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Témoin 20 - Anatole Flamérion S. J.

TÉMOIN XX (IV D'OFFICE)

ANATOLE‑ARMAND‑MARIE FLAMÉRION, S.l.

Le docte jésuite nous est déjà connu: nous l'avons rencontré comme témoin ordinaire 23 au Procès de 1911. Il n'a pas connu Thérèse de l'Enfant‑lésus. C'est pourquoi il n'en parle que par rap­port à la renommée de sainteté, à la puissance qu'elle semble avoir au ciel, à l'influence admirable de l 'Histoire d'une âme.

 

Né à Paris le 7 octobre 1851, Anatole Flamérion entra très jeune dans la Com­pagnie de Jésus. Excellent professeur, il passa une bonne partie de sa vie en dif­férents Collèges de la Compagnie en France; il prêchait aussi des retraites et les exercices. Il y remporta un tel suc­cès, spécialement auprès des prêtres, que ses supérieurs le nommèrent directeur de la « Villa Manrèse », à Clamart, aux en­virons de Paris. Sa place était là, et il est difficile de dire tout le bien qu'il y a fait. En 1909, tout en continuant son ministère à la Villa Manrèse, il succéda au Père de Haza comme exorciste offi­ciel du diocèse de Paris et à la tête d'une oeuvre dont ce même Père avait été le premier directeur, l'oeuvre de « La Mère toute miséricordieuse et des Victimes du Coeur de Jésus.» Il mourut à Paris en 1925.

Le Procès Ordinaire fait déjà mention du double apostolat du Père (cfr. I, pp. 508‑512). Nous voudrions toutefois sou­ligner son zèle apostolique pour l'Oeuvre des Victimes, étant donné qu'elle f ut cause d'un incident auquel il se réfère aux pp. 1107‑1108, et qui avait inquiété les autorités ecclésiastiques, jusqu'à Ro­me, au cours des années précédentes. Comme il avait écrit rétractant sa dépo­sition de 1911—sans importance pour la vie et les vertus de Thérèse —, la S. Congrégation des Rites avait deman­dé des éclaircissements. Alors qu'il ne s'agissait que du simple fait que l'évêque de Lisieux s'opposait énergiquement à l'entrée au Carmel d’une des «victimes», un énorme dossier sur cette question fut recueilli en un gros volume officiel con­servé aux Archives de l'évêché de Bayeux, sous le titre « Cause de Béatification et Canonisation de la Servante de Dieu Thérèse de l'Enfant‑Jésus ‑ Mémoire de l'Evêque de Lisieux sur l'incident R. P. Flamérion ( 1914).

Dans sa déposition, Flamérion, com­me nous l'avons dit, parle surtout de la renommée de sainteté, des miracles et de l'influence des écrits de Thérèse. A propos des écrits justement, le jugement du jésuite est particulièrement intéres­sant, car il est le fruit d'une évolu­tion: au commencement il n'était pas favorable. « Etudié avec réflexion, cet ouvrage (Histoire d'une âme) présente une doctrine très profonde sur l'amour de Dieu comme force motrice d'une vie de sacrifice. J'y trouve une confor­mité parfaite, pour l'ensemble et les dé­tails de la doctrine, avec les écrits des saints dont la doctrine spirituelle est plus autorisée dans l'Église, comme Ste Catherine de Sienne, St Jean de la Croix, Ste Thérèse, St François de Sales, le bienheureux Henri Suzo, etc.» (pp. 1099-­1100). Le témoin y insiste dans la ré­ponse suivante au sous‑promoteur, dési­reux de savoir s'il juge les écrits de Thé­rèse teintés de quiétisme, ou du moins tendant inopportunément à conduire les âmes vers l'union mystique, sans tenir compte de la nécessité de la purification et de l'effort ascétique: « La doctrine de soeur Thérèse n'est nullement quiétiste. Comme St François de Sales elle serre avec un gant de velours, mais elle serre très fort. Si elle engage du premier coup les âmes à l'amour de Dieu, c'est pour leur faire trouver dans cet amour la for­ce de pratiquer effectivement et dans les détails les plus positifs les vertus mor­tifiantes» (p. 1100).

Très important également ce que Fla­mérion dépose sur l'influence de Thérè­se et de sa doctrine sur les prêtres.

