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28 novembre 1898

Troude, Mr l’abbé, Villers s. mer
Il m’est impossible de vous dire l’impression que m’a faite cette lecture. J’ai vu combien ce que vous me disiez était vrai : « ce livre-là on ne peut pas le juger, il faut le lire soi-même. » Malgré tout ce que vous m’aviez dit, je ne m’attendais pas du tout à ce que j’ai trouvé. Il y a des pages où l’on croirait entendre St François de Sales, ce bon saint lui-même avec ses naïves et charmantes comparaisons. Les citations d’Ecriture Sainte, leur explication, l’heureuse application que la petite sœur en fait aux divers états de son âme et aux événements principaux de sa vie, tout cela m’a ravi. Je vous avouerai aussi que j’ai été profondément humilié en voyant une humble religieuse possédant une connaissance si approfondie des Ecritures, lorsque nous , Prêtres, qui devrions en faire notre principale étude, nous la connaissons quelquefois si peu. Il est vrai que pour cette science l’étude ne suffit pas, et que la sainteté est le principal moyen de l’acquérir. Faut-il vous dire aussi, combien j’ai été frappé et touché tout à la fois de la délicatesse avec laquelle votre petite sœur parle des prêtres, en même temps qu’elle les juge avec cette sûreté d’appréciation dont elle fait preuve en beaucoup d’autres occasions. Ce qu’elle dit des prêtres à propos de son voyage en Italie m’a frappé surtout - mais combien c’est vrai ! Enfin je ne pourrais mieux vous exprimer le bonheur que j’ai éprouvé à faire cette lecture qu’en vous disant que j’ai lu le livre tout d’un trait et que j’espère le relire bientôt plus à mon aise pour en goûter davantage toutes les beautés. Oui c’est vraiment un bon et beau livre, et, comme je vous le disais à Lisieux, cela fait du bien de rencontrer un livre pareil à une époque surtout où nous sommes inondés de livres qui n’ont aucune valeur, ni dans le fond, ni dans la forme. J’espère, comme vous, que la lecture de « l’Histoire d’une âme » fera du bien à beaucoup d’autres âmes. J’ai éprouvé par moi-même son heureuse influence, et maintenant je m’adresse à la petite sœur de l’Enfant Jésus en toute confiance et simplicité.