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Co‑Témoin 1 - d'office Jeanne‑Marie de L'enfant ‑Jésus, O.C.D.

CO‑TEMOIN I D'OFFICE

JEANNE‑MARIE DE L'ENFANT‑JESUS, O.C.D.

Le premier témoin d'office est une humble soeur converse du Carmel de Li­sieux, une conquête de Thérèse, qu'elle n'a pas connue pendant sa vie.

Il s'agit de Jeanne‑Marie Halgand, née à Crossac (diocèse de Nantes) le 17 octobre 1886. Guérie de ses scrupules par Thérèse, elle entra sous son ins­piration au Carmel de Lisieux le 11 novembre 1905; elle y prit l'habit en la fête de Sainte Thérèse, le 15 octobre 1906, et reçut le nom de Jeanne‑Marie de l'Enfant‑lésus; sa profession eut lieu le 17 octobre de l'année suivante. Son entrée au Carmel coïncidait donc avec le moment où le rayonnement de Thérèse commençait à se faire plus fortement sentir dans le monde.

Le témoignage de l'humble soeur ré­vèle un aspect mystérieux de cette in­fluence: une aide spirituelle dans les voies de Dieu. Il s'agit—comme l'af­firme cette soeur — d'une expérience de la présence de Thérèse qui stimule à aller à Dieu par la pratique généreuse de l'abandon et de la charité théologale.

 

Les interventions de la sainte, éducatrice et formatrice de ses soeurs même après sa mort, rappellent la célèbre « voie sûre » du prodige bien connu de Galli­poli (cfr. I, p. 561). Soeur Jeanne‑Marie, elle aussi, nous donne véritablement l'in­dication concrète d'une voie, elle nous répète le conseil de fidélité et de géné­rosité, et nous invite à un don de nous-mêmes paisible et constant au Seigneur toujours présent.

C'est pourquoi nous pensons que les paroles de soeur Jeanne-Marie, bien qu'elle n'ait pas connu la sainte de son vivant, ont une valeur spéciale, car elles nous montrent que Thérèse était réelle­ment dans son Carmel pour stimuler à la sainteté, et que son souvenir, loin de conduire au sentimentalisme, éduquait à la force, qui était la note caractéristique de son magistère ici‑bas.

Le témoin a déposé le 29 septembre 1916, au cours de la session 66, et sa déposition se trouve aux pages 1307‑1313 le notre Copie publique.

 

[Session 66: ‑ 29 septembre 1916, à 9h.]

 

[1307] [Le témoin répond correctement à la première demande].

 

 [Réponse à la deuxième de­mande]:

Je m'appelle Jeanne‑Marie Halgand, née à Crossac, diocèse de Nantes, le 17 octobre 1886, de Denis Halgand, pêcheur, et de Marie Modeste Poulo. Je suis reli­gieuse du Carmel de Lisieux, où j'ai fait profession le 17 octobre 1907.

 

 [Le té­moin répond correctement de la troisièmes la cinquième demande].

 [Réponse à la sixième demande]:

Je suis disposée à dire la vérité telle que je la connais.

 

[1308] [Réponse à la septième demande]:

Je n'ai jamais connu personnellement la Servante de Dieu, soeur Thérèse de l'En­fant Jésus. Je ne sais d'elle que ce qu'en rapportent nos soeurs de la communauté. Mais j'ai été de sa part l'objet d'une fa­veur dont je puis rendre témoignage.

 

 [Réponse à la huitième demande]:

J'ai de l'affection et de la dévotion pour la Servante de Dieu, parce que je cons­tate qu'en m'attachant à elle j'aime da­vantage le bon Dieu. Je désire de tout mon coeur sa béatification, parce que je crois que le bon Dieu en sera glorifié.

