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Ms C 04v

Mère chérie, vous le savez bien, le Bon Dieu a daigné faire passer mon âme par bien des genres d'épreuves ; j'ai beaucoup souffert depuis que je suis sur la terre, mais si dans mon enfance j'ai souffert avec tristesse, ce n'est plus ainsi que je souffre maintenant, c'est dans la joie et dans la paix, je suis véritablement heureuse de souffrir. O ma Mère, il faut que vous connaissiez tous les secrets de mon âme pour ne pas sourire en lisant ces lignes, car y a-t-il une âme moins éprouvée que la mienne si l'on en juge aux apparences ? Ah ! si l'épreuve que je souffre depuis un an apparaissait aux regards, quel étonnement !...

Mère bien-aimée, vous la connaissez cette épreuve, je vais cependant vous en parler encore, car je la considère comme une grande grâce que j'ai reçue sous votre priorat béni.

L'année dernière, le Bon Dieu m'a accordé la consolation d'observer le jeûne du carême dans toute sa rigueur ; jamais je ne m'étais sentie aussi forte, et cette force se maintint jusqu'à Pâques. Cependant le jour du Vendredi saint, Jésus voulut me donner l'espoir d'aller bientôt le voir au Ciel... Oh ! qu'il m'est doux ce souvenir !... Après être restée au Tombeau jusqu'à minuit, je rentrai dans notre cellule, mais à peine avais-je eu le temps de poser ma tête sur l'oreiller que je sentis comme un flot qui montait, montait en bouillonnant jusqu'à mes lèvres. Je ne savais pas ce que c'était, mais je pensais que peut-être j'allais mourir et mon âme était inondée