Le témoin a déposé le 25 août 1916, au cours de la 58ème session, et sa dé­position se trouve aux pp. 1097‑1109 de notre Copie publique.

 

[Session 58: ‑ 25 août 1916, à 8h.30 et à 2h. de l'après‑midi]

[1097] [Le témoin répond correctement à la première demande]. 

 

 [Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Anatole Flamérion, né à Paris, paroisse Saint‑François Xavier des Missions Étrangères, le 7 octobre 1851, de Nicolas Alexandre Flamérion, em­ployé municipal de la ville de Paris et de Louise Adélaïde Charlotte Sicard. Je suis prêtre, religieux profès de la Compagnie de Jésus et directeur de l'oeuvre des Re­traites Sacerdotales à Clamart, diocèse de Paris. Je suis aussi, par délégation de son éminence le cardinal Amette, exorciste [1098] ex officio pour le diocèse de ­ Paris.

 

 [Le témoin répond correctement de la troisième à la cinquième demande inclusivement].

 

 [Réponse à la sixième de­mande]:

C'est pour accomplir un devoir que je viens déposer devant le tribunal. Mon té­moignage n'est influencé par aucune pres­sion extérieure ni par aucun sentiment personnel qui puisse en fausser le ca­ractère.

 

TÉMOIN 20 (IV D'OFFICE): Anatole Flamérion S. J.

 

 [Réponse à la septième demande]:

Je n'ai jamais connu personnellement soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus, et je n'au­rai aucun témoignage direct sur son cur­riculum vitae et sur ses vertus.

J'ai lu ses écrits et je pourrai dire, au point de vue théologique, ce qu'il me semble de sa doctrine et de son esprit.

Comme directeur des retraites sacer­dotales, je pourrai rendre témoignage de l'influence que les exemples, les leçons et la protection de soeur Thérèse exer­cent sur la vie spirituelle d'un bon nom­bre de prêtres.

Enfin comme exorciste ex officio pour le diocèse de Paris, j'aurai à relater des faits où l'influence surnaturelle de la Ser­vante de Dieu me paraît certaine.

 

 [Réponse à la huitième demande]:

J'ai une profonde dévotion et une grande confiance en soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus. [1099] Cette disposition est motivée surtout par l'expérience de son influence salutaire, soit en moi soit dans les autres.

Je désire vivement sa béatification pour la gloire de Dieu, le bien des âmes et sa propre exaltation.

 

 [Ré­ponse de la neuvième à la cinquantième de­mande inclusivement]:

J'ai indiqué tout à l'heure que je n'a­vais aucun témoignage direct sur la vie de la Servante de Dieu.

 

 [Réponse à la cinquante-et-unième demande]:

J'ai lu la vie de la Servante de Dieu écrite par elle‑même, ainsi que les poé­sies, lettres, conseils et autres annexes de ce volume.

Une première lecture me donna des impressions plutôt défavorables, tout cela me paraissait un peu mièvre. Je regrettais, comme une imprudence, que les supé­rieurs aient encouragé la rédaction de cette autobiographie (année 1901).

 

Cinq ou six ans plus tard, je fus obligé de reconnaître que la lecture de ces oeuvres était très salutaire pour des âmes que je dirigeais. Je repris alors la lecture de ce livre que j'ai depuis beaucoup mé­dité et je trouvai, qu'étudié avec réfle­xion, cet ouvrage présente une doctrine très profonde sur l'amour de Dieu comme force motrice d'une vie de sacrifice. J'y trouve une conformité parfaite, pour l'en­semble et les détails de la doctrine, avec les écrits des saints dont la doctrine spi­rituelle est plus autorisée dans l'Église, comme sainte Cathe‑[1100]rine de Sienne, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse, saint François de Sales, le bienheureux Henri Suzo, etc.

[Demande du sous‑pro­moteur: croyez‑vous que les écrits de la Ser­vante de Dieu sont imprégnés de quiétisme? Croyez‑vous qu'ils entendent conduire direc­tement les âmes à l'union mystique sans tenir compte des exercices inférieurs de la voie purgative ? ‑ Réponse]:

La doctrine de soeur Thérèse n'est nul­lement quiétiste. Comme saint François de Sales, elle serre avec un gant de velours, mais elle serre très fort. Si elle engage du premier coup les âmes à l'amour de Dieu, c'est pour leur faire trouver dans cet amour la force de pratiquer effectivement et dans les détails les plus posi­tifs les vertus mortifiantes.