 

 [Après omission de la neuvième à la cinquante‑huitième demande inclusivement, le co‑témoin est interrogé sur la question pour laquelle il est convoqué, que concernent les demandes cinquante‑neuf à soixante‑cinq. ‑ Réponse]:

Etant jeune fille dans le monde, sans connaître encore ma bien aimée petite Thé­rèse de l'Enfant Jésus, J'obtins d'elle, par un seul regard sur son image qu'on m'a­vait donnée, une grâce de force et de ré­signation pour supporter l'épreuve des scrupules et tentations contre la foi qui me faisaient souffrir au point que je me croyais damnée. Je ne lui demandais pas d'enlever ma souffrance, mais de m'ob­tenir la grâce de souffrir avec résignation et amour. Elle a exaucé ma prière et m'a donné ce jour‑là même l'assurance intime que bientôt je serais religieuse dans son cher Carmel, ce qui s'est réalisé le 11 no­vembre de la même année.

[1309] C'est aussi la vérité que l'année suivante, en 1906, je l'ai priée de m'ob­tenir du bon Dieu (s'il devait être autant glorifié) de n'être plus éprouvée de ces tentations, et elle a exaucé pleinement en­core ma prière le soir de ma prise d'habit, 15 octobre 1906.

Au cours de l'année 1909, j'ai de nou­veau souffert de cette épreuve pendant quelques mois, et la pensée que je ne de­vais pas en conscience faire la sainte com­munion, me devenait un vrai martyre. Je priai soeur Thérèse de m'obtenir d'être délivrée, non pas de souffrir, mais de ce danger de perdre mes communions. Cette fois encore, elle a exaucé mes ardentes prières.

 

Au mois d'octobre 1907, mes deux com­pagnes étant malades, je fus chargée toute

CO‑TÉMOIN I D'OFFICE: Jeanne‑Marie de l'Enfant‑Jésus O.C.D.

 

seule du travail de la cuisine, pendant une quinzaine de jours. Quand nous é­tions toutes les trois appliquées à ce tra­vail, je pouvais à peine sans perdre de temps suffire à ma tâche; or c'est la vé­rité que soeur Thérèse de l'Enfant Jésus m'a si bien aidée d'une façon si extra­ordinaire, que j'ai pu aisément sans au­cune fatigue faire à la fois mon travail et celui de mes deux compagnes.

Tous les matins, en allant ranger notre cellule, je la trouvais parfumée d'une odeur très suave d'encens, et me sentais comme revêtue d'un courage nouveau et accompagnée sensiblement de ma petite Thérèse qui me donnait le désir toujours plus grand de faire davantage encore pour le bon Dieu.

 

Un soir de 1909, je prenais un quart d'heure sur le temps de l'oraison pour faire un acte de charité. En chemin je me sens arrêtée subitement par une for­ce [1310] invisible, et une douce voix in­térieure me dit ces paroles entendues clairement: « Oh! n'attends pas l'heure de l'oraison pour t'unir à Jésus: il est là, dans ton âme, pense à lui toujours... Il t'aime!.»

Avant l'oraison de ce même jour, j'a­vais prié soeur Thérèse de m'obtenir la lumière pour bien connaître la volonté du bon Dieu. Le lendemain, pendant l'orai­son, j'entendis sa réponse sous forme de paroles intérieures distinctes: « I1 te suf­fit d'exposer ton âme à ses rayons divins, cela veut dire de marcher en sa présence toujours. C'est si simple et si facile aux petites âmes, qui veulent bien reconnaître leur néant et leur faiblesse, s’humilier toujours et se perdre en lui.»

Un jour de la semaine de Noël 1910, j'étais occupée à préparer de petits sa­chets en papier contenant des souvenirs de la Servante de Dieu (c'était le cadeau que je préparais pour la fête de notre révérende mère). Il me fallait pour cela 900 à 1000 authentiques, et je n'en avais qu'une centaine à peu près. Tout en tra­vaillant, je causais simplement avec ma petite Thérèse; je lui parlais de mon âme et lui disais aussi qu'il fallait absolument qu'elle m'aide et fasse même un petit mira­cle pour que je puisse achever mon pauvre petit cadeau. I1 était 9 heures du matin. À 10 heures, je quitte notre travail, et à 3 heures de l'après‑midi, en rentrant dans notre cellule, je trouve notre boîte que j'avais laissée presque vide toute pleine de ces authentiques, juste ce qu'il me fallait pour finir mon travail. Je me sens pressée de m'agenouiller et remercie avec joie soeur Thérèse. Mais après quelques [1311] instants, la peur d'une illusion me gagne, et je vais trouver notre mère pour savoir si quelqu'une des soeurs ne m'a point fait cette surprise de remplir notre boîte. Mais aucune n'a eu le temps de travailler pour moi, et notre mère croit au petit miracle de soeur Thérèse qui m'en donne elle‑même la conviction intime en me faisant sentir jusqu'à trois fois une odeur de violette embaumée, pendant que je rapportais à notre révérende mère ce petit événement.

