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Témoin 14 - Victor‑Louis Domin

TEMOIN XIV

VICTOR‑LOUIS DOMIN

Victor‑Louis Domin ( 1.X. 1843 13.VI.1918) fut durant plus de quarante ans chapelain de l'Abbaye des bénédicti­nes de Notre-Dame du Pré à Lisieux, et, de ce chef, particulièrement bien placé pour connaître et observer la jeune Thé­rèse Martin (voir vol. I, pp. 530‑534). C'est de lui que Thérèse a écrit: « Il m'appelait son petit docteur, à cause de mon nom de Thérèse » (MA « A » 37v).

L'abbé Domin n'est que trop sobre dans sa déposition, car nous aurions aimé qu'il nous livrât quelque chose de plus sur Thérèse enfant, qu'il avait pu ren­contrer fréquemment chez son oncle Isi­dore Guérin, avec lequel il avait quel­que lien de parenté.

 

Comme les deux témoins précédents, il souligne à son tour, lui aussi, l'amour de la Servante de Dieu pour l'enseigne­ment religieux: «Je la connaissais mieux comme catéchiste, pendant l'année qui précéda sa première communion, et les années qui suivirent jusqu'à son départ. Je me rappelle qu'elle savait parfaitement ses leçons, qu'elle était extrêmement at­tentive aux explications, ne me quittant pas des yeux pendant mes instructions. Quand je posais une question plus diffi­cile, je disais parfois: 'Demandons cela à l'un de nos docteurs '; je désignais ainsi les plus instruites, Thérèse et une de ses compagnes » (pp. 986‑987).

Le témoin déposa le 16 septembre 1915, au cours de la 50ème session (pp. 985‑990 de notre Copie publique).

 

Session 50: ‑ 16 septembre 1915, à 3h. de l'après‑midi]

[985] [Le témoin répond correctement à la première demande].

[Réponse à la deuxième demande]:

Je m'appelle Victor‑Louis Domin, prêtre, chapelain et confesseur des reli­gieuses  bénédictines de Lisieux. Je suis né le 1er octobre 1843 à Caen, paroisse Saint‑Sauveur, de Louis Domin, impri­meur et de Euphémie Delos.

 

TÉMOIN 14: Victor‑Louis Domin

 

 [Le témoin répond correctement de la troi­sième à la cinquième demande inclusivement].

 [Réponse à la sixième demande]:

Je suis entièrement libre de toute in­fluence de ce genre interne ou externe.

 

 [Réponse à la septième demande]:

Lorsque, en 1887, monsieur Martin, après la mort de sa femme, vint s'éta­blir à Lisieux, il fit une visite à l'Ab­baye et présenta ses enfants: c'est la pre­mière entrevue que j'ai eue avec la Ser­vante de Dieu.

Je la rencontrai ensuite, plusieurs fois, dans la famille de monsieur Guérin, son oncle, famille avec laquelle j'ai des liens de parenté.

Mais c'est surtout, pendant son séjour à l'Abbaye comme demi‑pensionnaire (oc­tobre 1881 à janvier 1886), que j'ai connu la Servante de Dieu. [986] Pendant cette période, j'étais son confesseur et je fus son catéchiste, au moins l'année qui précéda sa première communion et les deux an­nées suivantes. Quand elle eut quitté dé­finitivement l'Abbaye, je cessai de la voir.

 

 [Réponse à la huitième demande]:

Depuis la mort de la Servante de Dieu, je professe pour elle une sincère et vive dévotion, basée sur la connaissance que j'ai acquise de ses vertus par la lecture de 1'« Histoire d'une âme.»

Je ne passe pas un seul jour sans l'in­voquer spécialement. Je désire vivement sa béatification à cause de la mission que j'ai eu le bonheur de remplir auprès d'elle, et aussi pour l'honneur qui en re­jaillira sur la maison.

 

 [Réponse à la neuvième demande]:

Sur ce qui s'est passé avant la venue de la Servante de Dieu à Lisieux, je ne sais rien que par la lecture de sa vie.

 

 [Réponse à la dixième demande]:

Je ne sais à peu près rien de ce qui se passait dans les classes du pensionnat. Je proclamais les notes chaque mois, et j'ai gardé ce souvenir général qu'elle avait toujours d'excellentes places et d'ex­cellentes notes, quoiqu'elle fût une des plus jeunes, sinon la plus jeune de sa classe.

Je la connaissais mieux comme caté­chiste, [987] pendant l'année qui précéda sa première communion, et les années qui suivirent jusqu'à son départ. Je me rap­pelle qu'elle savait parfaitement ses le­çons, qu'elle était extrêmement attentive aux explications, ne me quittant pas des yeux pendant mes instructions. Quand je posais une question plus difficile, je di­sais parfois: «Demandons cela à l'un de nos docteurs », je désignais ainsi les plus instruites, Thérèse et une de ses compa­gnes.