 

 [Réponse de la cinquante‑deuxième à la cinquante-cinquième demande inclusivement]:

Je ne sais personnellement rien sur ces points.

 

 [Réponse à la cinquante-sixième demande]:

J'ai été plusieurs fois prier sur la tom­be de la Servante de Dieu pour en obte­nir des grâces spirituelles que j'ai en ef­fet obtenues. A ma première visite en 1909, je m'y trouvai seul. En 1910, j'y trouvai quelques personnes. En 1912, je constatai un concours très considérable. Il est notoire que, depuis, ce concours se maintient et ne fait que s'accroître. Les pèlerins ne sont pas seulement des ignorants et des gens du peuple, mais des personnes fort qualifiées (des évêques, des supérieurs d'ordres, des prêtres, des reli­gieux, etc.).

 

[1101] [Réponse à la cin­quante‑septième demande]:

De tous côtés et à chaque instant, on entend rendre témoignage du renom de sainteté et de miracles de la Servante de Dieu. L'impression universelle porte sur l'efficacité de son intercession. Je connais personnellement un très grand nombre d'âmes qui invoquent constamment soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus pour en ob­tenir des faveurs spirituelles ou autres, et beaucoup me témoignent qu'en effet elles les obtiennent. Étant à Paris, j'ai occasion d'entendre sur ce point des com­munications provenant de toutes les par­ties de la France. L'attention populaire se porte plus explicitement sur l'efficacité surnaturelle de son intercession que sur l'héroïcité de ses vertus, mais les person­nes plus éclairées spirituellement expri­ment plus habituellement leur admiration pour les vertus héroïques de la Servante de Dieu. La cause première de cette ré­putation est, à mon avis, la sainteté réelle de la Servante de Dieu et surtout l'expé­rience qu'on a faite de l'efficacité de son intercession. Sans doute les moyens, d'ail­leurs très légitimes, qu'on a pris pour faire connaître la Servante de Dieu (sur­tout la publication de sa Vie), ont contri­bué à la diffusion de ce renom, mais ils n'en sont pas la cause principale. Du reste, si c'était là une entreprise humaine, ce serait tombé depuis longtemps.

 

 [Réponse à la cinquante-huitième demande]:

Dans les premières années qui ont suivi la publication de la Vie de soeur Thérèse (1898), j'ai entendu [1102] dire qu'alors, plusieurs, même dans les Carmels, ju­geaient cette publication inopportune et entachée de quelque mièvrerie. Mais c'é­taient là des impressions superficielles sans allégation de griefs positifs et bien étudiés. De plus cette impression est au­jourd'hui submergée par la foule des té­moignages contraires.

 

 [Réponse à la cinquante-neuvième demande]:

Je connais personnellement un bon nombre de prêtres qui doivent l'augmen­tation de leur perfection sacerdotale à leur dévotion envers soeur Thérèse et à la pratique de la « petite voie.» Ils se dé­vouent à la faire connaître, honorer et invoquer. Je dois remarquer que, de ces prêtres, les uns comptent parmi les plus pieux, les plus zélés; d'autres, quoique

 

TÉMOIN 20 (IV D’OFFICE): Anatole Flamérion

 

prêtres bons et sérieux, n'avaient ni dans leur passé, éducation et milieu, ni dans leur tournure d'esprit, ni dans le genre de leur spiritualité, une aptitude réelle à comprendre Thérèse et à embrasser la « petite voie.» J'en connais, que je pour­rais citer par leurs noms et leurs fonc­tions; ils avaient une prédisposition d'es­prit universitaire et modernisante (je me sers d'expressions un peu simplistes, mais le tribunal saisira les nuances), ou bien une tendance à l'ironie et à un dédain, fréquent d'ailleurs du mysticisme. Or, des uns et des autres j'ai eu le témoignage qu'ils ont reçu nombre de grâces dans l'ordre spirituel, et plus d'une fois dans l'ordre temporel. Tout dernièrement, l'un d'eux étant en retraite à Clamart, me permit, sachant que j'irais à Bayeux, d'invo‑[1 103]quer son témoignage et de déclarer son nom: il s'agit de monsieur le chanoine Audollent, vicaire général, directeur de l'enseignement libre diocé­sain. Il affirme les bienfaits de soeur Thé­rèse à son égard, au point de vue des grâces spirituelles (j'en ai constaté moi-même les effets) et au point de vue de l'oeuvre qu'il administre, par une inter­vention plusieurs fois renouvelée, au point de vue des ressources matérielles.

