Print

Témoin 22 - Soeur Marie‑Joseph de la Croix O.S.B.

TÉMOIN XXII

SOEUR MARIE‑JOSEPH DE LA CROIX, O.S.B.

Nous retrouvons ici une connaissance du premier Procès: Marcelline Husé, qui avait été domestique de la famille Guérin à Lisieux, et ensuite, depuis 1889, reli­gieuse chez les bénédictines du Saint-Sacrement de la rue Saint‑Loup de Bayeux, où elle mourut à la suite d'une longue maladie, le 26 décembre 1935. Elle était née à Saint‑Samson (Mayenne), au diocèse de Laval, le 19 juillet 1866 et avait été au service de la famille Guérin de 1880 à 1889.

 

Ce nouveau témoignage n'ajoute rien à la première déposition, dont il dif­fère par sa brièveté et sa concision. Le témoin s'attarde encore, mais de façon plus discrète, sur certains détails de l'en­fance de Thérèse, spécialement sur sa maladie mystérieuse et sur sa guérison attribuée au «sourire de Marie.» A la fin il fait allusion à des interventions de Thérèse dans sa vie, après la mort de la Servante de Dieu.

Soeur Marie-Joseph a déposé dans le parloir de son monastère de Bayeux le 26 février 1917, au cours de la session 68, et sa déposition se trouve aux pages 1332‑1341 de notre Copie publique.

 

[Session 68: ‑ 26 février 1917, à 9h.]

[1332] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 

[1333] [Ré­ponse à la deuxième demande]:

Je m'appelle Marcelline‑Anne Husé, née à Saint‑Samson, diocèse de Laval, le 19 juillet 1866, de Norbert Husé, cultivateur, et de Françoise Barbier. Je suis religieuse professe des bénédictines du Saint Sacrement de Bayeux, où j'ai fait profession le 10 août 1892.

 

 [Le témoin répond correcte­ment de la troisième à la cinquième demande],

 

TÉMOIN 22: Soeur Marie‑Joseph de la Croix O.S.B.

 

 [Réponse à la sixième demande]:

Je dépose très librement et ne suis influencée ni par aucun sentiment de crain­te, etc., ni par qui que ce soit.

 

 [Réponse à la septième demande]:

Le 15 mars 1880, j'entrai comme femme de chambre à Lisieux, chez monsieur Guérin, oncle de la Servante de Dieu. Thérèse Martin avait alors sept ans. Elle venait très souvent chez son oncle, et je la conduisais soit à la pension, soit en pro­menade en même temps que ses cousines, les filles de monsieur Guérin. J'ai demeu­ré dans cette fonction pendant neuf ans, c'est‑à‑dire jusqu'après l'entrée de soeur Thérèse au Carmel. Je parlerai d'après mes souvenirs personnels, qui se rappor­tent donc à la vie de la Servante de Dieu entre sept et quinze ans. J'ai lu 1'« His­toire d'une âme », mais ce livre, pour la période indiquée, a seulement réveillé et confirmé mes souvenirs. A partir de l'an­née 1889, je n'ai plus eu de relations avec la Servante de Dieu sinon l'échange de quelques lettres.

 

[1334] [Réponse à la huitième demande]:

J'ai une très grande dévotion à la Ser­vante de Dieu et je désire le succès de ce Procès parce que j'ai été témoin, dès ses plus jeunes années, de son angélique piété et de ses vertus, et parce que j'ai confiance d'avoir obtenu par son inter­cession des grâces précieuses.

 

[Réponse à la neuvième demande]:

Je sais par la famille que la Servante de Dieu est née à Alençon le 2 janvier 1873, que sa famille vint à Lisieux en 1877, a­près la mort de madame Martin, préci­sément pour se rapprocher de monsieur et madame Guérin. C'est trois ans après leur arrivée à Lisieux que j'entrai moi-même comme petite domestique dans la maison de monsieur Guérin.

La Servante de Dieu avait eu plusieurs frères morts en bas âge. Elle avait quatre soeurs aînées qui fréquentaient, comme elle, la maison de leur oncle et que par conséquent j'ai également connues. Elles s'appelaient Marie, Pauline, Léonie et Cé­line.