 

Le 23 février 1910, j'étais occupée à nettoyer les fenêtres de la cuisine, lorsque la pensée me vint de remplir, par charité pour ma compagne, la bouilloire du four­neau que je savais presque vide. Ma pe­tite soeur Thérèse, que j'ai pris l'habitu­de d'appeler à mon secours, m'inspirait de rendre ce service. Ma compagne entra alors et me dit: « Enlevez d'abord toute l'eau chaude qui reste encore dans la bouilloire, je vais la nettoyer et ensuite nous la remplirons.» Je vidai donc entièrement la bouilloire, et après l'avoir net­toyée moi‑même, j'y verse une première cruche d'eau, pendant que ma compagne s'était rendue à la pompe pour remplir d'autres cruches que nous devions ensuite verser dans la bouilloire. Mais au mo­ment où j'allais y verser la seconde cruche d'eau, je m'aperçus que la bouilloire était entièrement pleine. J'eus le pressentiment d'un fait surnaturel. J'appelle ma com­pagne, soeur Marie Madeleine: «Venez donc voir—lui dis‑je, la bouilloire con­tient quatre cruches d'eau, je n'y en ai mis qu'une et elle est toute pleine! l'a­vez‑vous donc remplie?» Soeur Marie Madeleine était restée près de la pompe et n'avait pas [1312] versé d'eau dans le réservoir du fourneau. D'autre part nous étions seules dans la cuisine. Alors nous nous disons l'une à l'autre: «Nous savons bien qui l'a remplie: c'est notre bien aimée petite Thérèse qui aimait tant la charité; nous n'avons plus qu'à la remercier.»

 

Le 9 mai 1912, j'avais à accepter un gros sacrifice que je croyais au‑dessus de mes forces, au point que je crai­gnais de manquer gravement à l’obéissance en n'acceptant pas généreusement ce qui m'était demandé. Je priai avec fer­veur soeur Thérèse de l'Enfant Jésus et lui demandai de m'aider surtout à ne pas laisser ma peine paraître extérieu­rement. J'affirme que le lendemain ma­tin, 10 mai 1912, je fus réveillée par la voix douce et forte de soeur Thérèse qui me dit: « Le temps est venu pour toi d'ai­mer Jésus avec tendresse! voudrais‑tu lui refuser ce sacrifice ?... Et les âmes!... Et sa gloire!... Sois plus généreuse!.»

 

Ma dévotion et ma confiance envers soeur Thérèse de l'Enfant Jésus grandis­sent chaque jour, car je sens que plus je l'aime, plus aussi j'aime le bon Dieu. Depuis que je me suis spécialement enco­re mise sous sa protection et livrée à elle le 9 juin 1915, mon âme n'a plus qu'un ardent désir: glorifier le bon Dieu en tout par l'immolation entière de tout moi-même. Souvent je sens la présence réelle de ma céleste protectrice: sa pensée rani­me ma ferveur dans la pratique de la ver­tu.

 

‑[1313] [Au sujet des Ar­ticles, le co‑témoin dit ne savoir que ce qu'il a déjà déposé en répondant aux demandes précédentes. ‑ Est ainsi terminé l'interroga­toire de ce co‑témoin. Lecture des Actes est donnée. Le co‑témoin n'y apporte aucune mo­dification et signe comme suit]:

Signatum: SOEUR JEANNE MARIE DE L'ENFANT JÉSUS, témoin, j'ai déposé com­me ci‑dessus selon la vérité, je le ratifie et je le confirme.