Un autre, également chargé d'honora­bles fonctions dans le diocèse, fervent dévot à soeur Thérèse, prêtre éminem­ment pieux, déclare avoir recouvré, sans y pouvoir compter, une somme très im­portante, et cela par l'intervention de soeur Thérèse.

Un autre prêtre, de mes dirigés, exerçant de hautes fonctions dans un des plus importants établissements secondaires de Paris, n'avait rien, bien au contraire, qui le prédisposât à goûter soeur Thérèse, du moins je le pensais ainsi, et lui de même,  à ce point que moi‑même alors dévot à soeur Thérèse, je n'aurais pas osé lui parler de cette dévotion, de peur d'attirer certain sourire au coin de ses lèvres. Or, un collègue lui dit un jour: «Vous de­vriez lire la vie d'une carmélite, soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus; vous êtes psy­chologue, cela vous paraîtrait curieux. Il prend la chose au mot, demande la vie la plus complète, et passe toute la jour­née de Noël à lire l'ouvrage d'un bout à l'autre. Il est conquis. Bien mieux, il avait, de concert avec une dame charita­ble, pris soin d'une pauvre femme con­damnée par les médecins, et dont la mort allait lais‑[1104]ser seuls au monde, sans alliés, sans parents, dans l'extrême mi­sère, deux orphelins, une fille de 16 ans, et un petit garçon de 13 ans. La pauvre femme, depuis bien des semaines se dé­sespérait, maudissait la Providence, ne pouvait accepter cette affreuse perspective. Devant le péril de cette âme, le prêtre pensa à soeur Thérèse: il commença une neuvaine, la dame charitable avait fait de même, chacun à leur insu. Résul­tat: revirement complet, résignation ad­mirable, la pauvre femme mourut les yeux toujours fixés vers l'image de Marie, assistée de ses deux orphelins récitant le chapelet, jusqu'au dernier soupir de leur mère. J'en ai envoyé, en son temps, à Lisieux, le récit circonstancié, écrit de la main du prêtre.

Mais l'intervention de soeur Thérèse a enveloppé la vie de ces orphelins, dont je dois, l'heure venue, exposer à qui de droit, à la gloire de la Vierge Immaculée et de soeur Thérèse, la merveilleuse pro­tection et l'extraordinaire destinée.

Pour borner les exemples: un seul qui ressemble à bien d'autres. Un prêtre de mes pénitents, homme pas du tout sen­timental, ni mystique, tout calme et tout positif me dit: «Connaissez‑vous la vie d'une petite carmélite?... »—« Oui! soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus! »—« Ah! je viens de la lire, je suis ravi; c'est surtout cette simplicité, cette vertu solide et ai­mable à la fois.» — « Je suis heureux —lui dis-je—de tenir de votre bouche ce témoignage, étant tel que je vous con­nais.»

Je pourrais multiplier les exemples, et tous reviendraient sur cette idée: « Quelle simplicité, quelle vertu [1105] aimable et quelle force aussi et quelle générosité!.»

Oserai-je citer, enfin, le témoignage du déposant lui‑même qui est un converti à soeur Thérèse, et pourrait proclamer que sa vie a été changée, retournée, par la protection et l'action de soeur Thérèse, dont il a été enveloppé, à propos de son ministère auprès des prêtres, et comme chargé de l'oeuvre des Victimes de la Mère miséricordieuse ?

Ce n'est pas le lieu maintenant d'en indiquer les conditions et d'en produire les preuves. Celles‑ci devront être jugées, à l'heure que Dieu indiquera.

 

 [Suite de la réponse à la cinquante‑neuvième demande]:

Il existe une oeuvre, dite « des Victi­mes de la Mère miséricordieuse pour le Coeur de Jésus.»

