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LT 43 - To Agnes of Jesus - March 10-18, 1888

March 18 (?), 1888  

My dear little Pauline,

I would have liked to write you immediately to thank you for your letter, but this was impossible for me. I had to wait until today. Oh! Pauline, it is very true that the drop of gall must be min­gled in all chalices; I find that trials help very much in detaching us from this earth. They make us look higher than this world. Here below, nothing can satisfy us. We cannot enjoy a little rest except in being ready to do God's will.

My little boat is having a lot of trouble reaching port. For a long time, I have seen the shore and I always find myself far off; but it is Jesus who is guiding my little boat, and I am sure that on the day when He wills it, it will be able to approach the port safe­ly. Oh, Pauline, when Jesus will have placed me on the blessed shore of Carmel, I want to give myself totally to Him, I want to live no longer but for Him. Oh, no, I shall not fear His strikes, for, even in the most bitter sufferings, I always feel that it is His gentle hand that is striking. I really felt this at Rome at the very moment when I would have believed the earth could have given way beneath my steps.

I desire only one thing when I shall be in Carmel, and it is to suffer always for Jesus. Life passes so quickly that really it must be better to have a very beautiful crown and a little trouble than to have an ordinary one without any trouble. And then for a suffer­ing borne with joy, when I think that during the whole of eternity I will love God better. Then in suffering we can save souls. Ah! Pauline, if at the moment of my death I could have a soul to offer to Jesus, how happy I would be; it would be a soul that would have been snatched from the fire of hell and would bless God for all eternity.

My dear little sister, I see that I have still not spoken to you about your letter which, however, pleased me very much. Oh! Pauline, I am very fortunate that God has given me a sister like you. I hope that you will pray for your poor little girl so that she will correspond with the graces that Jesus wants to give her; she has a great need of your help, for she is far from what she would like to be.

Tell my dear Godmother  that I am thinking often of her. We would like to know when she will make her Profession inside ....  Céline kisses you. This poor little sister has a sore foot. I think she will not be able to go to Vespers.  Almost everybody is sick at Uncle's house. Truly, life isn't cheerful. It is very difficult to be at­tached to it.

Au revoir, dear Pauline, my Confidante. Until Easter Monday but especially April 9 . . . . Kiss dear Mother for me.

© Washington Province of Discalced Carmelite Friars, Inc

 

 

LT 43B

A soeur Agnès de Jésus.

18 (?) mars 1888

Ma chère petite Pauline,

J'aurais bien voulu t'écrire tout de suite pour te remercier de ta lettre mais cela m'a été impossible, il a fallu que j'attende à aujourd'hui.

O Pauline, c'est bien vrai qu'il faut que la goutte de fiel soit mêlée à tous les calices, mais je trouve que les épreuves aident beaucoup à se détacher de la terre, elles font regarder plus haut que ce monde. Ici-bas, rien ne peut nous satisfaire, on ne peut goûter un peu de repos qu'en étant prête à faire la volonté du Bon Dieu.

Ma petite nacelle a bien du mal à arriver au port, depuis longtemps j'aperçois le rivage et toujours je m'en trouve éloignée ; mais c'est Jésus qui guide mon petit navire, et je suis sûre que le jour où il le voudra il pourra le faire aborder heureusement au port. O Pauline, quand Jésus m'aura déposée sur le rivage béni du Carmel je veux me donner tout entière à lui, je ne veux plus vivre que pour lui. Oh non, je ne craindrai pas ses coups, car, même dans les souffrances les plus amères, on sent toujours que c'est sa douce main qui frappe, je l'ai bien senti à Rome au moment même où j'aurais cru que la terre aurait pu manquer sous mes pas.

Je ne désire qu'une chose quand je serai au Carmel, c'est de toujours souffrir pour Jésus. La vie passe si vite que vraiment il vaut mieux avoir une très belle couronne et un peu de mal que d'en avoir une ordinaire sans mal. Et puis, pour une souffrance supportée avec joie, quand je pense que pendant toute l'éternité on aimera mieux le Bon Dieu ! Puis en souffrant on peut sauver les âmes. Ah ! Pauline, si au moment de ma mort je pouvais avoir une âme à offrir à Jésus, que je serais heureuse ! Il y aurait une âme qui serait arrachée au feu de l'enfer et qui bénirait Dieu toute l'éternité.

Ma petite soeur chérie, je vois que je ne t'ai pas encore parlé de ta lettre, qui m'a fait pourtant bien plaisir. O Pauline, je suis bien heureuse que le Bon Dieu m'ait donné une soeur comme toi, j'espère que tu prieras pour ta pauvre petite fille afin qu'elle corresponde aux grâces que Jésus veut bien lui faire ; elle a grand besoin de ton aide car elle est BIEN PEU ce qu'elle voudrait être.

Dis à ma chère Marraine que je pense bien souvent à elle, nous voudrions bien savoir quand elle fera sa profession à l'intérieur...

Céline t'embrasse bien, cette pauvre petite soeur a mal à un pied, je crois qu'elle ne va pas pouvoir aller aux Vêpres. Presque tout le monde est malade chez mon oncle ; vraiment la vie n'est pas gaie, il est bien difficile de s'y attacher.

Au revoir ma Pauline chérie, ma Confidente. Au Lundi de Pâques mais surtout au 9 Avril... Embrasse pour moi ma Mère CHERIE.