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6 novembre 1898

Glaizot, Anne-Marie
Ma chère petite sr Geneviève [Céline],  Combien je regrette de n’avoir pu trouver la semaine dernière le loisir de vous parler longuement de notre installation ! Mais aujourd’hui pour revenir à tout ce matériel, aurai-je vraiment le courage de quitter la sphère délicieuse où m’a conduite la lecture enchantée de « l’Histoire d’une âme » ? Ah ! Quelle âme, ma petite amie, que celle de votre sœur ! Je suis impuissante à retracer les sentiments que j’éprouve, mais si vous voyiez les larmes d’émotion, de bonheur, de regret, de tout enfin, qui tombent de mon cœur en même temps que de mes yeux depuis que j’ai savouré ces pages sublimes, vous comprendriez tout ce qui se presse en moi et que je ne puis, ne sais pas dire ! Ma petite Geneviève, que vous avez le droit d’être fière d’avoir une sainte pour sœur, et sainte d’une sainteté si aimable, si simple si facile. Je ne connais rien de plus attrayant ni de plus pénétrant. Ah ! quel accueil elle a dû recevoir là-haut la Sainte « Petite fleur » ! Je ne m’étonne pas que l’empreinte de la mort n’ait pas paru sur son visage quand elle était exposée à la grille du Chœur ; c’était un sommeil d’enfant, et si doux que jamais je n’en ai pu oublier l’impression délicieuse. Mais que j’ai de regrets de n’avoir pu alors pénétrer comme je viens de le faire jusque dans les secrets de ce cœur embrasé ! Il me semble que je l’aurais priée avec plus de ferveur, que je lui aurais demandé plus de grâces… Je viens d’être interrompue par la visite de Clotilde de*** Comme j’ai souri de sa défense ! « Ne continue pas ton livre, il te fait trop pleurer… » Si elle savait combien certaines larmes sont douces, elle n’eût pas parlé de la sorte. Du reste, je le reprendrai « mon livre », et pas une fois seulement, mais dix, mais vingt ! Il a pour longtemps de quoi nourrir mon âme et charmer ma pensée.