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24 novembre 1898

Bellière, R. P. des Pères Blancs, Carthage
Vénérée et bien chère Mère, Mère, vous l’êtes à mon égard, et vous l’êtes encore en me rendant la sainte que Dieu nous prit. Je la retrouve vivante comme autrefois, plus qu’autrefois à certains égards, car je ne la connaissais pas tout entière et cette vie m’a été une révélation... « Vivre d’amour » comme Thérèse,  « c’est la devise que je veux écrire sur ma voile » mais non, elle est écrite déjà, et je m’abandonne à ce « Pilote aimé ». Et c’est elle, selon sa promesse, qui pousse ma barque vers le port où elle-même a jeté l’ancre. Laissez-moi vous le dire très simplement : Je sens son action sans cesse dirigeant la mienne. Dès le Noviciat, je me suis dit (combien de fois !) Thérèse, ma sœur, vous êtes là, c’est vous qui avez fait cela, c’est vous qui m’inspirez. Je suis persuadé que ma sainte sœur est l’avocate. Ne me l’avait-elle pas dit : ‘Je serai près de vous dans les lointaines missions , et votre âme saura bien reconnaître l’âme de sa sœur. Quand je serai près de Jésus, je vous enseignerai ma manière ; car il vous est interdit, comme à moi, d’aller à Lui par une autre voie que celle de l’Amour. «L’ascenseur » de l’Amour, comme elle disait. Non, elle n’est pas inactive au ciel, et elle avait raison d’être certaine que Dieu l’exaucerait [LT 253]... Précieux trésor que ces lettres, complément de son histoire. oui vraiment, ainsi que vous me l’annonciez, cette vie est une mine féconde et un aliment pour toutes les heures. Ma Vénérée Mère, vous pensez bien quelle est ma gratitude encore pour cette sainte enfant, et, combien je lui dois. Je suis heureux et ravi, et l’exemple m’entraîne. Vive Dieu ! Quand j’avais cinq minutes libres, je courais chez « Thérèse » : mais, le croiriez-vous, Mère, quelquefois j’avais le scrupule d’être curieux, tant mon respect égalait mon affection. Je me surprenais tournant les feuilles religieusement, lentement… Enfin, je sentais Dieu présent et j’adorais en méditant.