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Le Père Piat

 

Le Père Stéphane Piat (1899-1968) PIAT-lt

par Claude Langlois, historien

             Maurice Piat est né à Roubaix en 1899, deux ans après la mort de Thérèse. Roubaix, la « cité prolétaire » a alors comme député le célèbre socialiste Jules Guesde ; le patronat catholique y joue un rôle important, c’est le milieu de la famille de Maurice. Brillant élève, il fait de brèves études d’histoire aux Facultés catholiques de Lille (1918). Il participe aussi au patronage paroissial et aux conférences de Saint-Vincent de Paul. En mai 1921, après deux années de service militaire, il entre au noviciat des Franciscains et est immédiatement intéressé par la personnalité de Saint François qu’il voit à travers la tradition sociale du tiers-ordre franciscain. Il prend, comme nom de religion, Stéphane, en souvenir de sa mère, décédée en 1918.

             Ordonné prêtre en 1925, l’année suivante il est nommé vicaire au couvent des Franciscains de Roubaix qui desservent l’église Saint-François : il s’y engage dans le catholicisme social, soutient la CFTC locale, puis devient un des premiers aumôniers de la JOC du nord de la France. Ses premiers ouvrages (1931-1940) sont consacrés justement à mettre en valeur des figures de jocistes tôt décédés. Son activité au service de la CFTC dure jusqu’en 1960, au moment où s’amorce une déconfessionnalisation (CFDT) qu’il refuse. Aussi accompagnera-t-il, jusqu'à sa mort, la CFTC maintenue.

             Il fait connaissance avec la pensée de Thérèse en 1927 par l’intermédiaire du carmel de Roubaix ; il écrit en 1939, L'Évangile de l'enfance spirituelle qu’il fait corriger par les sœurs de Thérèse ; l’ouvrage est publié en 1941. Dans le même temps, il rapproche Thérèse de François d’Assise (Deux âmes d'Évangile : François d'Assise, Thérèse de Lisieux ,1940, nouvelle édition, 1943). En juillet 1942, le chanoine Viollet, directeur de la dynamique Association du mariage chrétien, qui s’est développée aux lendemains de la première guerre, écrit au carmel pour suggérer qu’un théologien mette en valeur le lien existant entre vocation religieuse et vocation familiale, à partir de l’exemple de la Famille Martin. Le carmel suggère de contacter le Père Piat. Ces deux prêtres s’étaient rencontrés en 1938 au congrès marial de Boulogne : Viollet y avait parlé de « Marie et le devoir des époux », tandis que Piat, parlant du « culte de Notre-Dame au foyer », avait évoqué la famille Martin. Piat vient à Lisieux pour se documenter auprès des sœurs de Thérèse. Son ouvrage paraît en 1945, sous le titre : Histoire d'une famille [M. et Mme Louis Martin] : une école de sainteté, le foyer où s'épanouit sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Il devient bientôt le biographe quasi officiel de la famille de Thérèse, son père et sa mère (1953 et 1954) ainsi que sa cousine Marie (1953) ; plus tard, il évoquera aussi les sœurs de Thérèse, consacrant trois livres à Céline, Léonie et Marie (1963-1967). Son Histoire d’une famille contribuera à promouvoir l’idée d’un procès des parents de Thérèse, alors qu’il n’y était d’abord pas favorable. Quand celui-ci est ouvert en 1956, Piat y dépose et justifie les raisons de béatifier M. Martin. En 1958, il préface les lettres familiales de Madame Martin.

             Son ouvrage de 1945 sur la famille de Thérèse fera date par la sûreté de l’information. Il prend à son compte la volonté de donner aux familles chrétiennes des modèles à imiter. L’ouvrage adopte aussi les idées et le vocabulaire de la politique familialiste de Vichy. Le père Piat y ajoute une touche personnelle, par l’importance qu’il attache à « l’âme sacerdotale » de la mère de Thérèse. Voici comment il présente lui-même le but de son ouvrage:

« René Bazin a parlé de ces mères qui ont une « âme sacerdotale » et qui la passe à leur fils dans la vie. De M. et Mme martin on peut dire qu’ils avaient « l’âme religieuse (à comprendre comme une âme qui transmets la vocation religieuse) ». Leur foyer illustre de façon concrète l’influence de l’atmosphère familiale sur l’éclosion de la grande vocation. Cette thèse, chère à l’abbé Viollet […] est à l’origine du présent ouvrage : elle vaut qu’on s’y arrête pour en examiner la portée à la lumière d’un exemple particulièrement saisissant. Non qu’il faille soumettre l’élection divine au jeu fatal de l’hérédité et de l’éducation. La grâce se joue de nos calculs […]. Il n’en est pas moins vrai qu’en règle générale, le sceau prestigieux qui marque le pêcheur d’hommes où l’épouse du Christ (le prêtre ou la religieuse) est le couronnement d’une montée collective. Il est peu de domaine ou éclate davantage la mystérieuse loi de solidarité qui préside à l’évolution de l’ordre, tant surnaturel que naturel » (1945, p. 273).

 

                                                                                          



[1] A comprendre comme une âme qui transmets la vocation religieuse

[2] Le prêtre ou la religieuse