Comme confesseur, m'autorisant de l'exemple de Bellarmin, dans le procès de canonisation de saint Louis de Gon­zague, je crois pouvoir dire que mon im­pression d'aujourd'hui est, qu'à cette é­poque, la Servante de Dieu ne commet­tait aucune faute pleinement délibérée.

Elle se prépara très consciencieusement à sa première communion. J'ai gardé souvenir d'un mot qu'elle me dit après l'absolution: «Oh! mon père, croyez‑vous que le bon Jésus soit content de moi?.» Cette parole et surtout le ton avec le­quel elle la prononça, attirèrent mon at­tention sur la délicatesse de son âme et la ferveur de ses dispositions.

 

 [Réponse de la onzième à la cinquante-troisième demande inclusivement]:

Je n'ai pas d'information personnelle sur ces questions.

 

[Réponse à la cinquante-quatrième demande]:

J'ai assisté au service des funérailles dans la chapelle [988] du Carmel, le 4 octobre 1897. Je n'ai rien remarqué d'ex­traordinaire dans cette cérémonie.

 

 [Réponse à la cinquante-cinquième demande]:

Je n'ai rien remarqué, dans ces circons­tances, qui ressemblât à un culte litur­gique.

 

 [Réponse à la cinquante-sixième demande]:

Je vais faire mes dévotions au tombeau le plus souvent possible. J'ai commencé cette pratique bien avant l'ouverture du premier Procès d'information. Déjà, à cette époque, on y rencontrait des groupes de pèlerins. Depuis lors, ce courant s'est maintenu en s'accroissant de jour en jour. Aujourd'hui, chaque fois que je me rends au tombeau, je constate qu'il y a 8, 10, 15 personnes, quelquefois da­vantage. Parmi ces pèlerins, il y a souvent des prêtres, et ces pèlerins viennent, non seulement des environs, mais de loin et de très loin, même de l'Océanie. Dès le commencement, on y rencontrait parfois des soldats; depuis la guerre, il y en a un bien plus grand nombre. Je crois que ces pèlerinages sont le fruit spontané de la dévotion populaire et qu'on n'a rien fait pour les provoquer. Sur la tombe, les pèlerins prient avec un recueillement profond.

 

[Réponse à la cinquante­-septième demande]:

Le jour même des obsèques, monsieur l'abbé Rohée, curé doyen de Saint‑Pierre de Lisieux, dit devant [989] moi cette pa­role: « Voilà une inhumation à laquelle on ne pleure pas », voulant indiquer par là qu'on était très sûr qu'elle était au ciel.

Aujourd'hui l'opinion qu'elle est une sainte est générale, quasi dans le monde entier. Je crois qu'on s'est fait cette opi­nion de sa sainteté par la lecture de sa vie, et plus encore par les grâces sans nombre qu'on obtient en l'invoquant, faveurs qui réalisent la parole prophétique qu'elle a proférée: «Après ma mort je ferai tomber une pluie de roses.»

Je ne crois pas qu'on ait jamais rien fait pour cacher ce qui pourrait être défa­vorable à l'opinion de sainteté de la Ser­vante de Dieu. Je ne pense pas non plus qu'on ait créé artificiellement cette répu­tation; quant aux moyens pris pour répan­dre la connaissance de la sainteté, d'ail­leurs réelle, de la Servante de Dieu, plu­sieurs y ont vu quelque exagération: peut‑être ont‑ils raison; toutefois j'estime que ces moyens humains, quoi qu'on en pense d'ailleurs, ne peuvent pas expliquer l'universalité de cette dévotion à la Ser­vante de Dieu.

 

 [Réponse à la cin­quante‑huitième demande]:

Je ne connais aucune opposition sé­rieuse à cette réputation de sainteté.

 

TÉMOIN 14: Victor‑Louis Domin

 

 [Réponse de la cinquante‑neuvième à la soixante‑cinquième demande inclusivement]:

Beaucoup de personnes qui viennent à l'Abbaye, en souvenir de soeur Thérèse, affirment avoir été favorisées par son in­tercession, soit de grâces spirituelles [990] (conversions, etc.), soit de grâces tempo­relles (guérisons, secours de toute sorte), mais je n'ai été témoin direct d'aucun de ces miracles.

 

 [Réponse à la soixante-sixième demande]:

Je n'ai rien à ajouter.

 

[Au sujet des Articles le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en ré­pondant aux demandes précédentes. ‑ Est ain­si terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lec­ture des Actes est donnée. Le témoin n'y ap­porte aucune modification et signe comme suit]:

Signatum: L. DOMIN