sais rien. Mais je ne puis croire que le bon Dieu laisse aller les choses au pire. [2 r°] Voyez l'incendie de ce matin, combien votre sœur a été protégée. Le feu eût aussi bien pris la nuit, je ne sais ce qui serait arrivé, toujours est-il que votre maison eût été sérieusement endommagée, et Léonie ne se fût peut-être pas réveillée, alors que fût-il arrivé? J'en frémis. Mais Dieu veille sur vous tous. Il n'a pas permis que le feu touche à votre demeure

(le mardi 26, incendie de la maison voisine des Buissonnets). Je vous assure que moi qui ai été témoin de tout cela, je ne puis m'empêcher de croire que le Bon Dieu ne permettra jamais un très grand malheur. [2 v°] Je crois qu'Il vous tient en ses mains, Il laissera peut-être aller les choses bien loin pour éprouver notre confiance, mais Il arrêtera tout à temps. Je vous raconterai même tantôt un petit détail qui vous fera voir que Dieu ne permet pas qu'on touche un cheveu de votre tête.

A bientôt, mes bien chéries, nous vous embrassons toutes du plus intime de notre cœur. Ne m'oubliez pas auprès de votre bonne mère Marie de Gonzague.

C.G.

Prière de remettre la lettre au porteur ; elle pourrait quelquefois m'être utile.

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