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Témoin 12 - Soeur Saint‑André O.S.B.

TÉMOIN XII

SOEUR SAINT-ANDRE (EUGÉNIE BARBÉ), O. S. B.

Comme nous l'avons déjà relevé (vol. I, p. 542), soeur Saint‑André n'a rien d’exceptionnellement important à nous faire connaître. Quand elle arriva à l'abbaye de Notre‑Dame du Pré, en 1882, en qua­lité de maîtresse séculière suppléante, elle eut l'occasion d'y approcher Thérèse, mais sans l'avoir jamais pour autant sous sa surveillance directe et immédiate.

Née aux Chapelles (diocèse de Laval) le 21 janvier 1863, elle entra chez les bénédictines en 1884 après avoir été leur collaboratrice pendant plus de deux ans. Elle fit profession en 1886 et fut élue prieure dix ans après, le 18 août 1896, charge qu'elle occupa pendant près de quarante ans, jusqu'à la fin de 1933, en s'y distinguant par sa sagesse et par sa prudence. Elle mourut le 24 août 1942, deux ans avant la destruction de son ab­baye à l'occasion des bombardements de Lisieux en 1944.

 

Pour ouvrir soeur Marie de la Trinité à la confiance audacieuse en la miséricor­de infinie de Dieu, soeur Thérèse de l'En­fant‑Jésus lui avait dit non sans audace: Dieu, « Celui que vous avez pris pourEpoux, a certainement toutes les perfec­tions désirables; mais, si j'ose le dire, il a en même temps une grande infirmité, c'est d'être aveugle! et il est une science qu'il ne connaît pas: c'est le calcul... » P.O., f. 1070r, vol. I, pp. 453‑454). A ce sujet nous voudrions relever ceci dans le témoignage qui va suivre: « (Thérèse) avait l'esprit très ouvert sur la plupart des matières de l'enseignement, sauf pour les mathématiques, pour lesquelles elle n'avait pas d'attrait. Elle était d'ailleurs très studieuse et s'appliquait beaucoup à l'étude en général, et même à l'étude du calcul qu'elle n'aimait pas. J'assistais per­sonnellement, au moins le dimanche, aux leçons de catéchisme. Elle paraissait être là tout à fait dans son élément. Elle était très intéressante à observer, tant elle était captivée par cet enseignement... » (p. 960). Le « petit docteur » des catéchismes de l'abbé Domin ne pouvait pas être mieux présenté.

 

Le témoin déposa le 15 septembre 1915, au cours de la 48ème session (pp. 958‑964 de notre Copie publique).

 

 

[Session 48: ‑ 15 septembre 1915, à 2h. de l'après‑midi]

[958] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 

 [Réponse à la deuxième demande]:

Je m'appelle Eugénie‑Virginie‑Marie Barbé, en religion mère Saint‑André, re­ligieuse professe et prieure de l'abbaye de Notre‑Dame du Pré, de l'ordre de saint Benoît, à Lisieux, où j'ai fait profession, le 22 juin 1886.

Je suis née le 21 janvier 1863, aux Cha­pelles, diocèse de Laval, de Michel Bar­bé, cultivateur et de Anne Bigot.

 

 [Le témoin répond correctement de la troi­sième à la cinquième demande inclusivement].

 [Réponse à la sixième demande]:

Aucun sentiment ne m'anime qui puis­se me détourner de dire la vérité, et per­sonne n'a exercé sur [959] moi aucune influence pour m'amener à témoigner d'une manière plutôt que d'une autre.

 

 [Réponse à la septième demande]:

La Servante de Dieu entra à notre pen­sionnat au mois d'octobre 1881. J'y vins moi‑même, comme maîtresse suppléante, au mois de janvier 1882. J'ai connu la Servante de Dieu depuis cette dernière da­te jusqu'à sa sortie du pensionnat en jan­vier 1886. Je n'étais pas maîtresse dans sa classe et je ne l'ai jamais eue à propre­ment parler pour élève: mais les règle­ments de la maison faisaient que je la rencontrais souvent dans l'intervalle des classes, au réfectoire et en récréation. Après la sortie de la Servante de Dieu de notre pensionnat, je la vis, l'année sui­vante, revenir une ou deux fois par se­maine; elle cessa ensuite de venir aux bénédictines, et je perdis dès lors con­tact avec elle.

 

 [Réponse à la huitième demande]:

Lorsque la Servante de Dieu était chez nous, j'avais pour elle, non à proprement parler une affection spéciale, mais de l'ad­miration à cause de sa piété et de sa fidé­lité au devoir. Aujourd'hui, j'ai pour elle une dévotion sincère parce que je crois qu'elle est agréable à Dieu. Je désire beau­coup le succès de sa Cause, parce que je crois qu'elle a beaucoup aimé le bon Dieu.

 

[960] [Réponse à la neu­vième demande]:

Je ne sais rien de particulier sur les premières années de la Servante de Dieu.

 

 [Réponse à la dixième demande]:

La Servante de Dieu avait 8 ans et quelques mois lorsqu'elle entra chez nous, à titre de demi‑pensionnaire, c'est‑à‑dire, qu'elle arrivait le matin et retournait chez elle le soir. Je la trouvai donc au pen­sionnat, comme je l'ai dit, quand j'y ar­rivai moi‑même trois mois après son en­trée.

