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Les miracles de Thérèse

 

Pour en savoir plus, lire le mémoire de maîtrise d'Antoinette Guise:

Les miracles de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus entre 1898 et 1926


Thérèse de Lisieux est considérée comme une grande sainte thaumaturge ou plutôt, comme un des meilleurs intercesseurs auprès de Jésus, en vertu d'une tradition qui remonte à la première publication de l'Histoire d'une âme, et qui est étayée par la Pluie de Roses, ainsi que par l'abondance des témoignages accumulés au fil des décennies, témoignages écrits et tradition orale.
Cette qualité d'intercesseur, c'est elle qui semble l'avoir voulue, si l'on se fonde sur des paroles prononcées à la fin de sa vie et qui ont été rapportées par ses sœurs :
-    Après ma mort, je ferai tomber une Pluie de Roses
-    Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre
-    Je reviendrai

On parle donc communément des miracles de sainte Thérèse. Or le mot miracle a plusieurs sens. Il a d'abord, dans les cultures de tradition chrétienne, un sens général, de « fait extraordinaire où l’on croit reconnaître une intervention divine, bienveillante, auquel on confère une signification spirituelle. » (Dictionnaire Le Robert)

Il a été ensuite une porte d'entrée au mystère de la création divine, et à ce titre fait l'objet de constantes interrogations de la part des théologiens, à commencer par saint Augustin puis saint Thomas d'Aquin. A l'époque moderne, l'Église définit des critères de discernement du miracle, soit dans le cadre des procès de canonisation (Prospero Lambertini, 1734) soit, plus précocement, dans le cadre du contrôle du culte des saints (Urbain VIII, années 1620-1640).

A partir de ce moment-là, si l'on parle de miracles, par exemple à propos d'une pieuse personne vivante (le curé d'Ars) ou décédée (Thérèse de Lisieux), des prodiges réalisés par de l'eau de source (Lourdes), il devient nécessaire de proclamer que l'on laisse le soin à l'Église de se prononcer sur la réalité de ces miracles (respect des décrets du pape Urbain VIII). La reconnaissance canonique d'un miracle s'effectue par le biais d'une enquête menée par l'évêque du lieu, de sa propre initiative ou mandaté par Rome (dans le cadre d'un procès de canonisation).

Dans le cas de Thérèse, les carmélites de Lisieux ont toujours pris soin d'apporter à leurs lecteurs deux précisions.
Première précision : l'affirmation, en tête des Pluie de Roses, selon laquelle l'emploi de mots tels que « miracle, relique, pèlerinage, vision, apparition, sainte... ont été imprimés pour respecter le texte des lettres reçues, sans aucune intention de devancer et de préjuger la décision de l'Eglise ». Cet avertissement est obligatoire aux yeux de l'Eglise.
Deuxième précision : « les faits rapportés n'ont pas été tous contrôlés scientifiquement ou canoniquement », expliquant leur publication par le souci de « montrer combien est générale la confiance des fidèles en l'intercession de sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus. » Cette deuxième assertion est rendue nécessaire par le contexte historique dans lequel se déploie la dévotion à sœur Thérèse : en effet, avec le développement du pèlerinage de Lourdes à partir des années 1870 s'est popularisée l'idée qu'un vrai miracle est un miracle « constaté scientifiquement ».

Aujourd'hui, on parle moins de constatation scientifique d'un miracle. Importe davantage, aux yeux des catholiques, une reconnaissance par l'Eglise. Par ailleurs, à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, le développement considérable des sciences, notamment médicales, joint à la crise religieuse que traverse la France (lois laïques) et même l'Église (crise moderniste) ont fait des miracles un enjeu dans des discussions sur l'existence de Dieu, ou sur ce qu'est Dieu.

Avant la béatification de Thérèse, les carmélites de Lisieux ont pris soin, pour éviter ces écueils, de privilégier des mots plus neutres que celui de miracle : grâces, guérisons, faveurs, interventions, faits extraordinaires, et bien sûr « Pluie de roses », terme qui signe les miracles thérésiens.

Cela étant, plusieurs faits miraculeux ont été étudiés par la Sacrée Congrégation des Rites, dans le cadre de la procédure de canonisation, et 4 d'entre eux ont été validés pour la Béatification et pour la Canonisation.

Un autre fait miraculeux a fait l'objet d'une enquête canonique, en raison de l'émoi qu'il a suscité, sur place et chez les amis de sœur Thérèse : c'est le miracle de Gallipoli. Les récits racontent que Thérèse est apparue à la prieure d'un carmel pauvre des Pouilles, en 1910. Elle a secouru matériellement sa communauté, et apporté la confirmation de la validité de sa voie spirituelle en affirmant à mère Carmela : « ma voie est sûre, et je ne me suis pas trompée en la suivant ». Gallipoli est devenu depuis un lieu de pèlerinage, et un centre important pour le rayonnement de la spiritualité thérésienne en Italie.

Antoinette Guise


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