 

 [Réponse à la dixième demande]:

Quand j'arrivai à Lisieux en 1880, c'é­tait Pauline, sa seconde soeur, qui prenait particulièrement soin de l'instruction et de l'éducation de la petite Thérèse. Pau­line était elle‑même très pieuse et intel­ligente. Elle avait été elle‑même formée par sa tante visitandine, et par les exem­ples de ses parents, monsieur et madame Martin, qui étaient des chrétiens exem­plaires. Elle était donc très capable de faire cette éducation. Et j'ai été témoin [1335] qu'en effet elle la formait très sérieuse­ment à tout point de vue de la science et de la vertu.

 

En octobre 1881, Thérèse Martin fré­quenta comme élève demi‑pensionnaire le couvent des bénédictines de Lisieux. Et il en fut ainsi jusque vers l'âge de treize ans. Elle venait chaque jour se joindre à ses cousines et je les conduisais ensem­ble à la pension. Le soir, je la ramenais chez monsieur Guérin, où son père ou ses soeurs venaient la chercher.

 

A cette époque, son caractère se ma­nifestait très doux et docile. Elle avait a­lors une grande sensibilité et pleurait fa­cilement. Elle avait des succès dans ses études, mais ce qui dominait dès cette époque c'était sa grande piété. Elle se mon­trait envers les autres charitable et affec­tueuse. Ayant eu moi‑même quelque cha­grin d'avoir quitté très jeune ma mère, j'éprouvai la bonté de son coeur: elle s'ap­pliquait à me consoler et à me faire ou­blier cette peine. Elle s'intéressait aux jeux sérieux, mais elle n'aimait pas les jeux bruyants.

 

J'ai été témoin du début de cette ma­ladie étrange dont elle fut atteinte à l'âge de 10 ans. Son père était en voyage, et à cause de cette circonstance Thérèse de­meurait chez monsieur Guérin. Elle avait comprimé un chagrin intense que lui a­vait causé le départ de Pauline « sa pe­tite mère» pour le Carmel, et on pensa chez monsieur Guérin que cet effort chez une enfant jeune et de santé délicate pou­vait être la cause de cette crise. Elle se manifesta subitement par un état fiévreux et surtout par une grande nervosité qui déterminait des crises de frayeur au moin­dre bruit ou à la moindre surprise. Elle n'était pas dans [1336] cette période en état de délire, mais dans une habituelle surexcitation. Au bout de huit jours, cet état cessa subitement, et elle assista dans une parfaite tranquillité à la prise d'ha­bit de sa soeur Pauline au Carmel. A­près cette cérémonie, on la croyait gué­rie et elle rentra chez son père aux Buis­sonnets. Mais le lendemain ou le surlen­demain le mal reprit beaucoup plus vio­lent. Comme dans cette seconde période de la maladie elle n'était plus chez mon­sieur Guérin, je n'eus pas l'occasion de l'observer comme précédemment. Je lui fis seulement quelques visites où je la trouvai dans un état de profonde prostra­tion: elle ne me reconnaissait même pas; mais je ne la vis pas dans ses crises aiguës. Le médecin, monsieur Notta, traita ce mal comme un état nerveux, par les dou­ches, drap mouillé, mais sans obtenir au­cune amélioration. Je n'ai pas été témoin direct de la scène de sa guérison. Mais ses soeurs arrivèrent chez monsieur Gué­rin et dirent: « La petite Thérèse est gué­rie, c'est la Sainte Vierge qui l'a guérie » Dès le lendemain, Thérèse vint chez son oncle, et je constatai qu'elle était en ef­fet parfaitement bien, et depuis ce temps-là, rien n'a plus jamais reparu de son mal.

Pour sa préparation à la première com­munion, elle se renferma complètement au couvent des bénédictines. C'est le jour seu­lement de la cérémonie que je pus la voir, et je fus alors touchée de sa grande piété.

Au commencement de 1886, monsieur Martin jugea que cette vie du pensionnat éprouvait trop la santé de Thérèse, et la reprit chez lui, pour achever son éduca­tion plus librement au moyen de leçons particulières. Je continuai de la voir à cette époque, parce qu'elle venait sou­[1337] vent chez son oncle. Ce qui me frappait particulièrement dans ses dispo­sitions, c'était un sérieux et une gravi­té au‑dessus de son âge et sa piété qui se développait de plus en plus.