 

Je n'ai pas une connaissance bien per­sonnelle des qualités de son intelligence, puisqu'elle n'a jamais été dans ma classe, je sais seulement ce que j'entendais dire par les autres maîtresses qu'elle avait l'es­prit très ouvert sur la plupart des ma­

 

TEMOIN 12: Soeur Saint‑André O.S.B.

 

tières de l'enseignement, sauf pour les ma­thématiques, pour lesquelles elle n'avait pas d'attrait. Elle était d'ailleurs très stu­dieuse et s'appliquait beaucoup à l'étude en général, et même à l'étude du calcul qu'elle n'aimait pas. J'assistais personnel­lement, au moins le dimanche, aux leçons de catéchisme. Elle paraissait être là tout à fait dans son élément. Elle était très intéressante à observer, tant elle était cap­tivée par cet enseignement, et, quand on l'interrogeait, ses réponses étaient toujours particulièrement intéressantes.

 

Au point de vue de la fidélité au rè­glement et de l'obéissance, elle était vrai­ment héroïque. La surveillance était assez difficile, particulièrement [961] dans les escaliers et les corridors, et ses petites com­pagnes ne se faisaient pas faute d'y man­quer au silence et d'y commettre les es­piègleries de leur âge. Je la voyais, elle, tellement recueillie et minutieusement fi­dèle que j'étais portée alors à la juger scrupuleuse: j'ai compris depuis que c'é­tait de la délicatesse et de l'héroïsme.

Dans ses relations avec ses compagnes elle était très douce. Elle aimait peu les jeux bruyants, et pendant les récréations elle se plaisait à leur faire de petits ser­mons ou à leur raconter des histoires en­fantines.

 

Sa piété était toujours fort grande, mais j'ai été tout spécialement frappée de son attitude le jour de sa première communion, le 8 mai 1884: elle avait un air vraiment céleste.

 

Le père de la Servante de Dieu la re­tira au mois de janvier 1886, et donna pour motif de cette détermination l'état de sa santé. En tout cas, ce départ ne fut certainement pas ni désiré, ni provoqué de notre part. Sa réception dans l'associa­tion des enfants de Marie, établie dans

notre pensionnat, montre bien d'ailleurs qu'elle n'avait donné aucun sujet de mé­contentement. C'est pour obtenir ce titre « d'enfant de Marie » qu'elle revint pour des leçons de travail manuel, une ou deux fois par semaine, au cours de l'année sui­vante. J'ai remarqué sa très grande piété à l'occasion de ces retours au pensionnat: la leçon de travail se terminant vers 3 heures 1/2, au lieu de [962] rester à con­verser ou à se récréer avec ses compagnes en attendant que ses parents viennent la chercher, elle se rendait à la tribune de la chapelle, dans un endroit où on ne pouvait pas la voir, et restait là en priè­re pendant une heure et quelquefois deux heures.

La réception dans l'association des en­fants de Marie d'une élève déjà sortie du pensionnat était contraire aux usages. La présidente du conseil, en la présentant dit: «Je crois que nous n'aurons pas à regretter d'avoir fait une exception pour Thérèse », et elle fut admise à l'unanimi­té.

 

 [Réponse de la onzième à la cinquante-cinquième demande inclusivement]:

Comme je l'ai dit en répondant à la question septième, je n'ai pu observer ce qui concerne la Servante de Dieu que pen­dant les cinq années de son séjour au pensionnat; je ne sais rien de personnel sur le reste de sa vie.

 

 [Réponse à la cinquante-sixième demande]:

Je sais, par les personnes qui descen­dent à notre hôtellerie, que le pèlerinage à la tombe de la Servante de Dieu se dé­veloppe rapidement. Aujourd'hui, on y trouve un nombre considérable de per­sonnes, à toute heure du jour. Les personnes que nous recevons à l'hôtellerie, sont généralement des personnes instruites et d'une piété élevée.     

 

 [Réponse à la cinquante-septième demande]:

Je n'ai pas entendu dire, du vivant de la Servan‑[963]te de Dieu, que la re­nommée de sa sainteté se soit répandue dans le public; mais depuis sa mort, la diffusion de cette réputation de sainteté ne fait pas de doute. Toutes les pèlerines que nous recevons à l'hôtellerie, au nombre d'environ 200 chaque année, et pro­venant de France, d'Angleterre, de Bel­gique etc., ont pleine confiance qu'elle est une sainte et la prient en cette qualité. Dans la communauté, on la vénère, on la prie fidèlement, on la prend pour mo­dèle, on est fier de l'avoir eue pour élève.

 

 [Réponse à la cin­quante‑huitième demande]:

Je n'ai jamais entendu formuler une o­pinion contraire à la sainteté de la Ser­vante de Dieu.

 

[Répon­se de la cinquante‑neuvième à la soixante­-cinquième demande]:

Plusieurs de nos religieuses disent avoir ­obtenu par son intercession des faveurs spirituelles, des lumières, des grâces de progrès, etc. J'entends aussi rapporter du dehors l'obtention de grâces spirituelles, de guérisons, de faveurs de toutes sortes, mais je n'ai pas le moyen de les contrôler.

 

 [Réponse à la soixante-sixième demande]:

Je n'ai rien à ajouter.

 

[964] [Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux deman­des précédentes. ‑ Est ainsi terminé l'inter­rogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

 

Signatum : SOEUR SAINT-ANDRÉ, O.S. B. témoin, j’ai déposé selon la vérité, je le ratifie et je le confirme.