Mes supérieurs m'ont confié la direc­tion de cette oeuvre, en 1909, après la mort du Père de Haza, qui en avait été le premier directeur. [1106] Cette oeuvre consiste essentiellement en ce qu'un cer­tain nombre d'âmes sont choisies par la Sainte Vierge, pour la réparation au Coeur de Jésus, pour les pécheurs, pour la rénovation et sanctification des prêtres. Ces âmes ont une mission spéciale et marchent dans une voie extraordinaire. Elles luttent directement et sensiblement avec les démons, affaiblissant ou brisant ainsi leur puissance au profit d'autres âmes pécheresses ou tentées. Les vertus héroïques qu'elles pratiquent, les expia­tions et les réparations qu'elles offrent en assumant sur elles ces peines cruci­fiantes, diminuent d'autant les tentations en d'autres âmes ou même les délivrent complètement. Le démon, dans sa mé­chanceté, peut faire souffrir ces victimes moralement et physiquement. Mais elles sont armées contre lui de grâces puissan­tes et souvent extraordinaires.

Tout cela a été soumis à la Congréga­tion du Saint Office en 1901.

Dans les exorcismes que j'ai dû faire sur ces victimes, qui ne sont pas des pos­sédées ordinaires, puisque le démon en elles est enchaîné et esclave, il m'a été maintes et maintes fois déclaré que soeur Thérèse de l'Enfant‑Jésus exerçait sur les démons, pour le bien des âmes et surtout des prêtres, une influence continue. Les démons l'appelaient avec rage: « cette pe­tite mangeuse de prêtres », etc.; se plai­gnaient qu'elle leur ravissait les âmes, disaient qu'elle favorisait mon ministère dans les retraites sacerdotales et dans la direction des prêtres.

Ce qui rend pour moi certaine la vé­rité de cette [1107] influence de soeur Thérèse c'est: 1° que depuis que je suis chargé de cette oeuvre des Victimes à la­quelle soeur Thérèse est associée, l’efficacité de mon ministère auprès des âmes s'est considérablement développée; c'est en 2° lieu qu'un certain nombre de faits qui m'avaient été annoncés par ces mê­mes aveux forcés des démons se sont ef­

 

TÉMOIN 20 (IV D'OFFICE): Anatole Flamérion S.J.

 

fectivement réalisés. En particulier, il me fut dit avec ironie: « Il t'en viendra des âmes pour le Carmel! » Or, je n'ai pas de confessionnal, je ne dirige pas d'asso­ciations de jeunes filles, et pourtant sept personnes se sont trouvées spontanément sous ma direction, dont une est entrée au Carmel et les autres sont en instance d'y être admises.

Il est vrai que depuis ma déposition au procès de l'ordinaire, en 1911, un fait s'est produit qui pourrait susciter chez les juges quelque hésitation touchant la vérité ou l'efficacité de l'intervention de soeur Thérèse, au moins dans le cas par­ticulier d'une de ces victimes, ou sur la valeur des sources d'information mention­nées ci‑dessus.

 

Il s'agit du cas J. P.: voici en quoi il consiste. Il m' avait été déclaré par les communications surnaturelles de J. P., qui est une « victime », que la volonté du Sacré‑Coeur et de soeur Thérèse était que ladite J. P. fût admise au Carmel de Lisieux. Or, les démarches que j'ai enta­mées pour l'y faire accepter se sont heur­tées jusqu'ici à un refus de monseigneur l'évêque de Bayeux, en qualité de supé­rieur du Carmel, déclarant qu'il n'admet­trait J. P. que sur l'injonction de la Con­grégation des [1108] Religieux. En pré­sence de ce fait, tout en conservant ma pleine conviction personnelle sur la vé­rité de l'action de soeur Thérèse dans le cas, j'avais cru devoir retirer la déposi­tion que j'avais faite au Procès de l'Or­dinaire. Je croyais que le respect de l'autorité m'imposait cette démarche. Au­jourd'hui cité à nouveau pour le Procès Apostolique, je livre les faits tels quels à l'appréciation de la S. Congrégation des Rites.

 

 [Réponse de la soixantième à la soixante-cinquième demande inclusivement]:

Je n'ai rien à dire.

 

 [Réponse à la soixante-sixième demande]:

Je n'ai rien à ajouter.

 

 [1109] [Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en ré­pondant aux demandes précédentes. — Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Signatum: A. FLAMÉRION, praes. S. J.