 

 [Réponse à la onzième demande]:

Personne dans l'entourage de la famille ne fut surpris qu'elle entrât en religion. Tout le monde s'y attendait et disait qu'une si belle âme n'était pas faite pour le mon­de. Mais on fut surpris cependant qu'elle entrât au Carmel dès l'âge de 15 ans. J'ai su par les conversations de la famille qu'elle allait à Bayeux et ensuite à Rome pour obtenir la permission de se faire carmélite à 15 ans. Mais, comme j'étais

 

TÉMOIN 22: Soeur Marie‑Joseph de la Croix O.S.B.

 

une simple domestique, je n'ai pas été mise au courant des détails intimes de cette vocation.

 

[Réponse à la douzième demande]:

Etant moi‑même entrée en religion, com me je l'ai dit, je n'ai plus eu de relations      

avec la Servante de Dieu. J'ai bien reçu d'elle deux ou trois lettres. J'ai conservé seulement la dernière écrite au moment de sa profession, et Je l'ai versée au procès des Ecrits.

 

[Réponse de la treizième à la cinquante‑sixième demande inclusivement]:

Ne sachant par moi‑même que ce que j'ai dit de la vie de la Servante de Dieu, je ne puis donner aucun témoignage pré­        cis sur le détail de ces questions.

 

[Réponse à la cinquante‑septième demande]:

[1338] Pendant la vie de la Servante de Dieu, je n'ai pas entendu formuler d'ap­préciation sur sa sainteté. Il est vrai que je n'étais pas non plus en situation de sa­voir ce que l'on pouvait dire ou penser d'elle soit au Carmel soit dans le mon­de. Lorsque sa tante, madame Guérin, me parlait d'elle dans ses lettres, elle l'appelait toujours «l'ange de la famille.»  Depuis la mort de la Servante de Dieu, j'ai maintes fois entendu exprimer que la Servante de Dieu était une sainte, que ses vertus étaient admirables, que l'on obtenait par son intercession des grâces très précieuses et qu'elle serait canonisée. Non seulement j'ai entendu des soeurs de notre couvent émettre cette opinion, mais, étant appliquée par mon office au service des dames pensionnaires anglaises et françaises qui sont reçues chez nous, j'ai entendu de la plupart de ces dames les mêmes témoignages. Je n'ai jamais entendu dire qu'on ait intrigué en quoi que ce soit pour créer ce courant d'opinion.

 

[Ré­ponse à la cinquante‑huitième demande]:

Jamais je n'ai entendu formuler une opinion défavorable à cette Cause de béa­tification.

 

[Réponse de la cinquante-neuvième à la soixante‑cinquième demande inclusivement]:

J'ai confiance d'avoir moi‑même obtenu par l'intercession de soeur Thérèse plusieurs grâces précieuses. D'abord, au temps de mon entrée en religion (1889) je me trouvais arrêtée par de grandes difficultés extérieures et surtout par de pénibles perplexités de conscien‑ [1339]ce. Je me recommandai aux prières de la Servante de Dieu qui venait de prendre l'habit. Aussitôt, en très peu de temps, toutes les difficultés se sont aplanies.

A diverses reprises j'ai été arrêtée et immobilisée par des plaies variqueuses de la jambe. Au mois de décembre dernier, à la suite de fatigues exceptionnelles, il s'était produit une inflammation violente, et, d'après mes expériences antérieures, il devait se former un ulcère qui m'eût empêché de travailler. Comme personne ne pouvait me remplacer dans mon office, vu l'état de la communauté, j'invoquai soeur Thérèse, en plaçant sur ma jambe une relique de la Servante de Dieu, et, sans faire aucun remède naturel, sans prendre de repos, l'inflammation disparut et je pus continuer mon travail.

J'ai, à diverses reprises, entendu soit nos soeurs, soit des dames pensionnaires affirmer qu'elles avaient elles‑mêmes obtenu des grâces signalées par l'intercession de soeur Thérèse de l'Enfant Jésus; mais je n'ai pas été témoin d'un miracle proprement dit.

 

[Réponse à la soixante‑sixième demande]:

Je n'ai rien à ajouter.

 

[1340] [Au sujet des Articles, le témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. ‑ Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce témoin. Lecture des Actes est donnée. Le témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

Signatum: Soeur MARIE JOSEPH DE LA CROIX, religieuse indigne, témoin, j'ai déposé comme ci‑dessus selon la vérité, je le ratifie et je le confirme.