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16 janvier 1899

Prou, Alexis R.P., des Frères Mineurs, Ste Paix, Caen
Ma Révérende Mère, Vous avez eu la grande charité de m’adresser la vie de la sainte petite sœur Thérèse de l’Enfant Jésus, mais des absences multipliées et prolongées m’ont tenu trop longtemps éloigné de ma cellule et que je n’avais pu terminer encore cette séduisante lecture, que je voulais clore pourtant, avant de vous transmettre mon jugement. Il se résume d’un mot : admirable, souverainement édifiant ! Quel ange vous aviez là, et comme vous avez bien fait, ma Révérende Mère, de ne pas laisser sous le boisseau cette vive et blanche lumière irradiant, du fond de sa solitude, jusqu’aux cimes du Carmel. Quel dommage pour les âmes pieuses et avides d’amour, si vous aviez gardé pour vous seule ces trésors de vertu cachée, ces voies si simples et si sublimes en même temps, conduisant à Dieu par les sentiers les plus droits et les plus lumineux ! Soyez bénie de m’avoir fait part d’une si précieuse découverte. Cette vie, je l’ai lue, je l’ai dévorée, et elle m’a valu plus qu’une bonne retraite. Impossible en parcourant ces pages si naturelles de fraîcheur et d’amour, de ne pas se sentir entraîné de ne pas concevoir un désir impérieux de devenir meilleur soi-même, de grandir dans l’amour de Dieu. Je ne sais si je m’abuse ; mais à mon avis, ce livre est destiné à réveiller bien des âmes endormies, à souffler la ferveur dans bien des cœurs imparfaits jusque là et trop attachés à la terre. Cette chère petite sœur continuera, même après sa mort, d’être un remarquable missionnaire, à la parole puissante et irrésistible. Elle tient ainsi brillamment l’une des promesses de sa vie mortelle : celle de passer sa vie du Ciel à travailler au salut des âmes. Il me semble, si je ne m’abuse, qu’elle fait allusion dans ces pages à une retraite que j’ai prêchée à votre cher Carmel ; je crois même me rappeler distinctement l’avoir entretenue particulièrement au Saint Tribunal. Ce souvenir m’est doux et précieux. Je me dis : je suis certain maintenant d’avoir eu des rapports intimes avec une âme sainte. Que votre Carmel est heureux d’avoir produit une telle fleur!